Assassinat de Khashoggi: le Saoudien arrêté en France n’est pas le suspect recherché par la Turquie

Jamal Khashoggi avait été assassiné le 2 octobre 2018 dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul par une équipe d’agents venus d’Arabie saoudite.
Photo: Mohammed Al-Shaikh Agence France-Presse Jamal Khashoggi avait été assassiné le 2 octobre 2018 dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul par une équipe d’agents venus d’Arabie saoudite.

Un Saoudien arrêté mardi en France, qui était soupçonné d’être un membre du commando impliqué dans l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018, n’est pas le suspect recherché par la Turquie et a été libéré, a annoncé mercredi le procureur général de Paris.

L’homme avait été interpellé « sur le fondement d’un mandat d’arrêt international émis par les autorités judiciaires turques le 5 novembre 2018 dans le cadre de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi », a précisé Rémy Heitz dans un communiqué.

« Les vérifications approfondies relatives à l’identité de cette personne ont permis d’établir que le mandat ne s’appliquait pas à elle » et « il a été remis en liberté », a-t-il ajouté.

« C’est une homonymie quasiment parfaite », a expliqué à l’AFP une source proche du dossier.

« Les fiches de recherche recoupées correspondaient au profil d’al-Otaibi, même mois, année et lieu de naissance », a détaillé cette même source.

« Il y avait une ressemblance physique », a ajouté la source, précisant que « ce sont les éléments judiciaires parvenus de la Turquie qui ont fait libérer cet homme ».

Au moment de son passage au contrôle mardi matin à l’aéroport parisien de Roissy Charles-de-Gaulle, alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour Ryad, il avait présenté un passeport au nom de Khaled al-Otaibi et la notice rouge d’Interpol s’était activée, avait expliqué une source proche du dossier.

Il avait alors été interpellé par la police aux frontières et placé en rétention judiciaire dans le cadre du mandat d’arrêt international émis par la Turquie.

Des vérifications sur son identité ont été diligentées par les autorités françaises, mais l’ambassade d’Arabie saoudite à Paris a assuré mardi soir que « le citoyen en question n’a aucun lien » avec l’assassinat de Jamal Khashoggi et a exigé sa « libération immédiate ».

Une source appartenant aux services de sécurité saoudiens a de son côté affirmé mardi que « le véritable Khaled al-Otaibi et tous les accusés dans cette affaire sont emprisonnés au sein du royaume » saoudien.

« Il y a des centaines de Saoudiens qui portent ce même nom », a-t-elle souligné.

Critique du pouvoir saoudien après en avoir été proche, Jamal Khashoggi, résident aux États-Unis et chroniqueur du quotidien Washington Post, avait été assassiné le 2 octobre 2018 dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul par une équipe d’agents venus d’Arabie saoudite.

Son corps, démembré, n’a jamais été retrouvé.

Un rapport des services de renseignement américains accuse le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane d’avoir « validé » l’assassinat. Après avoir nié le meurtre, Ryad avait fini par dire qu’il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls.

« Je veux simplement dire que je continuerai à demander justice quoi qu’il arrive », a déclaré à l’AFP Hatice Cengiz, la fiancée de M. Khashoggi, après la libération de l’homme interpellé.

À l’issue d’un procès opaque en Arabie saoudite, cinq Saoudiens, non identifiés, ont été condamnés à mort et trois à des peines de prison — les peines capitales ont depuis été commuées.

La presse étrangère avait été interdite de couvrir ce procès. Néanmoins, des diplomates turcs et des États membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies — Grande-Bretagne, Chine, France, Russie et États-Unis — avaient été autorisés à y assister, en tant qu’observateurs.

La plupart des noms des accusés n’ont pas été divulgués jusqu’à présent, ce qui pourrait expliquer que la notice rouge non publique d’Interpol ait été toujours active.

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