Une fusée iranienne inquiète Washington

Photo publiée par le ministère iranien de la Défense montrant le lanceur de satellites Simorgh lors de son lancement, depuis un endroit non précisé
Photo: Ministère iranien de la Défense / AFP Photo publiée par le ministère iranien de la Défense montrant le lanceur de satellites Simorgh lors de son lancement, depuis un endroit non précisé

L’Iran a affirmé jeudi avoir lancé dans l’espace une fusée transportant trois appareils de recherche spatiale. Les États-Unis se disent « préoccupés » par cette avancée susceptible, selon eux, de bénéficier au programme balistique de Téhéran alors que les pourparlers sur le nucléaire sont en cours.

« Le lanceur de satellites Simorgh a envoyé trois appareils de recherche dans l’espace », a annoncé Ahmad Hosseini, porte-parole de l’unité spatiale du ministère iranien de la Défense, cité par la télévision d’État.

Cette dernière a montré brièvement les images du tir d’une fusée depuis un endroit désertique, se félicitant d’« un autre accomplissement des scientifiques iraniens ».

« Les objectifs de recherche prévus pour ce lancement ont été atteints », a indiqué M. Hosseini sans donner plus de précisions. « Il s’agissait d’un lancement préliminaire, et nous aurons des lancements opérationnels dans un proche avenir », a-t-il promis.

Les médias locaux n’ont pas précisé d’où le lancement de jeudi avait eu lieu. Des médias américains, en citant des experts et des images satellites, avaient indiqué plus tôt en décembre que la République islamique se préparait à lancer une fusée à partir du centre spatial de Semnan, à quelque 300 km à l’est de Téhéran.

Washington a de son côté exprimé ses inquiétudes après cette annonce. Les Occidentaux soupçonnent l’Iran de chercher à développer, en utilisant la technologie de ses lanceurs de satellites, des lanceurs balistiques à longue portée capables d’emporter des charges conventionnelles ou nucléaires.

« Les États-Unis restent préoccupés par le développement iranien de lanceurs spatiaux, qui pose un risque de prolifération », a dit une porte-parole du département d’État, qui a toutefois réaffirmé que Washington « souhaite un retour mutuel au respect total de l’accord » de 2015 visant à empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire.

L’annonce de jeudi intervient en effet en pleins pourparlers pour sauver l’accord de Vienne, pourparlers qui ont été relancés fin novembre après cinq mois d’interruption entre Téhéran et les pays encore partie prenante au pacte (France, Royaume-Uni, Allemagne, Russie, Chine).

Les négociations visent à faire revenir dans l’accord les États-Unis, qui l’avaient quitté en 2018 et avaient rétabli des sanctions contre l’Iran. Les États-Unis participent aux négociations de manière indirecte.

L’accord, validé par la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l’ONU, enjoint Téhéran à « ne mener aucune activité liée aux missiles balistiques conçus pour pouvoir emporter des charges nucléaires, y compris les tirs recourant à la technologie des missiles balistiques ».

En février 2020, l’Iran avait échoué à mettre en orbite un satellite d’observation scientifique. Son lancement avait été condamné par Paris et Washington, qui avaient accusé Téhéran de vouloir renforcer ses compétences dans le domaine des missiles balistiques par le truchement du lancement de satellites.

Deux mois plus tard, en avril 2020, les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique, avaient lancé leur premier satellite militaire. Les États-Unis avaient alors estimé que ce lancement prouvait que le programme spatial iranien était destiné à des fins militaires plus que commerciales.

Affirmant n’avoir aucune intention de se doter de l’arme atomique, Téhéran assure que ses programmes balistique et spatial ne vont pas à l’encontre de la résolution 2231.

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