L’OMS met en garde contre une situation «toxique» favorisant le nouveau variant

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en garde mercredi contre la combinaison « toxique » de faibles taux de vaccination et de dépistage de la COVID-19 devant la menace du nouveau variant Omicron qui continue de se propager dans le monde et qui contraint de plus en plus de pays à revenir à des mesures restrictives.

Au même moment, annonce symbolique, a été révélé un premier cas de ce variant aux États-Unis, qui comptent près de 800 000 morts depuis le début de la pandémie.

Cette personne, qui revenait de l’Afrique du Sud, a été déclarée positive en Californie, ont expliqué les autorités sanitaires. Le patient était « entièrement vacciné et présentait des symptômes légers ».

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a quant à elle un peu plus écorné le tabou qui régnait encore il y a peu sur la vaccination obligatoire en estimant qu’une discussion « devait avoir lieu » sur ce sujet dans les États membres de l’UE. « C’est une discussion qui, je pense, doit être menée », a déclaré Mme von der Leyen au cours d’une conférence de presse.

Dans l’Union, la vaccination obligatoire est déjà prévue en Autriche et envisagée par l’Allemagne. D’autres pays y réfléchissent dans le monde, l’Afrique du Sud notamment, mais les résistances sont fortes.

Pour l’heure, a souligné à Genève le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, l’insuffisance de la couverture vaccinale contre la COVID-19 et celle du niveau de dépistage constituent un mélange « toxique ».

« Question de choix »

C’est « une recette parfaite pour que des variants se reproduisent et s’amplifient », a-t-il prévenu, soulignant que la fin de la pandémie est « une question de choix ».

Même au Portugal, élève modèle de l’Europe pour ce qui est du taux de vaccination (85 %), la population doit de nouveau à partir de mercredi porter le masque dans les lieux clos et présenter un passeport sanitaire. Une nouvelle campagne de vaccination a d’ailleurs été entamée. « Les autorités le recommandent, alors je suis venu, sans même prendre rendez-vous », a raconté José Barreto, un ancien enseignant de 71 ans, disant faire face à la pandémie « avec beaucoup de rationalité », « sans céder à la panique ».

L’Allemagne se prépare pour sa part à décider jeudi de restrictions supplémentaires, dont de possibles fermetures de bars et d’autres lieux publics.

En Afrique du Sud, là même où a été annoncée l’identification du variant Omicron la semaine dernière, mais dont moins d’un quart des habitants sont vaccinés, les autorités sanitaires ont parlé devant le Parlement d’une propagation « exponentielle » du virus. Le nouveau variant, manifestement très contagieux, étant déjà dominant.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est insurgé mercredi contre le « scandale » d’une condamnation de l’Afrique pour n’être pas assez vaccinée.

« Virus sans frontières »

« Avec un virus vraiment sans frontières, les restrictions de voyages qui isolent un pays ou une région ne sont pas seulement profondément injustes et punitives, elles sont inefficaces », a-t-il lancé au cours d’un point de presse.

Le Danemark, qui comme d’autres pays en Europe fait face à un fort rebond épidémique et a enregistré mercredi le nombre record de plus de 4500 nouveaux cas de COVID-19, a néanmoins décidé d’introduire un test obligatoire pour les voyageurs en provenance de Doha et de Dubaï, après la détection d’un cas du nouveau variant chez un voyageur de retour du Qatar.

Aux États-Unis, des conditions de test plus strictes pour les voyageurs à l’arrivée, voire l’instauration d’une quarantaine, sont à l’étude, selon des responsables sanitaires. Ces mesures pourraient être officiellement annoncées jeudi par le président américain, Joe Biden.

Face à « la menace pour la reprise » économique que représente Omicron, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a elle aussi estimé mercredi que la priorité demeurait de « s’assurer que les vaccins sont produits et distribués le plus rapidement possible à travers le monde ».

Les pays développés du G20 ont dépensé 10 000 milliards de dollars pour protéger leur économie pendant la crise, alors que vacciner la planète ne coûterait que 50 milliards, a indiqué Laurence Boone, cheffe économiste de l’OCDE.

La nouvelle souche a été repérée sur tous les continents, mais l’Europe, déjà aux prises avant son apparition avec un fort rebond de l’épidémie, semble la plus touchée : après de nombreux autres pays, la Norvège a annoncé ses quatre premiers cas mercredi, tous sur des personnes rentrées d’Afrique du Sud.

Les États du Vieux Continent durcissent donc à nouveau les restrictions sanitaires : contrôles aux frontières, interdiction de voyager vers l’Afrique australe, masque obligatoire dans les transports et les magasins au Royaume-Uni, recommandation de vacciner les enfants vulnérables en France, etc.

En Asie, le Japon, désormais fermé aux étrangers, a recensé deux cas de contamination par l’Omicron et a demandé mercredi aux compagnies aériennes de suspendre les nouvelles réservations à destination de son territoire pendant un mois. La Corée du Sud a annoncé ses cinq premiers cas et a aussi renforcé ses restrictions de voyages.

Le Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique, a également enregistré ses trois premiers cas, des personnes de retour d’Afrique du Sud, tout comme les trois premiers cas repérés au Brésil.

Un premier cas a par ailleurs été signalé en Arabie saoudite — le premier dans le Golfe — chez un Saoudien rentré d’Afrique du Nord.

Divers fabricants, dont Moderna, AstraZeneca, Pfizer-BioNTech et Novavax, se sont dits confiants dans leur capacité à créer un nouveau vaccin contre Omicron. La Russie a, elle aussi, annoncé qu’elle travaillait sur une version de son « Spoutnik V » ciblant spécifiquement ce variant.

Jamais un variant de la COVID-19 n’avait provoqué autant d’inquiétude depuis l’émergence de Delta, actuellement dominant et déjà très contagieux. L’OMS juge « élevée » la « probabilité qu’Omicron se répande au niveau mondial », même si de nombreuses inconnues demeurent : contagiosité, efficacité des vaccins existants, gravité des symptômes.

Élément rassurant : à ce jour, aucun décès associé à Omicron n’a été signalé.

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