Pour la première fois, les États-Unis sont considérés comme une «démocratie en recul»

L’IDEA, qui qualifie cette régression «d’inquiétante», fait en grand partie porter le chapeau aux années de pouvoir de Donald Trump et à sa remise en question de la légitimité de l’élection présidentielle de 2020, qui a culminé par la tentative de coup d’État du 6 janvier au Capitole.
Photo: Anna Moneymaker/Getty Images/AFP L’IDEA, qui qualifie cette régression «d’inquiétante», fait en grand partie porter le chapeau aux années de pouvoir de Donald Trump et à sa remise en question de la légitimité de l’élection présidentielle de 2020, qui a culminé par la tentative de coup d’État du 6 janvier au Capitole.

Le pays était source d’inspiration. Il inspire désormais les craintes. Pour la première fois, les États-Unis, emblème de la démocratie, ont fait leur entrée lundi dans la liste des pays du monde où la « démocratie recule », selon l’International Institute for Democracy and Electoral Assistance (IDEA).

L’organisation intergouvernementale basée à Stockholm, en Suède, qui scrute l’évolution démocratique à travers le monde depuis plus de 25 ans, qualifie d’ailleurs ce déclin « d’inquiétant » et l’attribue en grande partie aux années de pouvoir de Donald Trump, mais également à sa remise en question, à dessein et sans aucun fondement, de la légitimité des résultats de l’élection présidentielle de 2020, qui a conduit le démocrate Joe Biden au pouvoir.

Avec cet ajout, c’est désormais plus du quart de la population mondiale qui vit dans un pays en recul démocratique, précise l’International IDEA, une tendance qui frappe de grands pays, comme l’Inde et le Brésil, et place désormais les États-Unis sur un triste pied d’égalité avec la Hongrie, la Pologne ou la Slovénie en matière d’atteinte préoccupante à la démocratie.

« De manière significative, les États-Unis, bastion de la démocratie mondiale, ont été eux-mêmes victimes de tendances autoritaires et sont descendus d’un nombre important de marches sur l’échelle démocratique », peut-on lire dans le rapport, qui parle d’un « tournant historique » lorsque l’ex-président a, depuis le siège de l’exécutif américain, « sapé la confiance fondamentale dans le processus électoral ». La stratégie a culminé le 6 janvier avec la tentative manquée de coup d’État par les partisans du populiste lancés contre le Capitole afin d’empêcher la certification du vote confirmant la victoire de Joe Biden.

« La détérioration visible de la démocratie aux États-Unis, comme en témoignent la tendance croissante à contester des résultats électoraux crédibles, les efforts pour supprimer la participation et la polarisation galopante, est l’une des évolutions les plus préoccupantes concernant la démocratie à l’échelle mondiale », a résumé Kevin Casas-Zamora, secrétaire général de l’organisation intergouvernementale, cité par l’Agence France-Presse.

Le recul démocratique peut être le marqueur d’une transition vers un régime hybride, puis autoritaire, selon l’International IDEA.

Glissement autoritaire

Pour la cinquième année de suite, les pays dont la marche vers l’autoritarisme est en cours sont trois fois supérieurs à ceux en phase de démocratisation. À l’échelle mondiale, les deux tiers de la population vivent sous un régime autoritaire, non démocratique. Pire, le nombre de pays où la démocratie est désormais en recul a doublé en presque une décennie.

« L’état mondial de la démocratie en 2021 montre que de plus en plus de pays, parmi les démocraties établies, souffrent d’une “érosion démocratique”, soit une baisse de la qualité démocratique, résume le rapport. Le nombre de pays subissant un “recul démocratique”, soit une érosion démocratique plus grave et délibérée, n’a également jamais été aussi élevé qu’au cours de la dernière décennie. »

Fait notable, alors que les États-Unis entrent dans la liste des démocraties en recul, l’Ukraine et la Macédoine du Nord en sortent, en raison d’une situation en la matière qui s’y est améliorée, selon les auteurs du rapport. La Serbie, le Mali, la Birmanie et l’Afghanistan changent également de statut pour entrer, eux, dans la liste des régimes autoritaires.

Les inquiétudes sur l’état de santé de la démocratie américaine sont exprimées par l’International IDEA, plusieurs États américains à forte concentration républicaine adoptant depuis plusieurs mois des lois visant à réduire l’accès aux urnes, mais également à faciliter l’annulation d’une élection par des instances électorales dont l’indépendance est de plus en plus érodée. Ces modifications législatives sont justifiées par les affirmations répétées qu’un « vol électoral » a été perpétré en 2020, et ce, même si ces allégations sont en contradiction évidente avec les faits.

En juillet dernier, un panel d’historiens américains a également classé Donald Trump parmi les pires présidents de l’histoire du pays, et ce, depuis 1789. Sa tentative de coup d’État, tout comme sa gestion défiante de la pandémie, lui a valu ce statut, qui a accompagné le recul démocratique dans le pays que vient de confirmer l’International IDEA.

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