Des migrants abandonnent l’espoir de rentrer en Pologne

Des milliers de migrants, originaires principalement du Proche-Orient, sont bloqués depuis plusieurs jours dans une forêt froide et humide à la frontière, espérant rejoindre les riches pays d’Europe occidentale. 
Photo: Maxim Guchek / Belta / Agence France-Presse Des milliers de migrants, originaires principalement du Proche-Orient, sont bloqués depuis plusieurs jours dans une forêt froide et humide à la frontière, espérant rejoindre les riches pays d’Europe occidentale. 

Les migrants bloqués depuis plusieurs jours à la frontière biélorusse ont été relogés jeudi dans un centre logistique à proximité, pendant que plusieurs centaines d’entre eux étaient rapatriés en Irak, après avoir abandonné tout espoir de gagner l’Europe via la Pologne voisine.

« Au 18 novembre, tous les réfugiés du camp de fortune à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, près du point de passage de Brouzgui, ont été transférés, sur la base du volontariat, vers un centre logistique », ont indiqué les gardes-frontières de la Biélorussie sur Telegram. Des photos du camp semblant abandonné ont été diffusées.

Mardi soir, plus d’un millier de personnes avaient déjà trouvé refuge dans ce vaste hangar situé près de la frontière, mais quelque 800 autres, selon Minsk, avaient encore passé la nuit dehors par des températures inférieures à 0 °C dans des tentes ou près de feux de camp.

Ces derniers ont finalement été relogés du fait de « conditions météorologiques qui se dégradent ». Dans le hangar, les migrants reçoivent, selon les gardes-frontières biélorusses, « des repas chauds, des vêtements chauds et des produits de première nécessité ».

Le camp de fortune a été occupé par quelque 2000 personnes ces derniers jours. Il était installé dans une zone boisée non loin du poste frontalier de Brouzgui où, mardi, des centaines de migrants ont fait face à des tirs de canons à eau et de gaz lacrymogènes des forces polonaises.

Signe des drames humains se déroulant dans cette forêt, le Centre polonais d’aide internationale, une ONG, a déclaré jeudi y être intervenu auprès d’un couple syrien qui a dit avoir perdu son fils âgé d’un an.

Affirmant suivre ces « nouvelles tragiques », le président du Parlement européen David Sassoli a déclaré qu’il était « déchirant de voir un enfant mourir dans le froid aux portes de l’Europe ».

Rapatriement en Irak

 

Jeudi soir, 431 migrants ont été rapatriés en Irak, la plupart à Erbil, au Kurdistan irakien d’où la majorité sont originaires, les autres à Bagdad. De nombreux enfants et femmes se trouvaient sur ce vol de rapatriement, le premier depuis le début de la crise migratoire, organisé, selon Bagdad, « sur la base du volontariat ».

L’évacuation de ces migrants intervient après une semaine de tensions croissantes entre la Biélorussie et l’Union européenne.

La Biélorussie, qui est accusée d’avoir orchestré cet afflux en délivrant des visas pour se venger de sanctions occidentales, a affirmé jeudi que 7000 migrants se trouvaient sur son territoire, se disant prête à « rapatrier » 5000 d’entre eux.

Minsk a aussi assuré que la chancelière allemande, Angela Merkel, qui s’est entretenue mercredi avec l’autoritaire dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko, allait négocier avec l’UE un « corridor humanitaire » pour évacuer les 2000 migrants restants vers l’Allemagne. « L’Allemagne n’a pas donné son accord à cela », a toutefois démenti auprès de l’AFP une source gouvernementale à Berlin.

Arrestations

 

Jeudi, les grandes puissances du G7 ont « condamné l’orchestration par le régime biélorusse » de cette crise migratoire, sommant Minsk d’y mettre un terme « immédiatement » et d’autoriser l’accès à l’aide humanitaire. En attendant, sur le terrain, les tentatives de traversée de la frontière continuaient.

Varsovie, qui a monté une clôture barbelée et déployé plus de 15 000 militaires à sa frontière, a annoncé jeudi avoir interpellé une centaine de personnes qui avaient tenté de pénétrer illégalement sur son territoire la nuit précédente.

Le ministère polonais de la Défense a accusé les « forces spéciales » biélorusses d’avoir « forcé les migrants à jeter des pierres sur les soldats polonais afin de détourner leur attention ». L’incident n’a pas pu être vérifié de manière indépendante, car les journalistes sont interdits dans la zone frontalière immédiate du côté polonais.

Lors d’un autre incident, des séquences vidéo diffusées par les gardes-frontières biélorusses montraient un chien garde-frontière lituanien mordant un homme allongé sur le sol dans un sac de couchage.

Loukachenko « légitimé » ?

Depuis le début de la crise, en été, au moins 11 migrants sont morts des deux côtés de la frontière, selon des organisations humanitaires.

 

Si Bruxelles a vivement critiqué le régime de M. Loukachenko, plusieurs responsables européens ont néanmoins repris contact avec lui, suscitant l’inquiétude de Varsovie.

Le premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a ainsi dénoncé jeudi toute tentative d’entretiens officiels avec le régime de M. Loukachenko, estimant que cela reviendrait à le « légitimer ».

Le président français Emmanuel Macron a répété jeudi « sa pleine solidarité avec la Pologne », lors de deux entretiens téléphoniques avec son homologue Andrzej Duda et avec M. Morawiecki.

Il a aussi, selon l’Élysée, « réaffirmé la nécessité pour l’Europe de maintenir la pression sur Alexandre Loukachenko » afin de mettre « fin à cette instrumentalisation qui place de nombreuses personnes en danger ».

Mme Merkel a eu cette semaine deux conversations téléphoniques avec M. Loukachenko, dont la réélection l’an dernier n’a pas été reconnue par les Occidentaux, qui ont dénoncé des fraudes massives.

Minsk a affirmé mercredi que les discussions entre Mme Merkel et M. Loukachenko avaient abouti à un accord sur l’organisation de pourparlers Biélorussie-UE.

Mais cette annonce a été immédiatement nuancée par Berlin et la Commission européenne, qui ont évoqué une coopération entre Minsk et l’UE pour fournir une aide humanitaire aux migrants coincés à la frontière par des températures glaciales.

La Russie de Vladimir Poutine, qui appuie M. Loukachenko, a salué le dialogue direct entre l’UE et la Biélorussie.

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