Le risque d’une guerre en Europe est élevé, estime la Pologne

Dans les dernières semaines, la tension à la frontière entre la Russie et l’Ukraine s’est intensifée. Sur la photo, un soldat ukrainien marche le long d’une tranchée sur la ligne de front.
Photo: Anatolii Stepanov Agence France-Presse Dans les dernières semaines, la tension à la frontière entre la Russie et l’Ukraine s’est intensifée. Sur la photo, un soldat ukrainien marche le long d’une tranchée sur la ligne de front.

Sur l’échelle des probabilités, le risque d’une guerre sur le territoire européen est désormais à son plus haut niveau « depuis 30 ans », a estimé la Pologne jeudi, au terme de la rencontre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Tenue à Vienne, cette réunion des 57 pays membres a marqué le troisième chapitre du ballet diplomatique amorcé cette semaine entre la Russie, les États-Unis, l’OTAN et les pays européens dans l’espoir de désamorcer les tensions en Ukraine.

Et la perspective d’un conflit armé rend désormais « impératif de trouver, par la voie diplomatique, un moyen d’enrayer l’escalade et de commencer à rebâtir la confiance, la transparence et la coopération », a ajouté pour sa part Helga Schmid, secrétaire générale de l’Organisation, plateforme multilatérale de discussions Est-Ouest issue de la guerre froide, mais également un des rares forums dont les États-Unis et la Russie sont tous les deux membres.

« Depuis plusieurs semaines, nous sommes placés face à la perspective d’une escalade militaire majeure en Europe de l’Est », a résumé en ouverture de la rencontre le ministre des Affaires étrangères polonais, Zbigniew Rau, qui a pris la présidence de l’instance internationale au début de l’année. « Il semble que le risque de guerre dans l’espace de l’OSCE n’ait jamais été aussi intense au cours des 30 dernières années. C’est un défi de taille pour l’Organisation, dont le but est précisément de bannir la guerre de l’Europe. »

La rencontre du Conseil permanent de l’OSCE s’est conclue jeudi sur la même note que les précédentes rencontres tenues à Genève lundi, entre les vice-ministres américaine et russe des Affaires étrangères, Wendy Sherman et Sergueï Riabkov, puis à Bruxelles mercredi, entre la Russie et l’OTAN, chaque partie campant sur ses positions tout en prenant conscience de ses profondes « divergences » sur la question de la sécurité en Europe.

« Tout a tourné autour des inquiétudes [des Occidentaux] et du soi-disant comportement agressif de la Russie », a déploré le représentant russe à l’OSCE, Alexandre Loukachevitch, au terme de la rencontre. « C’est une déception totale. »

Après avoir assuré au début de la semaine ne pas avoir de plan visant à envahir l’Ukraine, la Russie a indiqué jeudi ne plus sentir le besoin de poursuivre les discussions avec l’Occident en raison du dialogue de sourds qui a marqué les rencontres de la semaine sur la question ukrainienne.

« Tant que l’on n’éclairera pas s’il y a […] de la flexibilité de l’autre côté sur des sujets importants, il n’y a pas de raison d’aller à la table [des négociations] dans les prochains jours, de se réunir de nouveau et de recommencer les mêmes discussions », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, dans une entrevue à la chaîne russe RTVi.

« Revendications clés »

La tension à la frontière entre la Russie et l’Ukraine s’est intensifiée dans les dernières semaines après l’envoi par Moscou de plus de 100 000 militaires dans ce coin chaud de l’Europe de l’Est. En 2014, Moscou avait envahi une partie du territoire ukrainien en plus de soutenir depuis les séparatistes prorusses dans l’est de cette ancienne république soviétique qui cherche son avenir en regardant davantage vers l’ouest.

Par ces manœuvres, la Russie cherche à combattre ces tendances proeuropéennes et à repousser les forces de l’OTAN de cette région sur laquelle elle souhaite rétablir son influence. Moscou réclame d’ailleurs la signature de traités bannissant tout élargissement futur de l’OTAN dans l’est de l’Europe, le non-déploiement d’armements offensifs près de la Russie et une réduction radicale de la coopération et des opérations militaires occidentales dans cette région.

Qualifiées de « revendications clés » par le Kremlin, ces demandes ont reçu une fin de non-recevoir des États-Unis et de l’Alliance cette semaine.

Jeudi, le chef de la diplomatie européenne, l’Espagnol Josep Borrell, a d’ailleurs indiqué qu’il n’était pas question pour Bruxelles de négocier « sous la pression ».

« Nous devons résolument rejeter le chantage et faire en sorte que les agressions comme les menaces ne portent jamais leurs fruits », a renchéri l’ambassadeur américain à l’OSCE, Michael Carpenter.

Avec l’Agence France-Presse

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