Washington et Moscou campent sur leur position quant à l’Ukraine

Depuis des semaines, les tensions russo-occidentales n’ont cessé de s’aggraver, en particulier du fait du déploiement de dizaines de milliers de militaires russes aux frontières de l’Ukraine, qui, en face, a également déployé des forces (sur la photo).
Photo: Anatolii Stepanov Agence France-Presse Depuis des semaines, les tensions russo-occidentales n’ont cessé de s’aggraver, en particulier du fait du déploiement de dizaines de milliers de militaires russes aux frontières de l’Ukraine, qui, en face, a également déployé des forces (sur la photo).

Des pourparlers « intenses », « très professionnels » pour Moscou, « francs et directs » pour Washington, mais un terrain d’entente encore loin d’être en vue.

Au terme de plus de sept heures de discussion, lundi à Genève, les deux parties ont maintenu leur position initiale sur le risque d’invasion de l’Ukraine par la Russie et ses conséquences sur la sécurité aux frontières européennes, tout en indiquant maintenir le dialogue ouvert pour la suite des choses.

La délégation russe a ainsi assuré aux Américains qu’aucun plan d’invasion n’était prévu alors que Washington a repoussé du revers de la main la demande de la Russie qui cherche à éviter l’admission de l’Ukraine au sein de l’OTAN. Cette entrée éventuelle, souhaitée par l’ex-république de l’Union soviétique, alimente depuis plusieurs mois les tensions à sa frontière avec la Russie.

En décembre dernier, Moscou a mis sur la table deux propositions d’accord avec les États-Unis et l’OTAN visant à faire reculer l’activité et la collaboration militaire occidentale en Ukraine et ailleurs en Europe de l’Est, et ce, pour assurer sa sécurité. Dans les faits, Vladimir Poutine cherche surtout à rétablir sa sphère d’influence sur les pays devenus indépendants au lendemain de l’éclatement de l’URSS.

La vice-secrétaire d’État américaine, Wendy Sherman, a rappelé à son homologue russe, Sergueï Riabkov, que ces « propositions » n’étaient pas « d’actualité pour les États-Unis » tout en minimisant leur portée sur les décisions prises par l’Alliance.

« Nous ne permettrons à personne d’entraver la politique de la porte ouverte de l’OTAN, qui a toujours été au cœur de l’Alliance », a résumé la numéro 2 de la diplomatie américaine lors d’une conférence de presse téléphonique. « Nous ne renoncerons pas à la coopération bilatérale avec les États souverains qui souhaitent travailler avec les États-Unis. Et nous ne prendrons pas de décisions concernant l’Ukraine sans l’Ukraine, sur l’Europe sans l’Europe ou sur l’OTAN sans l’OTAN », a-t-elle ajouté.

« Pas l’intention » d’attaquer

Washington a également profité de cette rencontre pour appeler la Russie à la « désescalade des tensions » le long de sa frontière avec l’Ukraine, et ce, afin de « trouver des solutions diplomatiques » au litige entre les parties. « La balle est dans le camp de la Russie », a dit Mme Sherman, pour « prouver qu’elle n’a pas l’intention » d’envahir le pays voisin en « envoyant dans leurs casernes les soldats » amassés à la frontière ces dernières semaines.

Questionnée sur les gages que Sergueï Riabkov lui aurait donnés en ce sens, elle a toutefois répondu : « Je ne pense pas que nous connaissions la réponse à cela. »

Au sortir de la rencontre, l’émissaire russe a pour sa part rappelé que son pays n’avait « pas l’intention » d’attaquer l’Ukraine et a assuré que les États-Unis et l’Europe n’avaient pas « à craindre une escalade de la situation sur ce point ».

Nous ne prendrons pas de décisions concernant l’Ukraine sans l’Ukraine, sur l’Europe sans l’Europe ou sur l’OTAN sans l’OTAN

 

Mais dans la foulée, même s’il a reconnu que « la situation n’est pas désespérée », le représentant de Moscou a indiqué qu’il « ne faut pas sous-estimer les risques liés à une aggravation de l’évolution de la confrontation » et appelé Washington à « faire preuve d’une responsabilité maximale ».

« Il faut une percée, il faut qu’un vrai geste en direction de la Russie soit fait, et ça doit venir de l’OTAN », a indiqué M. Riabkov en réaffirmant la position ferme de Moscou sur le fait que « jamais, au grand jamais » l’Ukraine ne doit rejoindre l’Alliance atlantique.

Les discussions de lundi à Genève lancent une semaine diplomatique intense alors que les Occidentaux ont menacé en chœur le Kremlin de sanctions « massives » en cas de nouvelle agression contre l’Ukraine. La Russie va prendre part à une réunion avec l’OTAN mercredi à Bruxelles. Jeudi, Moscou doit également participer à une rencontre à Vienne de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l’organisme issu de la Guerre froide visant à favoriser le dialogue entre l’Est et l’Ouest.

Rappelons qu’une partie du territoire de l’Ukraine a été annexée en 2014 par la Russie au lendemain du mouvement pro-occidental et pro-européen qui a pris les rues de Kiev, la capitale. Moscou est également accusé de soutenir les séparatistes prorusses du Donbass, à l’est du pays.

Avec l’Agence France-Presse

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