Le Sommet de la Francophonie reporté une deuxième fois

La Tunisie fait face à une crise politique provoquée par la mainmise grandissante du président Saïed sur son pays.
Photo: Fethi Belaid Agence France-Presse La Tunisie fait face à une crise politique provoquée par la mainmise grandissante du président Saïed sur son pays.

Le Sommet de la Francophonie, prévu cet automne en Tunisie, sera reporté une nouvelle fois, sur fond de crises pandémique et politique.

Les membres du Conseil permanent de la Francophonie (CPF), réunis mardi, ont décidé de ce report d’un an, a indiqué dans un communiqué l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

« Ils sont arrivés à un consensus sur la nécessité de reporter d’un an le 18e Sommet de la Francophonie, afin de permettre à la Tunisie d’organiser cette instance importante dans les conditions les plus optimales », indique la déclaration, précisant que la question a été débattue par les membres « ouvertement et dans un souci de cohésion et de solidarité ».

Aucun autre détail sur les motifs n’a été évoqué par le CPF, une instance composée des représentants de chefs d’États et de gouvernements membres de l’OIF, dont ceux du Québec et du Canada. Selon les informations obtenues, des « enjeux » liés à la pandémie ont mené à ce deuxième report de l’événement, qui se tient tous les deux ans.

Le Canada et d’autres pays ont également évoqué mardi la crise politique provoquée par la mainmise grandissante que le président tunisien, Kaïs Saïed, exerce sur son pays, a indiqué au Devoir Jean-Louis Roy, ex-secrétaire général de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (l’actuelle OIF). « On m’a dit que la représentation canadienne a été très claire dans ses propos évoquant les difficultés que pose au Canada la situation politique en Tunisie », a déclaré M. Roy.

Des retards dans l’organisation de l’événement ont aussi motivé le report à 2022 recommandé par le CPF, qui doit être validé par la Conférence ministérielle de la Francophonie.

Stabilité souhaitée

Prévu à l’origine à Tunis en 2020, le sommet a été reporté une première fois en raison de la pandémie, puis déplacé hors de la capitale. Il devait se tenir en novembre prochain sur l’île tunisienne de Djerba.

Un des grands objectifs de l’OIF, c’est de soutenir l’état de droit, les libertés humaines et les droits de la personne.

Dans un texte publié par Le Devoir samedi, M. Roy proposait un nouveau report en raison du coup de force de M. Saïed, qui a suspendu le Parlement et la Constitution du pays au cours des derniers mois. Il gouverne depuis par Décret.

Dès lors, il aurait été difficilement justifiable, pour l’OIF, de convier les dirigeants de ses pays membres à Djerba, a indiqué M. Roy, ex-délégué général du Québec à Paris. « Un des grands objectifs de l’OIF, c’est de soutenir l’état de droit, les libertés humaines et les droits de la personne », a-t-il dit.

En sa qualité de président de la Tunisie, M. Saïed aurait d’ailleurs présidé un sommet où des coups de force dans d’autres pays auraient été dénoncés, souligne M. Roy. « Ça aurait été condamné alors que c’est exactement comme ce qui s’est passé en Tunisie », a-t-il dit.

M. Roy espère que ce report contribuera à stabiliser la situation en Tunisie. « J’espère que dans l’année qui vient, l’OIF va aider la Tunisie à se sortir de ses difficultés actuelles, que ce soit par la mise en place de tribunes ou autres », a-t-il souhaité.

Le dernier sommet a eu lieu à Erevan, en 2018. Il avait marqué la fin de mandat abrupte de la secrétaire générale Michaëlle Jean. En raison de sa gestion controversée, l’ex-gouverneure générale du Canada, en poste pendant seulement quatre ans à la tête de l’OIF, a été remplacée par la Rwandaise Louise Mushikiwabo.

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