Washington et Pékin jouent les équilibristes

La Chine communiste considère Taiwan comme une de ses provinces, menaçant régulièrement de recourir à la force en cas de proclamation formelle d’indépendance de la part de l’île, où des manifestations anti-Chine en soutien à Hong-Kong continuent d’avoir lieu.
Photo: Sam Yeh Agence France-Presse La Chine communiste considère Taiwan comme une de ses provinces, menaçant régulièrement de recourir à la force en cas de proclamation formelle d’indépendance de la part de l’île, où des manifestations anti-Chine en soutien à Hong-Kong continuent d’avoir lieu.

Les tensions s’intensifient autour du sort de Taiwan et placent la Chine et les États-Unis face à un choix délicat : jusqu’où peuvent-ils renforcer leur pression sans que la compétition diplomatique ne déraille en conflit entre les deux superpuissances nucléaires ?

Les deux premières économies mondiales s’opposent frontalement sur moult dossiers dans un climat de guerre froide, mais la question taiwanaise est souvent considérée comme la seule susceptible de provoquer une confrontation armée.

Ces derniers jours, l’aviation militaire chinoise a réalisé un nombre record d’incursions près de l’île — que la Chine communiste considère comme une de ses provinces —, menaçant régulièrement de recourir à la force en cas de proclamation formelle d’indépendance.

« C’était pour dire à Taiwan que personne ne peut venir à son secours », estime Oriana Skylar Mastro, chercheuse à l’université californienne de Stanford et au cercle de réflexion American Enterprise Institute. Un avertissement donc, plutôt que des préparatifs pour une invasion, même si le gouvernement taiwanais redoute que Pékin soit capable de lancer une attaque d’envergure dès 2025.

Outre Washington, des alliés des États-Unis ont récemment pris des positions qui agacent les autorités chinoises : le Japon a soutenu Taiwan, notamment dans son intention de rejoindre un bloc commercial régional, et l’Australie a formé une alliance avec les Américains et les Britanniques, surnommée AUKUS, pour mieux contrer la Chine.

Risque de malentendu

Pour Oriana Skylar Mastro, le pays de Mao veut signifier par ses incursions aériennes que « rien de cela ne va modifier ses calculs stratégiques ».

Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale de l’actuel président, Joe Biden, a discuté de Taiwan lors d’une réunion la semaine dernière en Suisse avec un des plus hauts diplomates chinois, Yang Jiechi.

Prié ensuite de dire, sur la BBC, si les États-Unis étaient prêts à intervenir militairement pour défendre l’île, il a répondu : « Nous allons agir maintenant pour tenter de faire en sorte que cela ne soit jamais nécessaire. » Un responsable du Pentagone a ainsi confirmé à l’Agence France-Presse que des forces spéciales américaines entraînaient discrètement l’armée taiwanaise.

« Zone grise »

Selon Kuo Yujen, analyste politiqueà l’Université nationale Sun Yat-sen,à Taiwan, les autorités américaines tentent de montrer à Pékin que ses pressions croissantes sont « contreproductives pour les objectifs de la Chine et la stabilité du détroit de Taiwan ».

Les deux camps doivent reconnaître qu’ils contribuent tous deux à la collision à laquelle nous sommes en train d’assister au ralenti

 

Or, le président chinois, Xi Jinping, semble envoyer des messages ambivalents. Malgré les incursions aériennes, il a aussi plaidé samedi pour une « réunification pacifique ».

Craig Singleton, de la Foundation for Defense of Democracies, un cercle de réflexion sur la politique étrangère américaine, décrit ce discours en ces termes : « une fois n’est pas coutume, mesuré et réaliste ». Les États-Unis feraient mieux de se préparer à une hausse de l’intimidation chinoise à l’égard de l’île et à une « compétition durable » dans une « zone grise » aux confins du conflit militaire classique, recommande-t-il.

Pour Michael Swaine, du Quincy Institute for Responsible Statecraft, qui plaide pour la retenue en diplomatie, Washington et Pékin doivent absolument renforcer le dialogue pour trouver le juste équilibre entre « dissuasion et bonne compréhension ». « Les deux camps doivent reconnaître qu’ils contribuent tous deux à la collision à laquelle nous sommes en train d’assister au ralenti », prévient-il dans une récente note.

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