Angela Merkel fait ses adieux à l’Europe

Après 16 ans au pouvoir, la chancelière allemande, Angela Merkel, a quitté la scène politique européenne vendredi.
Photo: Aris Oikonomou Agence France-Presse Après 16 ans au pouvoir, la chancelière allemande, Angela Merkel, a quitté la scène politique européenne vendredi.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a lancé vendredi un avertissement à l’Europe, s’inquiétant de sa capacité à relever les défis sociétaux, migratoires et économiques, à l’issue de son 107e et dernier sommet à Bruxelles, après 16 ans au pouvoir.

« Je quitte maintenant cette Union européenne dans ma responsabilité de chancelière dans une situation qui m’inquiète », a déclaré Mme Merkel. « Nous avons surmonté de nombreuses crises, par le respect et les efforts pour trouver des solutions communes, mais nous avons une série de problèmes non résolus », a-t-elle averti.

Concernant l’État de droit (indépendance de la justice, liberté des médias, etc.), sujet pour lequel la Pologne est actuellement dans le collimateur de l’Union européenne (UE), la chancelière a répété son souhait d’un débat plus apaisé, appelant au dialogue et à plus de compréhension pour l’histoire de cet ancien pays communiste. « Nous devons nous respecter mutuellement. Je pense que c’est très important », a-t-elle martelé.

En matière de migrations, l’UE est « toujours vulnérable de l’extérieur », a-t-elle prévenu, au moment où la Biélorussie est accusée de faire passer clandestinement des migrants via ses frontières, en représailles à des sanctions européennes.

Manque d’innovation

Angela Merkel s’est aussi inquiétée pour la compétitivité du Vieux Continent, en particulier dans les nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle. « L’Europe n’est pas le continent le plus innovant », a-t-elle regretté, estimant que ses successeurs auraient de « grands chantiers » à mener.

Alors qu’elle tire sa révérence sur la scène européenne, à 67 ans, la chancelière a recueilli une pluie d’hommages. Son départ suscite la peur du vide au sein de l’UE, placée devant des chantiers décisifs : reconstruction économique post-COVID, changement climatique, affirmation de son rôle géopolitique face aux États-Unis et à la Chine.

« Votre peuple allemand bien-aimé et le monde entier ont une dette de reconnaissance pour votre hauteur de vue pendant tant d’années », a salué l’ancien président américain Barack Obama dans une vidéo.

Les sommets des Vingt-Sept « sans Angela, c’est comme Rome sans le Vatican ou Paris sans la tour Eiffel », a déclaré à Bruxelles le président du Conseil européen, Charles Michel.

L’ex-premier ministre belge a salué « la sagesse » de la chancelière, qui manquera aux Européens « en particulier dans les périodes délicates », dans un discours accueilli par une ovation debout des chefs d’État et de gouvernement réunis depuis jeudi.

Un cadeau, une œuvre en transparence du jeune designer franco-néerlandais Maxim Duterre, évoquant le bâtiment du Conseil qui accueille les sommets, a été remis à Mme Merkel comme à son homologue suédois, Stefan Löfven, lui aussi sur le départ.

Allemagne

Ces derniers mois, les dirigeants de l’UE ont multiplié hommages et remerciements à celle qui a dirigé l’Allemagne depuis 2005, presque aussi longtemps que le chancelier de la Réunification, Helmut Kohl (1982-1998).

À la tête de la première puissance économique du continent, Angela Merkel avait cependant été très critiquée pour l’attitude de Berlin durant la crise de la zone euro après l’effondrement financier mondial de 2008-2009, mais a été ensuite largement saluée pour sa réponse à la crise migratoire de 2015 et pour s’être ralliée in fine à un endettement commun des Vingt-Sept.

L’Allemagne devrait avoir un nouveau chancelier avant Noël. Sociaux-démocrates, écologistes et libéraux ont dévoilé jeudi le calendrier de leurs négociations visant à installer Olaf Scholz (SPD) aux commandes du pays début décembre.

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