Washington prêt à renforcer sa présence militaire en Europe de l’Est

Le président américain n’a jamais mâché ses mots concernant Vladimir Poutine, doutant que ce dernier ait une «âme» et le qualifiant même de «tueur» en public.
Photo: Patrick Semansky (AP) et Mikhail Metzel (Sputnik) / photomontage Le Devoir Le président américain n’a jamais mâché ses mots concernant Vladimir Poutine, doutant que ce dernier ait une «âme» et le qualifiant même de «tueur» en public.

À la veille d’un entretien entre Joe Biden et Vladimir Poutine, la Maison-Blanche annonce la couleur : si la Russie attaque l’Ukraine, les États-Unis sont prêts à prendre des sanctions financières et à stationner plus de troupes en Europe de l’Est, sans aller jusqu’à une riposte militaire directe.

Un haut responsable de la Maison-Blanche a détaillé lundi, dans une conférence de presse, les leviers que les États-Unis sont prêts à actionner.

« Si Poutine bougeait, il y aurait une demande accrue de nos alliés » d’Europe de l’Est pour « davantage de troupes, de capacités et d’exercices », et « les États-Unis répondraient favorablement », a indiqué cette source.

Le haut responsable a toutefois fait comprendre qu’une riposte militaire américaine directe, en cas d’attaque contre l’Ukraine, n’était pour l’heure pas envisagée. « Les États-Unis ne cherchent pas à se retrouver dans une position où l’usage direct de forces américaines serait au centre de nos réflexions », a dit la source.

Washington entend privilégier, en cas d’invasion de l’Ukraine, « une combinaison » de plusieurs éléments : du « soutien à l’armée ukrainienne », « de fortes sanctions économiques » et « une augmentation substantielle du soutien et des capacités auprès de nos alliés au sein de l’OTAN ».

Le président américain s’entretiendra avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, « dans les jours suivant » son entretien avec Vladimir Poutine, a encore fait savoir le haut responsable de la Maison-Blanche.

Par ailleurs, le président américain « s’entretiendra plus tard aujourd’hui avec des alliés européens clés pour coordonner le message » qu’il adressera en visioconférence à son homologue russe, et s’assurer qu’il « aborde cette conversation avec Vladimir Poutine dans l’unité avec les alliés et dans une forte solidarité transnationale ».

Pas de « percée »

Le Kremlin a, lui, indiqué lundi ne pas s’attendre à une « percée » lors de l’entretien virtuel.

La conversation entre les deux hommes devrait surtout tourner autour de l’Ukraine. Kiev et ses alliés accusent la Russie d’avoir massé des troupes et des blindés à sa frontière en prévision d’une attaque.

Moscou pour sa part dément toute intention belliqueuse, mais avance certaines exigences, notamment un engagement que l’Ukraine ne rejoindra pas l’OTAN, comme l’ont fait un grand nombre de pays de l’ancien bloc soviétique.

« Nous ne savons pas si le président Poutine a pris une décision sur une éventuelle escalade militaire en Ukraine. Mais nous savons qu’il met en place les capacités de lancer une telle escalade », a dit la source américaine.

Or, ni Kiev ni les États-Unis n’entendent prendre un tel engagement même si, dans les faits, la procédure d’adhésion de l’Ukraine à l’alliance militaire, bien qu’officiellement ouverte, semble gelée.

Le président américain et son homologue russe se sont déjà parlé au téléphone en janvier, en avril et en juillet, et se sont vus en chair et en os à Genève en juillet dernier.

Ils utilisent cette fois un autre format, celui de la visioconférence « sécurisée », a précisé la Maison-Blanche.

Joe Biden s’était déjà entretenu récemment par écrans interposés avec le président chinois, Xi Jinping.

Le président américain n’a jamais mâché ses mots concernant Vladimir Poutine, doutant que ce dernier ait une « âme » et le qualifiant même de « tueur » en public.

Il se veut aussi le champion de la démocratie dans le monde, une position difficile à tenir si les États-Unis ferment les yeux sur une nouvelle attaque de l’Ukraine par la Russie.

Mais le démocrate de 79 ans espère également, ou tout du moins espérait jusqu’ici, établir une relation « stable et prévisible » avec la Russie.

Vladimir Poutine tient, lui, à affirmer la Russie comme une puissance dans le jeu géopolitique mondial, aujourd’hui dominé par la rivalité entre Chine et États-Unis.

L’Ukraine est déchirée depuis 2014 par une guerre qui a fait plus de 13 000 morts entre Kiev et des séparatistes prorusses dans l’est du pays, que la Russie est accusée par les Occidentaux de soutenir. Le conflit a démarré après l’annexion par la Russie de la péninsule de Crimée.

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