Haro de Biden sur les régimes autoritaires

Au sortir de plusieurs semaines difficiles sur le front diplomatique autant que sur celui des affaires internes dans son pays, Joe Biden a livré mardi un discours attendu à la tribune de l’ONU, par lequel l’occupant de la Maison-Blanche a tenté de restaurer la crédibilité internationale des États-Unis.
Photo: Eduardo Munoz Associated Press Au sortir de plusieurs semaines difficiles sur le front diplomatique autant que sur celui des affaires internes dans son pays, Joe Biden a livré mardi un discours attendu à la tribune de l’ONU, par lequel l’occupant de la Maison-Blanche a tenté de restaurer la crédibilité internationale des États-Unis.

Unis pour préserver la démocratie. Lors de sa première apparition à la tribune de l’Organisation des Nations unies (ONU) mardi matin, le président américain, Joe Biden, a appelé à l’unité de la communauté internationale et des chefs de gouvernement présents à l’ouverture de la 76e Assemblée générale, et ce, pour faire face à la montée et à l’influence des régimes autoritaires à travers le monde.

Au sortir de plusieurs semaines difficiles sur le front diplomatique autant que sur celui des affaires internes dans son pays, M. Biden a livré un discours attendu, par lequel l’occupant de la Maison-Blanche a tenté de restaurer la crédibilité internationale des États-Unis. Crédibilité minée par quatre années de trumpisme.

« L’avenir appartient à ceux qui donnent à leur peuple la possibilité de respirer librement, pas à ceux qui cherchent à l’étouffer avec un autoritarisme et une main de fer, a déclaré Joe Biden. Les autoritaires du monde cherchent à proclamer la fin de l’ère de la démocratie, mais ils se trompent. »

Le président a également déclaré que le retrait des troupes américaines, dans la confusion et marquant un retour sans résistance des talibans en Afghanistan, a incarné le début d’une « nouvelle ère », où les « guerres sans fin » seront désormais remplacées par une « diplomatie sans fin », a-t-il dit. Dans cette ère, les États-Unis s’engagent à utiliser « toute la puissance de [leur] aide au développement afin d’investir dans de nouvelles manières d’élever les conditions de vie dans le monde entier », a-t-il ajouté devant un parterre parsemé en raison de la pandémie de COVID-19 et des règles sanitaires imposées par l’organisation internationale à ses participants.

Cette Assemblée générale s’est distinguée par le retour de discours de plusieurs chefs d’État faits en personne à la tribune, dont le Brésilien populiste Jair Bolsonaro, et ce, après la réunion de l’an dernier tenue de manière virtuelle à cause de la pandémie.

Division sino-américaine

En ouverture de cette session, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a mis en garde les États-Unis et la Chine contre les tensions entre les deux pays qui, selon lui, contribuent à la dégradation d’un monde déjà « au bord du gouffre ».

« Nous faisons face à la plus grande cascade de crises de notre vie, a-t-il indiqué. Je crains que notre monde ne se dirige vers deux ensembles différents de règles économiques, commerciales, financières et technologiques, deux approches divergentes dans le développement de l’intelligence artificielle — et finalement deux stratégies militaires et géopolitiques différentes », a-t-il dit.

« C’est une recette pour les ennuis. Ce serait beaucoup moins prévisible que la guerre froide. Pour restaurer la confiance et inspirer l’espoir, nous avons besoin de coopération », a-t-il ajouté.

Les rapports tendus entre la Chine et les États-Unis ont été renforcés dans les derniers jours par l’annonce d’un nouveau partenariat stratégique, baptisé AUKUS, entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis afin de contrer les ambitions grandissantes de la Chine dans la région pacifique.

Ce nouveau partenariat « indo-pacifique », qui comprend la livraison de sous-marins nucléaires à Canberra, a envenimé les relations entre Paris et Washington en raison de l’annulation d’un contrat de 60 milliards pour des sous-marins que la France devait livrer à l’Australie. Signe évident d’affliction et de fragilisation de l’alliance entre les deux États : après avoir rappelé ses ambassadeurs d’Australie et des États-Unis, Paris a envoyé mardi un contingent minimal de diplomates à New York pour assister au discours de Joe Biden. L’absence du président et chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, tranchait avec le protocole des années antérieures.

Défense du multilatéralisme

Devant l’Assemblée générale, Joe Biden a assuré qu’il ne cherchait pas à promouvoir la « guerre froide » crainte par António Guterres et a défendu son attachement au multilatéralisme en réponse à ses alliés européens qui l’accusent de faire trop souvent cavalier seul.

Les États-Unis ont cherché également à redorer leur image, écornée par les années Trump, en annonçant le doublement de leur aide aux pays en développement afin de les aider à lutter contre le réchauffement climatique. L’objectif de 100 milliards que s’est fixé Washington devrait être atteint avec la contribution « d’un capital accru du privé et d’autres donateurs », a assuré M. Biden.

Le président américain s’est engagé aussi à dévoiler mercredi, à l’occasion d’un sommet virtuel qu’il va tenir, « des engagements supplémentaires » visant à accélérer la vaccination dans les pays qui prennent du retard dans les campagnes d’immunisation en cours.

Notons que cette campagne peine également à atteindre ses objectifs au sein même des États-Unis, où la résistance idéologique à la vaccination fait qu’à peine 55,4 % — contre 70 % au Canada ou 81 % au Portugal — de la population est actuellement pleinement vaccinée. La cible de 90 % est pourtant avancée désormais comme moyen de faire face au variant Delta.

Dans un discours préenregistré, le nouveau président iranien, Ebrahim Raïssi, n’a d’ailleurs pas manqué de mettre en relief les contradictions des États-Unis, dont le « système hégémonique » a « misérablement échoué », a indiqué le controversé chef d’État, rattrapé sur la scène internationale par son passé de tortionnaire.

« Cette année, deux scènes ont marqué l’histoire. Le 6 janvier, quand le Congrès américain a été attaqué par le peuple, et en août, quand le peuple d’Afghanistan tombait d’avions américains. Du Capitole à Kaboul, un message clair a été adressé au monde : le système hégémonique des États-Unis n’a aucune crédibilité, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays », a-t-il dit.

Rappelons que, sous la houlette de Donald Trump, les républicains persistent depuis les dernières élections à dénoncer une fraude électorale, sans jamais en apporter la preuve, et modifient sous ce prétexte les lois dans plusieurs États afin de limiter l’accès au vote.

Cette session de l’Assemblée générale de l’ONU, à laquelle participent physiquement plus d’une centaine de chefs d’État et de gouvernement ainsi que des dizaines de ministres, doit se poursuivre jusqu’à lundi prochain.

Avec l’Agence France-Presse

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