L’élan militaire de Pékin inquiète Washington

Cérémonie de mise en service du porte-avions chinois Shandong dans un port naval de Sanya, dans le sud de la Chine, en 2019
Photo: Li Gang/Xinhua via AP Cérémonie de mise en service du porte-avions chinois Shandong dans un port naval de Sanya, dans le sud de la Chine, en 2019

La croissance de la puissance militaire de la Chine et sa détermination à mettre fin à la domination américaine dans la région Asie-Pacifique inquiètent l’industrie de la défense des États-Unis.

Des responsables américains redoutent notamment l’expansion de l’arsenal nucléaire chinois, les progrès de Pékin dans l’espace et en ligne, l’amélioration de ses missiles et les menaces chinoises envers Taiwan. « La rapidité des progrès chinois est stupéfiante », a dit la semaine dernière le chef adjoint de l’état-major des États-Unis, le général John Hyten, qui est aussi l’ancien commandant des forces nucléaires américaines et l’ancien responsable des activités spatiales de l’armée de l’air.

Cela pourrait mener à un équilibre des pouvoirs plus favorable à la Chine. Un tel réalignement ne menacerait pas directement les États-Unis, mais pourrait compliquer les alliances américaines en Asie.

Le plus récent exemple de ces progrès est l’essai par la Chine d’un missile hypersonique capable d’entrer partiellement en orbite autour de la Terre avant de rentrer dans l’atmosphère et d’être guidé jusqu’à sa cible. L’arme est destinée à éviter les systèmes antimissiles américains. Même si Pékin assure qu’il s’agit d’un véhicule spatial réutilisable et non d’un missile, le test semble avoir pris les dirigeants américains de court.

Le chef de l’état-major des États-Unis, le général Mark Milley, a dit qu’il s’agissait presque d’un moment Spoutnik, une allusion au lancement du premier satellite par l’Union soviétique en 1957. Ce lancement avait pris le monde par surprise et suscité des inquiétudes quant à un éventuel retard technologique des États-Unis.

Course à l’armement

Des dirigeants du Pentagone et des politiciens de Washington croient que la modernisation de la Chine justifie la reconstruction de l’arsenal militaire américain, un projet qui devrait coûter plus d’un milliard de dollars américains au cours des trente prochaines années.

Mais plusieurs analystes craignent que les inquiétudes américaines poussent Washington dans une course aux armements avec Pékin. Le Congrès appuie une hausse des dépenses consacrées aux activités dans l’espace et en ligne, ainsi qu’aux technologies hypersoniques. Le prochain budget pourrait aussi prévoir des fonds pour déployer des armes hypersoniques à bord de sous-marins.

La Russie demeure pour le moment la plus importante menace stratégique en raison de la taille de son arsenal nucléaire. Mais le général Milley et d’autres affirment que la Chine est plus inquiétante à long terme puisque sa puissance économique est largement supérieure à celle de la Russie et des ressources qu’elle consacre à la modernisation militaire.

À son rythme actuel, la Chine « surpassera la Russie et les États-Unis » en ce qui concerne la puissance militaire totale d’ici quelques années « si nous ne faisons rien pour que ça change », a prévenu le général Hyten, qui prendra sa retraite avant la fin du mois. « Ça va se produire. »

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