Des élections à surveiller dans le monde en 2022 

L’année 2022 s’annonce mouvementée et plusieurs élections importantes auront lieu un peu partout dans le monde.
Photo: NOEL CELIS AGENCE FRANCE-PRESSE L’année 2022 s’annonce mouvementée et plusieurs élections importantes auront lieu un peu partout dans le monde.

L’année 2022 s’annonce mouvementée et plusieurs élections importantes auront lieu un peu partout dans le monde. En voici six qui retiennent notre attention.

France : vers une présidentielle mouvementée

Est-ce qu’Emmanuel Macron, talonné par la droite, parviendra à conserver la présidence de la République ? Les paris sont ouverts, alors que les candidats se bousculent pour le premier tour de la présidentielle française qui aura lieu en avril prochain.

L’arrivée dans la course début décembre de Valérie Pécresse, du parti Les Républicains, et d’une droite plus modérée vient chambouler les plans du président sortant, qui souhaitait incarner une candidature progressiste et modérée face à Marine Le Pen et au chroniqueur provocateur de droite Éric Zemmour. « On ne peut pas exclure que, dans un contexte comme celui-là, Macron gauchise son profil », pense Frédéric Mérand, directeur scientifique du Centre d’études et de recherches internationales (CÉRIUM).

Les candidats de la gauche, qui est désorganisée, ne parviennent pas à s’imposer. « C’est un spectacle désolant », laisse tomber M. Mérand. Est-ce que l’entrée en scène probable de l’ancienne ministre de la Justice, Christiane Taubira, pourra unifier la gauche ? Le politologue en doute et c’est surtout l’arrivée de Valérie Pécresse qui changera la donne dans cette élection, selon lui.

En ce qui concerne les enjeux, il note que le clivage de la présidentielle est pour l’instant entre progressisme et nationalisme, plus qu’au sujet de la pandémie ou des enjeux portés par les gilets jaunes.

États-Unis : Joe Biden perdra-t-il des plumes ?

Deux ans après l’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis, les 435 sièges de la Chambre des représentants ainsi que le tiers des sièges du Sénat seront en jeu en novembre prochain. Les républicains pourraient bien faire une percée. Pour l’instant, les démocrates ont une mince avance à la Chambre des représentants et au Sénat.

Frédérick Gagnon, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, mentionne qu’historiquement, le parti du président en place perd souvent des plumes lors des élections de mi-mandat, « surtout quand le président n’est pas très populaire, et c’est le cas de Joe Biden, dit-il. Il fait partie des présidents contemporains les moins populaires à ce moment-ci ».

Ce sont surtout les électeurs « en colère », et qui veulent l’exprimer, qui ont tendance à participer aux élections de mi-mandat, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour les démocrates. Parmi les enjeux qui pourraient s’imposer, le politologue note l’inflation, si elle est encore élevée en 2022, l’immigration, le « gaspillage de fonds publics » et la pandémie. Beaucoup de choses peuvent toutefois bouger d’ici novembre prochain.

Liban : « Élections cruciales » dans un pays en crise

Le Liban s’enfonce depuis deux ans dans une crise politique et dans la pire crise économique de son histoire, avec une inflation sans précédent qui a entraîné une baisse importante du pouvoir d’achat et qui a précipité des millions de personnes dans la pauvreté.

C’est dans ce contexte sombre que se tiendront vraisemblablement des élections législatives en mars prochain. Elles pourraient toutefois être retardées à cause du président Michel Aoun, un chrétien, qui est en conflit avec la frange chiite du parlement. Un total de 128 sièges seront en jeu à la Chambre des députés. En principe, l’élection présidentielle aura lieu en septembre ou en octobre, ajoute Sami Aoun, professeur à l’Université de Sherbrooke.

« Ce sont des élections cruciales. Il y a un doute qui plane sur l’avenir politique du régime, qui trébuche toujours sur ses propres problèmes », explique M. Aoun. Il ajoute que le Liban est dans une crise existentielle. « Est-ce que le Liban restera à l’intérieur d’un système confessionnaliste, ou se dirigera-t-il vers un régime plus laïque et ouvert sur la démocratie libérale ? » demande-t-il. Mais le pays est fragmenté et il est difficile d’obtenir un consensus autour d’une vision commune.

Brésil : la fin pour Bolsonaro ?

Un duel se dessine entre l’ancien président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva, et le contesté Jair Bolsonaro en vue de l’élection présidentielle au Brésil qui se tiendra en octobre 2022. Pour l’instant, les sondages donnent Lula favori dès le premier tour et l’écart se creuse entre les
deux politiciens.

Le président actuel, un populiste de droite élu en 2018, a vu sa popularité décliner à cause de sa gestion de la pandémie, qui a été très critiquée et qui a été le déclencheur d’un mécontentement dans la population. Jean-François Mayer, professeur de sciences politiques à l’Université Concordia, explique qu’il y a eu une baisse des appuis envers Bolsonaro des classes moyennes et supérieures, couplée à l’annulation de la condamnation de Lula, ce qui a restauré ses droits politiques.

« Lula est en très bonne position pour gagner le scrutin », souligne l’expert, en ajoutant que rien n’est toutefois coulé dans le béton, car l’attention est dirigée uniquement vers les deux candidats. L’ex-juge anticorruption et ancien ministre de la Justice brésilien, Sergio Moro, qui avait condamné Lula en 2017 pour corruption, a adhéré au parti centriste Podemos et pourrait brouiller les cartes.

Philippines : une présidentielle trépidante

L’élection présidentielle en mai aux Philippines pour remplacer le populiste Rodrigo Duterte est « comme une téléréalité en direct, avec des mélodrames », décrit Dominique Caouette, professeur au Département de science politique de l’Université de Montréal.

La fille du président, Sara Duterte, a tenu le pays en haleine à savoir si elle allait se présenter ou non pour succéder à son père. Mais après plusieurs tractations, elle se présente finalement comme vice-présidente. Dans un coup de théâtre, elle s’est alliée à Ferdinand Marcos Jr, dit “Bongbong”, fils de l’ancien dictateur du même nom, et qui a comme objectif de réhabiliter sa famille qui a un bilan peu reluisant.

« Ils ne sont pas dans les mêmes partis politiques, mais les gens changent souvent de partis selon leur préférence. Ce qui est important, ce sont les grands clans », mentionne Dominique Caouette, en ajoutant que la situation évolue rapidement et que cette élection est suivie « comme un match de basketball ». L’expert note d’ailleurs un ressac autoritaire dans les pays voisins.

Cette présidentielle est suivie de près par la Chine et les États-Unis, Rodrigo Duterte s’étant rapproché de la Chine durant les six années de sa présidence.

Hong Kong : l’étau de la Chine se resserre

Après des élections législatives en décembre à Hong Kong avec un taux de participation historiquement bas et dont les candidats devaient être des « patriotes » loyaux envers la Chine, un comité électoral restreint choisira en 2022 un chef de l’exécutif parmi des candidats approuvés par Pékin. La dirigeante actuelle de Hong Kong, Carrie Lam, est en poste depuis 2017.

La mainmise de la Chine s’est resserrée sur l’ancienne colonie britannique. Après des manifestations de masse en 2019 à cause d’un projet de loi controversé, Pékin a réagi en imposant l’année suivante une loi sur la sécurité nationale, qui a entraîné des dizaines d’arrestations et la fermeture de médias indépendants. Des politiciens prodémocratie ont également démissionné, et certains se sont exilés.

Carrie Lam ne brille pas par sa popularité, avec un taux autour de 36 % selon de récents sondages indépendants. « On pense qu’elle se représentera, ça dépendra de ce que préfère Pékin. Mais pour l’instant, on ne voit pas vraiment d’autres candidats », mentionne Jean-Pierre Cabestan, professeur en sciences politiques à l’Université baptiste de Hong Kong. Cela réactivera-t-il des manifestations ? Le prix à payer est probablement trop élevé pour les dissidents en raison de la nouvelle loi, répond l’expert.
 


Une version précédente de ce texte indiquait à tort que les républicains étaient majoritaires au Sénat américain. Ce sont plutôt les démocrates qui y sont majoritaires avec une mince avance.

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