Changements climatiques: «Nous ne pouvons pas perdre espoir»

Les scientifiques craignent que les coraux n’aient plus la capacité de s’adapter, même si le réchauffement est limité à +1,5 °C.
Photo: Luis Acosta Archives Agence France-Presse Les scientifiques craignent que les coraux n’aient plus la capacité de s’adapter, même si le réchauffement est limité à +1,5 °C.

Hors de question de voir mourir les derniers coraux. Malgré le risque d’engloutissement de son pays, l’ancien président des Maldives Mohamed Nasheed, récemment rescapé d’une tentative d’assassinat, refuse de « perdre espoir » : le monde va limiter le réchauffement.

En 2009, celui qui parle aujourd’hui au nom du Climate Vulnerable Forum représentant les pays les plus vulnérables aux changements climatiques, organisait un conseil des ministres sous l’eau pour frapper les esprits et alerter le monde sur les risques de submersion des États insulaires face à la montée du niveau de la mer.

« Dix ans plus tard, où en sommes-nous ? », lance-t-il lors d’un entretien avec l’AFP à Glasgow pendant la conférence climat COP26. « Je pense que nous avons beaucoup, beaucoup avancé ».

Certes, certains pays doivent encore renforcer leurs ambitions climat, mais l’ancien président est désormais persuadé que le monde sera capable de limiter la hausse des températures à +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris.

« Je crois que les gens ont compris la gravité de la situation », estime-t-il, faisant référence aux catastrophes climatiques qui ne touchent plus seulement les pays en développement mais aussi l’Europe ou les États-Unis, ravagés également par les incendies et les inondations. « C’est une question électorale désormais, c’est pour cela que les dirigeants ont adopté ce discours ».

« L’arbre qui ne brûle pas »

« Nous devons être capables de nous ressaisir, de sauver la planète et de garder +1,5 °C », martèle-t-il. ’« Nous ne pouvons pas être pessimistes, nous ne pouvons pas perdre espoir. Si nous perdons espoir, où allons-nous ? Que faisons-nous ? ».

Mais espérer ne veut pas dire abandonner la lutte, loin de là. Il rappelle les pays riches à leur promesse non tenue de porter leur aide climat aux pays les plus pauvres à 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Il réclame aussi toujours plus d’ambition pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, afin de préserver l’avenir.

« Aux Maldives, nous avons été la première génération à voir le récif corallien, parce que nous avons été la première génération à avoir des lunettes de plongée, des masques, des équipements pour la plongée », note-t-il. « Malheureusement, nous sommes aussi la première génération à voir les récifs mourir ».

Et si les scientifiques craignent que les coraux n’aient plus la capacité de s’adapter, même si le réchauffement est limité à +1,5 °C, Mohamed Nasheed refuse une telle fatalité.

« Nous voulons trouver un corail résistant », s’enthousiasme-t-il. « Nous voulons trouver un grain de sable qui permet de retenir l’eau et d’éviter les glissements de terrain […]. Nous voulons peut-être trouver un arbre qui ne brûle pas ».

Survivre tous

En attendant ces découvertes, il plaide pour l’utilisation de la nature comme « infrastructure » pour protéger les territoires, comme la restauration des mangroves.

Mais tout cela demande de l’argent. De l’argent réclamé aux pays riches responsables de ce changement climatique et de ses impacts grandissants.

« Vous n’avez pas inventé le moteur à combustion pour m’assassiner. Mais en fait, c’est ce qui se passe. Est-ce que vous allez compenser ça ? », lance-t-il, en référence aux revendications des pays en développement d’un financement des « pertes et préjudices ».

Mais il refuse dans le même temps d’utiliser ce passé pollueur du Nord comme excuse pour permettre aux pays émergents de faire pareil.

« Ce serait comme de dire que l’Occident nous a poussés tout près du précipice, et que les nouveaux gros pays émetteurs ont le droit de nous faire tomber dedans ».

Finalement, « nous voulons survivre, et nous voulons que vous surviviez aussi », insiste l’ancien président.

« Il ne s’agit plus seulement de nous. Quand nous coulerons, le bateau entier coulera ».

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