Avec la fin prochaine des évacuations, l’angoisse grandit en Afghanistan

Des centaines d’Afghans, souvent accompagnés de toute leur famille, étaient amassés mercredi à un point de contrôle près de l’aéroport de Kaboul dans l’espoir de pouvoir quitter le pays.
Photo: Stringer Agence France-Presse Des centaines d’Afghans, souvent accompagnés de toute leur famille, étaient amassés mercredi à un point de contrôle près de l’aéroport de Kaboul dans l’espoir de pouvoir quitter le pays.

L’angoisse montait encore mercredi chez les milliers d’Afghans prêts à tout pour fuir leur pays aux mains des talibans, après la confirmation par le président américain, Joe Biden, de la fin des évacuations la semaine prochaine.

Les États-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni ont appelé leurs ressortissants à s’éloigner au plus vite de l’aéroport de Kaboul en raison de menaces « terroristes », alors que des milliers d’Afghans s’y massent toujours dans l’espoir de fuir le pays tombé aux mains des talibans. 

Les trois pays ont émis simultanément des mises en garde très précises et presque identiques dans la nuit de mercredi à jeudi. Les personnes « se trouvant actuellement aux entrées Abbey, Est et Nord devraient partir immédiatement », a indiqué le département d’État américain, invoquant des « menaces sécuritaires ». 

Londres a émis une alerte similaire, ajoutant : « Si vous vous trouvez dans la zone de l’aéroport, quittez-la pour un endroit sûr et attendez d’autres instructions. Si vous êtes à même de quitter l’Afghanistan en sécurité par d’autres moyens, faites-le immédiatement. » 

Malgré une situation particulièrement chaotique, 88 000 personnes ont été évacuées depuis la mise en place du pont aérien, le 14 août, à la veille de l’entrée des talibans dans Kaboul et de leur prise du pouvoir, a indiqué la Maison-Blanche.

Quelque « 58 000 à 60 000 » ont quitté l’Afghanistan du seul fait des États-Unis, selon le général Hank Taylor, de l’état-major américain.

Les opérations se sont encore intensifiées ces dernières heures : près de 19 000 personnes, au total, ont été exfiltrées en 24 heures entre mardi et mercredi, dont 11 200 par les États-Unis et 7800 par les autres pays.

Parmi ces dizaines de milliers de personnes, beaucoup ont fui parce qu’elles craignaient pour leur vie pour avoir travaillé pour le gouvernement déchu, des forces ou des civils occidentaux au cours des 20 ans de guerre.

 
88 000
C’est le nombre de personnes qui ont été évacuées depuis la mise en place du pont aérien, le 14 août, selon la Maison-Blanche.

Lors d’un sommet virtuel mardi avec les autres dirigeants du G7, M. Biden a écarté l’idée de prolonger au-delà du 31 août la présence militaire américaine à Kaboul du fait du « risque grave et croissant d’une attaque » du groupe armé État islamique à l’aéroport.

« Nous sommes en voie de terminer d’ici le 31 août » la « mission » visant à « évacuer les gens aussi efficacement et sûrement que possible », a déclaré le président américain.

Mise en garde

Le respect de ce délai « dépend » toutefois de la coopération des talibans pour permettre l’accès à l’aéroport des candidats au départ, a-t-il prévenu, les mettant en garde contre toute « entrave » à ces opérations difficiles.

M. Biden avait lui-même fixé la date du 31 août pour le retrait total des forces étrangères, après avoir dans un premier temps évoqué l’échéance symbolique du 11 septembre, vingtième anniversaire des attentats de 2001 à New York et à Washington qui ont déclenché l’intervention occidentale en Afghanistan.

Plusieurs pays plaidaient avec insistance pour une extension du délai au-delà du 31 août, afin de pouvoir évacuer tous ceux qui le souhaitent. D’autant que, pour que le retrait soit effectif ce jour-là, il faudra avoir interrompu les évacuations plus tôt, les États-Unis devant rapatrier leur dispositif militaire.

La France a prévenu que si cette date était maintenue, son pont aérien cesserait dès jeudi soir. La Belgique a annoncé avoir déjà mis fin à ses opérations d’évacuations depuis l’aéroport de Kaboul. La Turquie a de son côté annoncé mercredi soir le retrait de ses soldats qui, avec les militaires américains, gardaient l’aéroport de Kaboul.

Avant la prise de parole de M. Biden, les talibans avaient énergiquement répété leur opposition « ferme » à toute extension des évacuations après la fin août, après avoir déjà présenté la veille cette éventualité comme une « ligne rouge ».

Mais ils se sont engagés à laisser partir les Américains et les Afghans « à risque » encore en Afghanistan après le 31 août, après le départ des forces américaines, a affirmé mercredi le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken.

« Les talibans ont pris des engagements en public et en privé pour fournir et permettre un passage sûr aux Américains, aux autres étrangers et aux Afghans à risque, dans le futur, après le 31 août », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Washington.

Selon lui, des « pays de la région » étudient « s’ils peuvent jouer un rôle pour garder l’aéroport ouvert une fois que notre contingent militaire partira ou, si nécessaire, le rouvrir s’il ferme pour un certain temps ».

« Les talibans ont signifié clairement qu’ils ont un fort intérêt à conserver un aéroport en fonctionnement. Nous, et le reste de la communauté internationale, avons fortement intérêt à cela, principalement afin de s’assurer que quiconque veut quitter [l’Afghanistan] peut le faire après le 31 [août] en utilisant l’aéroport », a déclaré Antony Blinken.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a estimé mercredi que la communauté internationale devait continuer « de dialoguer avec les talibans » pour préserver les acquis des dernières années, comme le meilleur accès à l’eau potable ou la baisse de la mortalité infantile.

Une économie dévastée

Hors de Kaboul, dans les campagnes et certaines villes, les gens sont soulagés de voir des décennies de conflit prendre fin. Mais les femmes et les minorités ethniques s’inquiètent pour leur sort.

En certains endroits, les islamistes ont mis en place une forme de ségrégation entre hommes et femmes au travail ou à l’école. Sous leur précédent régime, les femmes ne pouvaient ni travailler, ni étudier.

Un humanitaire de Khost, une région du sud-est acquise aux talibans, les décrit comme plus accommodants que par le passé. Jusqu’ici, « l’attitude des talibans est bien plus souple que ce à quoi les gens s’attendaient », confie-t-il, mais les gens ont « peur pour l’économie ».

Les talibans n’ont pas formé de gouvernement, disant attendre que le dernier soldat étranger ait quitté le pays. Sans lois valables sur tout le territoire, les règles diffèrent d’une région à l’autre, au bon vouloir des nouvelles autorités locales. Les islamistes s’efforcent de se présenter sous un jour plus modéré, souvent sans convaincre, en tout cas à Kaboul.

Mercredi, les présidents russe et chinois, Vladimir Poutine et Xi Jinping, ont annoncé vouloir renforcer leur coopération contre « les menaces du terrorisme et du trafic de drogue venant d’Afghanistan ».

« Il importe de rétablir rapidement la paix dans ce pays et d’empêcher l’instabilité de s’étendre aux régions avoisinantes », a indiqué Moscou.



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