Grichka Bogdanoff quitte la planète Terre

Grichka Bogdanoff, accompagné de son frère Igor en arrière-plan, en 2018
Photo: Lucas Barioulet Agence France-Presse Grichka Bogdanoff, accompagné de son frère Igor en arrière-plan, en 2018

Un des frères de l’excentrique duo Bogdanoff a succombé à la COVID-19 mardi à l’âge de 72 ans. Figure de la télévision des années 1980, il laisse derrière lui une image de scientifique controversé.

De l’inséparable duo gémellaire emblématique de la télévision française, il ne reste plus qu’Igor Bogdanoff. Son frère, Grichka, est mort « pour rejoindre ses étoiles » écrit sa famille dans un communiqué transmis par son agent. Selon Le Monde, les deux frères, non vaccinés, seraient entrés le 15 décembre au service de réanimation de l’hôpital Georges-Pompidou, après avoir contracté la COVID-19.

Quand on parle des deux frères, son prénom est toujours cité en second. Et les rares fois où un portrait distingue la personnalité de chacun d’eux, comme dans Libération en 2002, Grichka est celui qui, « la tête dans les étoiles », est entouré de livres anciens quand Igor est présenté comme étant plus terre à terre. Autre différence notable : Grichka est resté célibataire sans enfants alors qu’Igor en a eu six, de trois compagnes. Pour le reste, il n’y a qu’un récit pour deux, que ce soit dans la vraie vie ou pour la narration.

Légitimité scientifique contestée

 

Nés en 1949, Igor et Grichka Bogdanoff grandissent dans le château de leur grand-mère à Saint-Lary dans le Gers. L’histoire qu’ils racontent plus tard est celle de deux génies précoces et polyglottes au QI stratosphérique et passionnés d’astronomie ayant obtenu leur bac à 14 ans. C’est en 1976 qu’ils font leur première apparition publique, dans Le 13 heures d’Yves Mourousi sur TF1, à l’occasion de la parution de leur premier livre, Clefs pour la science-fiction (Seghers). Ils rejoignent ensuite l’équipe de chroniqueurs de l’émission Un sur cinq sur Antenne 2 avant de lancer sur TF1 en avril 1979 l’émission qui les rendra célèbres, Temps X.

Affublés de combinaisons futuristes (pour l’époque) dans un décor de vaisseau spatial, les deux frères proposent ainsi, jusqu’en 1987, un mélange de vulgarisation scientifique parfois approximative et de science-fiction, et diffusent des séries devenues cultes comme La quatrième dimension, Cosmos 1999 ou Les envahisseurs. Quand se termine le programme, les jumeaux sont devenus des objets télévisuels très identifiés.

Ils quittent pourtant le paysage audiovisuel pendant une décennie pour se consacrer officiellement à la recherche scientifique en se lançant chacun dans un travail de thèse. Un passage de leur biographie des plus mouvementés. S’ils obtiennent officiellement leur doctorat à l’Université de Bourgogne, en 1999 pour Grichka et en 2002 pour Igor, la légitimité de leurs travaux est violemment contestée par la communauté scientifique. Notamment en 2003 dans un rapport interne au CNRS, rendu public en 2010 par l’hebdo Marianne. Le rapport se conclut ainsi : « Devant autant de non-sens, de confusions et d’incompréhensions manifestes, on ne peut pas les considérer comme des textes scientifiques sérieux. » Les Bogdanoff attaquent le CNRS en justice, mais seront déboutés et condamnés aux dépens en 2015.

Curiosités morphologiques

 

En parallèle, à partir du début des années 2000, Igor et Grichka multiplient sans grand succès les tentatives de come-back télévisuels (Rayons X, Science X, Science 2…) et deviennent d’étranges curiosités morphologiques, leur visage ayant subi, sans aucune explication officielle, d’impressionnantes modifications (hormones de croissance pour retarder le vieillissement ou chirurgie esthétique, on ne saura peut-être jamais). Leur statut de vieilles gloires du PAF [paysage audiovisuel français] et de caution presque scientifique leur permet cependant de trouver des strapontins réguliers dans Les grosses têtes et chez l’animateur Cyril Hanouna dans Touche pas à mon poste.

En 2018, Igor et Grichka Bogdanoff font parler d’eux sur un tout autre sujet : leur mise en examen pour « escroquerie aggravée » envers un millionnaire souffrant de troubles psychiatriques. Le parquet les accuse, ainsi que le fils d’un diplomate franco-congolais, d’avoir mis ce dernier « sous emprise » pour l’entraîner dans des « projets chimériques » à hauteur de 1,5 million d’euros. La victime s’est suicidée en août 2018 et leur procès devait avoir lieu fin janvier 2022.

Leur propre finitude n’a jamais été inscrite dans leur planning. Transhumanistes avant l’heure, ils parlaient déjà dans les années 1980 de cet espoir pour l’humanité de vivre jusqu’à 150 ans. À Libération, en 2002, ils expliquaient : « La durée installe sa prise psychologique et physiologique sur nous de manière très discrète. » Mais le réel est toujours l’ennemi des promesses technoscientifiques et le temps, X ou pas, gagne toujours à la fin.

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