Attentat hier contre l'ambassade de l'Indonésie à Paris - Perplexité et inquiétude à Jakarta

L'attentat contre l'ambassade d'Indonésie à Paris hier a suscité perplexité et inquiétude dans le plus grand pays musulman du monde, peu habitué à être la cible d'actes terroristes internationaux.

«Le fait qu'une telle explosion a eu lieu près de l'ambassade est pour nous une source de grande inquiétude», a déclaré à l'AFP Marty Natalegawa, un porte-parole de la diplomatie indonésienne.

Il a ajouté que cela faisait longtemps que l'Indonésie n'avait pas été visée hors de ses frontières. Jakarta a d'ailleurs décidé de dépêcher aujourd'hui à Paris cinq policiers des forces antiterroristes indonésiennes.

Une bombe de moyenne puissance a explosé devant la chancellerie indonésienne de la capitale française, faisant une dizaine de blessés légers. Parmi eux se trouvaient la femme et les deux enfants d'un garde de sécurité de l'ambassade, selon le ministère indonésien des Affaires étrangères.

Faute de revendication, les responsables indonésiens se perdaient en conjectures. «On peut imaginer toutes les possibilités», a estimé M. Natalegawa.

L'archipel de 212 millions d'habitants, quatrième pays en importance dans le monde par sa population, est confronté à une série de tensions séparatistes et communautaires, ainsi qu'à la menace du terrorisme islamiste.

«C'est plus une bombe d'avertissement qu'une bombe pour tuer. La question est: un avertissement pour quoi?», s'est interrogée Andrée Feillard, chercheuse au CNRS spécialisée dans l'islam indonésien. «On peut supposer que c'est lié au changement de régime. [Le nouveau président élu] Susilo pourrait être perçu comme un allié des États-Unis, mais ce n'est pas aussi simple que cela», a-t-elle estimé, en ajoutant: «Pourquoi en France? C'est troublant.»

L'Indonésie s'est vivement opposée à la guerre en Irak menée par la coalition conduite par les États-Unis et, tout comme la France, a refusé d'y envoyer des troupes. À Paris, le ministre de l'Intérieur, Dominique de Villepin, s'est rendu sur les lieux de l'attentat avant de réunir le conseil du renseignement intérieur. Il a annoncé le renforcement de la protection «d'un certain nombre d'ambassades» et de sites sensibles à Paris.

Un groupe inconnu des services de police baptisé le Front islamique français armé a revendiqué hier soir l'attentat. Le texte, qui n'a pas été authentifié et a été envoyé par courriel au commissariat du XVIe arrondissement, exige la libération de deux des auteurs des attentats parisiens de 1995, a-t-on précisé de source judiciaire.

Le Front islamique français armé annonce dans la foulée une trêve jusqu'au 30 janvier 2005, «au-delà de quoi nous passerons à des actions nouvelles plus sanglantes que jamais en France».

De sources proches de l'enquête, on s'interroge sur la crédibilité d'une telle revendication.

«Le gouvernement français est seul responsable de la déflagration du vendredi 8 octobre à 5h à l'ambassade d'Indonésie», peut-on lire dans le communiqué du groupe.

«Cet épisode même loupé est un strict avertissement à la France et surtout une pépinière [sic] de ce que pourrait devenir la France si elle continuait d'ignorer nos revendications», poursuit le texte.

Le groupe demande «la libération immédiate et sans condition de Boualem Bensaïd et Smaïn Aït Ali Belkacem et la censure, voire l'interdiction de toute publication destinée à saboter l'islam en France telle le livre de Michel Houellebecq».

Boualem Bensaïd, reconnu coupable de trois attentats à la bombe à Paris en 1995, a été condamné à la réclusion à perpétuité avec 22 ans de sûreté.

Smaïn Aït Ali Belkacem, considéré comme le principal auteur de l'attentat dans le RER à la station Musée d'Orsay en octobre 1995, a été condamné à la prison à vie avec une peine de sûreté de trente ans.