Biden promet «un désastre» à la Russie en cas d’invasion de l’Ukraine

Antony Blinken à son arrivée pour parler au personnel de l’ambassade de Kiev le 19 janvier 2022.
Alex Brandon Agence France-Presse Antony Blinken à son arrivée pour parler au personnel de l’ambassade de Kiev le 19 janvier 2022.

« Incursion mineure » ou « guerre à grande échelle » : Joe Biden s’est interrogé mercredi sur les intentions de Vladimir Poutine, à qui il a tendu la main pour une solution diplomatique tout en lui promettant un « désastre » économique et humain en cas d’invasion de l’Ukraine. Alors que, depuis Kiev, son secrétaire d’État, Antony Blinken, appelait Moscou à choisir la « voie pacifique » à deux jours d’un nouveau face-à-face diplomatique russo-américain, le président des États-Unis a soufflé le chaud et le froid.

« Je pense qu’il ne veut toujours pas d’une guerre à grande échelle », a-t-il lancé au sujet de son homologue russe lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche. Pour autant, « il va tester l’Occident » et « il va devoir faire quelque chose », et probablement « faire un mouvement » vers l’Ukraine d’une manière ou d’une autre, a-t-il prédit.

Joe Biden a reconnu que la réaction et l’unité des Occidentaux dépendraient de ce que fera Moscou.

« Si c’est une incursion mineure », les membres de l’OTAN risquent de se diviser sur l’ampleur de la riposte, mais si les Russes « font ce dont ils sont capables avec les forces qu’ils ont massées à la frontière, ce sera un désastre pour la Russie », a-t-il affirmé. La situation pourrait « échapper à tout contrôle », a-t-il dit.

Lourdes pertes humaines

« S’ils envahissent [l’Ukraine], ils vont le payer. Ils ne pourront plus passer par les banques, ils ne pourront plus faire de transactions en dollars », a-t-il averti, évoquant, outre ces sanctions sans précédent contre l’économie russe, le risque de « lourdes » pertes humaines sur le champ de bataille.

Le 46e président des États-Unis, dont le premier anniversaire à la Maison-Blanche est terni, sur la scène internationale, par cette crise au parfum de guerre froide, a toutefois tendu la main à la Russie en ce qui a trait aux exigences et s’est même dit prêt à un nouveau sommet avec Vladimir Poutine.

Sur la garantie exigée par le Kremlin que l’Ukraine n’adhérera jamais à l’OTAN, il a fait valoir que, dans les faits, il était peu probable que Kiev devienne membre de l’Alliance atlantique dans un avenir proche — même si, par principe, celle-ci ne ferme pas sa porte.

Sur la promesse que les Occidentaux ne déploieront pas d’armes stratégiques sur le territoire ukrainien, « nous pouvons trouver une solution », sur la base de la réciprocité, a-t-il assuré.

Après une série de pourparlers diplomatiques en Europe la semaine dernière, Moscou et Washington doivent tenter une nouvelle fois vendredi de désamorcer la menace d’un nouveau conflit en Ukraine lors d’un face-à-face à Genève entre Antony Blinken et son homologue russe, Sergueï Lavrov.

Le chef de la diplomatie américaine a déjà prévenu qu’il ne satisferait pas, lors du rendez-vous en Suisse, la demande russe d’un engagement écrit sur ses exigences. Et parallèlement, les États-Unis ont annoncé une nouvelle aide « sécuritaire défensive » de 200 millions de dollars américains à l’Ukraine, s’ajoutant aux 450 millions de dollars d’assistance militaire déjà accordés.

La Russie a déployé des dizaines de milliers de soldats à la frontière ukrainienne, laissant craindre une invasion. Tout en niant tout projet d’attaque, le Kremlin martèle qu’une désescalade passe par des garanties écrites pour sa sécurité. « J’espère fortement que nous pourrons rester sur une voie diplomatique et pacifique, mais en fin de compte, ce sera la décision du président Poutine », a dit à Kiev Antony Blinken, qui a rencontré le président Volodymyr Zelensky et son chef de la diplomatie, Dmytro Kouleba.

Exigences vouées à l’échec

Il a répété que certaines exigences russes étaient « clairement, absolument, vouées à l’échec », comme l’engagement formel à ne jamais élargir l’OTAN à l’Ukraine. Après Kiev mercredi, le secrétaire d’État américain est attendu jeudi à Berlin pour des discussions avec l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni.

J’espère fortement que nous pourrons rester sur une voie diplomatique et pacifique, mais en fin de compte, ce sera la décision du président Poutine

 

Le pouvoir russe est déjà considéré, malgré ses dénégations, comme le parrain des combattants prorusses en guerre avec Kiev depuis huit ans dans l’Est ukrainien. Moscou accuse régulièrement Kiev de vouloir y lancer l’assaut, ce que le ministre ukrainien des Affaires étrangères a démenti. « L’Ukraine ne prévoit aucune opération offensive », a-t-il dit, assurant vouloir « une solution politique » à ce conflit.

À Donetsk, l’une des capitales séparatistes, située près du front, de grandes affiches patriotiques prorusses s’étalent sur des bâtiments soviétiques délabrés : « Gloire aux guerriers de la libération » ou « Nous sommes le Donbass russe ». « Les pourparlers [russo-occidentaux] sont bons, au moins ce n’est pas la guerre », dit Alexeï Bokarev, un mineur retraité.



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