L’impact des changements climatiques serait plus prononcé pour les femmes

Lors des inondations qui ont frappé les îles Solomon en 2014, 96 % des victimes étaient des femmes et des enfants.
Photo: Vision mondiale / Archives Agence France-Presse

Lors des inondations qui ont frappé les îles Solomon en 2014, 96 % des victimes étaient des femmes et des enfants.

L’impact des changements climatiques est plus prononcé sur les femmes, particulièrement dans les pays défavorisés les plus menacés par le réchauffement de la planète, a-t-on prévenu vendredi lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP 26), à Glasgow, en Écosse.

On estime par exemple qu’au moins 70 % des victimes du tsunami dévastateur qui a fait quelque 230 000 morts dans 14 nations de l’océan Indien en 2004 étaient des femmes ou des enfants, selon des données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Dans la seule province indonésienne de l’Aceh, 65 % des victimes étaient des femmes.

Lors des inondations qui ont frappé les îles Solomon en 2014, 96 % des victimes étaient des femmes et des enfants.

« Ce taux de mortalité plus élevé parmi les femmes lors d’une catastrophe peut être attribuable à divers facteurs, comme une mobilité restreinte, un accès différent aux systèmes d’alerte précoce ou le simple fait de ne pas savoir nager », a expliqué Hayley Capp, une des responsables du dossier des changements climatiques pour l’organisation humanitaire CARE.

Les femmes des pays sous-développés sont souvent assujetties aux décisions de leurs maris et ce sont ces derniers qui décideront, ou pas, de fuir en cas de catastrophe.

 

Et quand la décision de fuir l’arrivée imminente d’un tsunami ou d’une tempête sera finalement prise, les hommes auront souvent un accès prioritaire aux moyens de transport comme les animaux, les voitures ou les vélos. Leur force physique supérieure pourra aussi leur conférer un avantage.

« Lors du cyclone Idai qui a frappé le Malawi, le Mozambique et le Zimbabwe, quand le niveau de l’eau a commencé à grimper, évidemment les hommes étaient plus forts et ils ont pu se mettre en sécurité plus rapidement, a illustré Chikondi Chabvuta, une conseillère de CARE pour l’Afrique australe. Quand les hélicoptères sont arrivés, la plupart des gens qui ont été trouvés sur les toits ou dans les arbres étaient des femmes et des enfants. »

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Les femmes étaient aussi plus susceptibles d’avoir été emportées par les eaux, a-t-elle ajouté, et il était facile de voir que tous n’avaient pas une capacité égale à s’enfuir face à une catastrophe soudaine.

Menace économique

 

La menace que font planer les changements climatiques sur les femmes pourra aussi être de nature économique.

Une femme a par exemple raconté que sa mère monoparentale n’avait toujours pas réussi à se retrouver un emploi dix ans après le passage de l’ouragan Mitch, qui a fait plus de 11 000 morts en Amérique centrale en 1998, parce que la priorité était accordée aux travailleurs qualifiés — comme les ingénieurs — qui pouvaient contribuer à la reconstruction des zones dévastées.

Cela a ensuite eu un impact sur l’éducation dont son frère et elle ont pu profiter, et ils en ressentent encore les répercussions aujourd’hui, a-t-elle dit.

Les habitants des pays sous-développés dépendent souvent de l’agriculture pour leur subsistance. Si la terre devient impossible à cultiver en raison d’inondations ou de la sécheresse, et que les hommes partent chercher du travail en ville, les femmes qui restent derrière devront assumer une charge supplémentaire de travail. Elles seront également exposées à un risque accru de violence, sexuelle ou autre, même si l’absence des hommes augmentera aussi leur autonomie et leur pouvoir décisionnel.

Les femmes se heurtent à de nombreux obstacles quand vient le temps de s’adapter aux changements climatiques, a-t-on expliqué, à commencer par le fait que la majorité de leur temps est accaparé par les tâches domestiques. On estime aussi que moins de 20 % des propriétaires terriens de la planète sont des femmes. En Afrique subsaharienne, les femmes impliquées dans l’agriculture de subsistance profitent de moins de 10 % de tout le crédit disponible.

Au Bangladesh — un pays menacé par la hausse du niveau des mers et par l’intensification des événements météorologiques extrêmes -, 46 % de la population agricole est constituée de femmes, mais ce sont les hommes qui sont traditionnellement considérés comme étant les « agriculteurs » et les femmes de simples « assistantes ».

Les femmes ne participent pas au processus décisionnel, elles ne détiennent que 4 % de toutes les terres et elles n’ont pas accès au crédit, ce qui freine leurs possibilités d’adaptation aux changements climatiques.



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