L’aéroport de Kaboul sous haute tension

La double explosion a en outre provoqué la mort d’au moins 13 soldats américains  et en a blessé  18 autres, selon le Pentagone,  ce qui en fait l’attaque la plus meurtrière contre l’armée américaine  en Afghanistan depuis 2011.
Sergent Isaiah Campbell, U.S. Marine Corps via Associated Press La double explosion a en outre provoqué la mort d’au moins 13 soldats américains et en a blessé 18 autres, selon le Pentagone, ce qui en fait l’attaque la plus meurtrière contre l’armée américaine en Afghanistan depuis 2011.

L’évacuation de milliers de personnes fait toujours face à des « menaces précises et crédibles » au lendemain de l’attentat suicide meurtrier contre l’aéroport de Kaboul, mais les opérations se poursuivront « jusqu’au dernier moment », a assuré Washington. La situation était confuse vendredi soir : les talibans ont affirmé contrôler plusieurs parties des installations aéroportuaires, tandis que les États-Unis ont insisté sur le fait que le nouveau pouvoir ne s’occupait « d’aucune des opérations » dans cette enceinte.

Au moins 85 personnes, dont 13 soldats américains, ont péri dans l’attaque revendiquée par le groupe djihadiste État islamique (EI) que de nombreux pays, dont les États-Unis et leurs alliés ainsi que la Russie et la Chine, ont condamnée. « Nous estimons qu’il y a toujours des menaces […], des menaces précises et crédibles », a affirmé le porte-parole de l’armée américaine, John Kirby.

Washington a mené samedi une frappe de drone, qui se serait avérée réussie, contre une cible du groupe EI. « La frappe aérienne sans pilote s’est produite dans la province de Nangarhar en Afghanistan. Selon les premières indications, nous avons tué la cible », a précisé dans un communiqué Bill Urban, du commandement central, disant n’avoir connaissance « d’aucune victime civile ».

La tension est à son comble, à quelques jours de la date butoir du 31 août prévue pour le retrait des soldats américains d’Afghanistan après 20 ans de guerre, synonyme de fin des évacuations. Quelque 5400 personnes étaient actuellement réfugiées dans l’enceinte de l’aéroport, attendant de monter dans un avion, a dit le général Hank Taylor. « Nous avons la capacité d’inclure des évacués dans des avions militaires américains qui quittent l’Afghanistan jusqu’au dernier moment », a-t-il affirmé.

D’autant que les talibans ont assuré, par la voix de l’un de leurs porte-parole, Bilal Karimi, avoir pris le contrôle de « trois endroits importants de la partie militaire de l’aéroport de Kaboul », « évacués par les Américains ». « Ils ne s’occupent d’aucune des portes d’embarquement ni d’aucune des opérations à l’aéroport. C’est toujours sous le contrôle de l’armée américaine », leur a immédiatement rétorqué John Kirby.

Il y a beaucoup de femmes et d’enfants parmi les victimes. La plupart des gens sont choqués, traumatisés.

L’attaque, un double attentat suicide vraisemblablement perpétré par un seul kamikaze, selon le général Taylor, a visé les États-Unis, qui organisent les évacuations, et les Afghans parmi les milliers de ceux qui campent depuis des jours devant l’aéroport, dans l’espoir de fuir les talibans. « Il y a beaucoup de femmes et d’enfants parmi les victimes. La plupart des gens sont choqués, traumatisés », a déclaré vendredi un responsable de l’ancien gouvernement renversé mi-août par les talibans, annonçant à l’AFP le nouveau bilan d’au moins 72 morts et 150 blessés à partir des informations recueillies dans les hôpitaux locaux. Nombre de sources craignaient que le bilan ne s’alourdisse encore, et les hôpitaux locaux étaient assaillis de personnes cherchant leurs proches disparus depuis la veille à l’aéroport.

La double explosion a en outre provoqué la mort d’au moins 13 soldats américains et en a blessé 18 autres, selon le Pentagone, ce qui en fait l’attaque la plus meurtrière contre l’armée américaine en Afghanistan depuis 2011.

Le nouveau régime taliban, par la voix de son porte-parole Zabihullah Mujahid, a « fermement condamné » l’attentat, tout en soulignant qu’il était survenu dans une zone placée sous la responsabilité de l’armée américaine.

Biden acculé

Confronté à la plus grave crise depuis le début de son mandat et manifestement secoué, le président américain, Joe Biden, a réagi en promettant de « pourchasser » et de « faire payer » les auteurs de l’attaque. « Nous ne pardonnerons pas. L’Amérique ne se laissera pas intimider », a-t-il lancé d’un ton martial. M. Biden n’en reste pas moins déterminé à mettre fin à deux décennies d’une guerre longue, lointaine et sanglante pour son pays.

Face à cette crise, les républicains assaillent Joe Biden, dans un pays qui se rassemble d’ordinaire après les tragédies nationales, signe des profondes divisions régnant à Washington et des grands enjeux politiques à venir. « Joe Biden a du sang sur les mains », a gazouillé la numéro trois du Parti républicain à la Chambre des représentants, Elise Stefanik. Le président démocrate, responsable d’un « échec abject en Afghanistan », doit démissionner, a renchéri le sénateur Josh Hawley, tandis qu’une autre républicaine, Marsha Blackburn, appelait carrément tous les hauts responsables du gouvernement Biden à démissionner de leurs fonctions.

La diplomatie envolée

Vendredi, la situation est demeurée calme à Kaboul, notamment autour de l’aéroport où les vols affrétés par les Occidentaux ont repris sur le tarmac de l’aéroport, dernière enclave occupée par les forces occidentales en Afghanistan. L’OTAN et l’Union européenne avaient appelé après l’attentat à poursuivre les évacuations malgré tout.

La France, par son secrétaire d’État aux Affaires européennes, Clément Beaune, a fait savoir qu’elle pourrait les continuer « au-delà » de vendredi soir, tout en se voulant prudente au vu du contexte sécuritaire incertain. La Suisse, l’Italie, l’Espagne et la Suède ont, elles, annoncé vendredi avoir terminé leurs vols d’évacuation, comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou l’Australie avant elles. Côté britannique, les exfiltrations s’achèveront « dans quelques heures », a précisé Londres vendredi matin.

Nous avons la capacité d’inclure des évacués dans des avions militaires américains qui quittent l’Afghanistan jusqu’au dernier moment.

Le gigantesque pont aérien a jusqu’ici permis l’évacuation de plus de 100 000 étrangers et Afghans. Les talibans se sont efforcés depuis leur retour d’afficher une image d’ouverture et de modération. Ces derniers, qui ont permis aux États-Unis de finir de gérer les évacuations, travaillent à la formation du gouvernement qu’ils comptent mettre en place après le départ des Américains.

Les talibans ont par ailleurs demandé aux États-Unis de conserver une présence diplomatique en Afghanistan après la fin de leur retrait prévue mardi, mais Washington n’a pas encore pris de décision, ont affirmé vendredi des responsables américains. Les militaires partiront définitivement mardi et ne seront donc plus en mesure d’assurer la sécurité d’éventuels diplomates auxquels le président Joe Biden demanderait de rester sur place.

Autre obstacle, la Maison-Blanche a rejeté vendredi toute possibilité d’une reconnaissance dans l’immédiat du régime des talibans par les États-Unis ou leurs alliés. « Je veux être très claire : il n’y a aucun empressement à une quelconque reconnaissance par les États-Unis ou les partenaires internationaux avec qui nous avons discuté », a affirmé la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, lors d’une conférence de presse.

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