Mise en garde des talibans contre tout report du retrait des Américains

Les États-Unis ont indiqué lundi avoir évacué 16 000 personnes lors des dernières 24 heures, portant à 42 000 leur nombre d’évacué depuis juillet. 
Photo: Agence France Presse Les États-Unis ont indiqué lundi avoir évacué 16 000 personnes lors des dernières 24 heures, portant à 42 000 leur nombre d’évacué depuis juillet. 

Les talibans ont mis en garde lundi les États-Unis contre le maintien envisagé de forces américaines en Afghanistan au-delà de la date prévue du 31 août, afin de permettre la poursuite des évacuations.

À Kaboul, la situation restait chaotique et tendue autour de l’aéroport, où des milliers de personnes effrayées par le retour des islamistes au pouvoir se massent en espérant pouvoir quitter leur pays à bord des avions affrétés par les Occidentaux.

Dans la matinée, des militaires américains et allemands chargés de protéger et d’encadrer ces évacuations y ont échangé des tirs avec des assaillants non identifiés. Un garde afghan a été tué et trois ont été blessés, a annoncé l’armée allemande sur Twitter.

Le président Joe Biden a récemment évoqué la possibilité de prolonger au-delà du 31 août la présence américaine à l’aéroport de Kaboul, où sont retranchés les derniers soldats et diplomates occidentaux qui coordonnent les évacuations.

Il avait auparavant fixé cette date pour l’achèvement du retrait des forces américaines d’Afghanistan, et donc la fin d’une guerre de vingt ans.

Mais les talibans ont haussé le ton lundi contre un possible allongement de ce délai. « La réponse est non », sinon « il y aura des conséquences », a réagi un porte-parole des talibans, Suhail Shaheen.

 
31 août
C’est la date butoir que s’étaient fixée les Américains pour se retirer de l’Afghanistan.

Deux sources au sein du nouveau régime ont ensuite dit à l’AFP que les talibans n’annonceraient pas la constitution d’un gouvernement tant qu’il resterait des militaires américains en Afghanistan.

Depuis leur soudaine prise du pouvoir le 15 août, les talibans tentent de convaincre la population qu’ils ont changé et que leur régime sera moins brutal que le précédent, entre 1996 et 2001. Mais cela n’endigue pas le flot de ceux qui ne croient pas en leurs promesses et veulent à tout prix partir.

Des dizaines de milliers de ressortissants étrangers, mais aussi des Afghans menacés ou ayant travaillé pour les alliés, ont déjà été évacuées par les puissances occidentales ces dernières semaines.

Des sanctions au menu du G7

Mais bien d’autres sont en attente d’exfiltration, d’où l’idée de repousser l’échéance du 31 août de quelques jours pour finir de les évacuer.

La France a jugé ce délai « nécessaire » pour « mener à bien les opérations en cours », a souligné son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Le gouvernement allemand a de son côté indiqué être en discussion avec les États-Unis, la Turquie et d’autres partenaires pour garder l’aéroport de Kaboul ouvert pour les évacuations après le 31 août, estimant qu’il faudrait « continuer à discuter avec les talibans » pour le faire fonctionner après le retrait des troupes américaines.

Londres a annoncé lundi qu’il plaiderait aussi pour une prolongation des évacuations au-delà du 31 août mardi lors d’un sommet virtuel du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) consacré à l’Afghanistan, où il sera notamment question d’imposer des sanctions aux talibans.

« Avec nos partenaires et alliés, nous continuerons à utiliser tous les leviers humanitaires et diplomatiques pour sauvegarder les droits de la personne et protéger les acquis des deux dernières décennies [en Afghanistan] », a assuré dans un communiqué le premier ministre britannique, Boris Johnson.

Justin Trudeau n’a pas non plus exclu l’imposition de sanctions contre le nouveau régime islamiste en place en Afghanistan. « Certainement, on est en train de regarder plus de sanctions. Les talibans sont déjà reconnus comme étant une entité terroriste au Canada, mais nous allons parler avec nos homologues du G7 pour voir quelles seront les prochaines étapes qu’on devrait faire », a-t-il dit.

Les États-Unis ont indiqué lundi avoir évacué 16 000 personnes lors des dernières 24 heures, portant à 42 000 leur nombre d’évacués depuis juillet, dont 37 000 depuis l’intensification de ces opérations le 14 août, veille de la prise de Kaboul par les talibans. La Maison-Blanche espère ainsi exfiltrer jusqu’à 15 000 Américains, mais aussi de 50 000 à 60 000 Afghans et leur famille.

L’Allemagne a, elle, aidé plus de 2500 personnes à partir, et le Royaume-Uni, plus de 5700. La France a indiqué avoir mis à l’abri près de 1200 personnes, dont « près d’un millier d’Afghanes et d’Afghans menacés », entre le 17 et le 22 août.

Évacuation chaotique

Les images fortes de gens écrasés dans la mêlée, de jeunes hommes accrochés au fuselage d’un avion américain sur le départ ou de ce bébé passé à bout de bras au-dessus d’un mur à des soldats américains ont fait le tour du monde. « Il n’y a aucun moyen d’évacuer autant de gens sans causer de peine ni de pertes ni les images déchirantes que vous voyez », a prévenu M. Biden.

Espérant toujours un miracle, des familles demeurent massées entre les barbelés qui entourent le périmètre séparant les talibans des troupes américaines, et l’accès à l’aéroport reste difficile.

Un haut responsable taliban, Amir Khan Mutaqi, avait renvoyé dimanche la responsabilité du chaos à l’aéroport sur les États-Unis et prévenu que cela ne pourrait durer très longtemps.

« Il y a la paix et le calme dans tout le pays, mais il n’y a que le chaos à l’aéroport de Kaboul […] Cela doit cesser le plus tôt possible », a-t-il averti.

Dans le reste de la capitale, la situation semblait en effet plutôt calme. Des combattants talibans en armes patrouillent dans les rues et sont déployés à des postes de contrôle.

L’Iran, voisin inquiet des retombées du conflit en Afghanistan, a appelé lundi « toutes les parties » afghanes à négocier en vue de la formation d’un gouvernement « représentatif de la diversité » du pays.

Si aucun gouvernement n’a encore été instauré, les discussions se poursuivant avec des personnalités afghanes pour y inclure d’autres factions, les talibans ont tout de même tenté d’affirmer leur autorité.

Ils ont ainsi remplacé sur tous les bâtiments publics le drapeau national tricolore par leur drapeau blanc, orné en noir d’une profession de foi islamique et du nom officiel de leur régime : l’Émirat islamique d’Afghanistan.

Les islamistes sont entrés le 15 août dans la capitale sans rencontrer de résistance, à l’issue d’une offensive éclair entamée en mai à la faveur du début du retrait des forces américaines et de l’OTAN.

Poche de résistance encerclée

Kaboul — Une poche de résistance s’est formée dans la vallée du Panchir, au nord-est de Kaboul, autour du Front national de résistance (FNR), emmené par Ahmad Massoud, fils du commandant Ahmed Shah Massoud assassiné en 2001 par Al-Qaïda, et d’Amrullah Saleh, vice-président du gouvernement déchu. Les talibans ont affirmé lundi avoir encerclé le Panchir, mais privilégier la négociation aux combats. « Nos combattants sont stationnés près du Panchir » qu’ils encerclent, a déclaré sur Twitter un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, tout en ajoutant que son régime « tente de résoudre cette affaire pacifiquement ». Dimanche, des comptes Twitter protalibans avaient annoncé que des « centaines » de leurs combattants se dirigeaient vers le Panchir. Sur les réseaux sociaux, des comptes prorésistance niaient toute avancée des talibans, affirmant que ces derniers avaient été stoppés par des embuscades. Le porte-parole du FNR, Ali Maisam Nazary, a dit à l’AFP que le Front se préparait à « un conflit de longue durée » avec les talibans, si aucun compromis ne pouvait être trouvé avec eux sur un système de gouvernement décentralisé. Ces annonces et informations restaient difficiles à confirmer de manière indépendante, la région étant enclavée et peu accessible ces jours-ci. Le Panchir est connu de longue date comme un bastion anti-talibans. L’entrée principale de la vallée est une gorge étroite qui rend son invasion extrêmement difficile par des forces extérieures, à la merci des tirs de combattants positionnés sur les hauteurs alentour.

Agence France-Presse
 

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