Une ombre sur l’image et la réputation du Canada

La découverte de 751 sépultures non identifiées sur le site de l’ancien pensionnat autochtone de Marieval, en Saskatchewan, a été dévoilée jeudi, semant l’émoi à travers le pays, mais aussi ailleurs dans le monde.
Photo: Geoff Robins Agence France-Presse La découverte de 751 sépultures non identifiées sur le site de l’ancien pensionnat autochtone de Marieval, en Saskatchewan, a été dévoilée jeudi, semant l’émoi à travers le pays, mais aussi ailleurs dans le monde.

L’importante couverture des récentes découvertes de centaines de corps près d’anciens pensionnats pour Autochtones du Canada par des médias des quatre coins de la planète pourrait entacher l’image du pays à l’étranger, estiment des experts.

Des États-Unis en passant par la France, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Amérique du Sud : des médias du monde entier ont couvert jeudi la conférence de presse de la Première Nation de Cowessess, dans le sud de la Saskatchewan. La découverte de 751 sépultures non identifiées sur le site de l’ancien pensionnat autochtone de Marieval a alors été annoncée, semant l’émoi à travers le pays, mais aussi ailleurs dans le monde.

« C’est un phénomène qui transcende les frontières canadiennes, donc là, il y a un intérêt [des médias internationaux] », évoque le professeur au Département de science politique de l’Université de Montréal, Martin Papillon, qui rappelle que plusieurs pays ont un lourd passé relié aux sévices qu’ont subis les peuples autochtones présents sur leur territoire.

Plusieurs grands médias ont notamment rappelé que cette macabre découverte en Saskatchewan survient moins d’un mois après celle des restes de 215 corps d’enfants retrouvés fin mai dans un autre pensionnat situé à Kamloops, en Colombie-Britannique. Le Monde, basé à Paris, a souligné que la Commission de vérité et réconciliation a qualifié en 2015 de « génocide culturel » les actes commis dans les pensionnats autochtones du pays, qui ont œuvré dans certains cas « jusque dans les années 1990 ».

La BBC a pour sa part relaté « les conditions sordides » dans lesquelles ont vécu les milliers d’enfants qui ont été « retirés de leur famille » pour entrer dans des pensionnats pour Autochtones à l’époque. « Les élèves étaient souvent logés dans des installations mal construites, mal chauffées et insalubres », a noté le média britannique. Le quotidien El País, basé à Madrid, a relevé « l’assimilation forcée » et les « abus physiques » qu’ont vécus des milliers d’enfants des pensionnats pour Autochtones du Canada. Le reportage en question figurait d’ailleurs toujours vendredi soir parmi les articles internationaux les plus lus sur le site Web du journal, qui compte des millions de lecteurs. Des médias basés notamment en Colombie et Pérou ont aussi couvert l’annonce de jeudi.

« J’ai l’impression que le phénomène d’assimilation et d’élimination des Autochtones, il est peut-être appelé à prendre une place beaucoup plus importante [dans les médias] que ce qu’il a occupé jusqu’à maintenant avec ces révélations », entrevoit le professeur au département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal, Bernard Motulsky. Une situation qu’il associe au fait qu’au-delà des nombreux témoignages entourant les pensionnats pour Autochtones qu’on a pu entendre au fil des années, maintenant, « ce sont des corps que l’on retrouve », ce qui marque davantage les esprits.

Une image entachée

Si des découvertes similaires s’enchaînent dans les prochains mois près des nombreux anciens pensionnats du pays, « l’image et la réputation » du Canada pourraient en écoper, entrevoit M. Motulsky.

Le Canada se définit en effet comme « le pays des droits de la personne, du multiculturalisme et du respect de la diversité », rappelle M. Papillon. « Et là, on se retrouve avec une image internationale qui est un peu remise en question », évoque-t-il également.

Les corps retrouvés à Kamloops et en Saskatchewan pourraient d’autre part avoir pour effet d’inciter d’autres pays à entamer des recherches autour de leurs anciens pensionnats autochtones. Ces découvertes ont notamment eu l’effet d’un « rappel brutal de la sombre histoire des pensionnats autochtones aux États-Unis », soulignait USA Today le 30 mai. Le gouvernement américain a depuis fait part de son intention d’enquêter sur les nombreux pensionnats qui ont œuvré sur son territoire jusque dans les années 1960 afin de tenter d’identifier les enfants qui y seraient morts.

Relations internationales

La forte médiatisation entourant les anciens pensionnats pour Autochtones du pays pourrait complexifier les relations du Canada avec certains pays, notent les experts consultés par Le Devoir. Vendredi, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a d’ailleurs profité d’une conférence de presse pour critiquer le Canada à ce sujet.

« Avec ces découvertes [à Kamloops et en Saskatchewan], un chapitre sombre de l’histoire du Canada se révèle de plus en plus devant le monde entier », a évoqué le porte-parole, qui a lancé une flèche au pays, qui « se vante toujours de sa démocratie et de sa civilisation ». Une déclaration qui survient quelques mois après que les élus de la Chambre des communes, à Ottawa, ont accusé en février dernier la Chine de perpétrer un génocide contre ses minorités musulmanes.

Ainsi, la question des pensionnats pour Autochtones, « ça peut affecter la capacité du Canada à se présenter comme un [acteur] sur la scène internationale qui défend les principes humanitaires et les droits de la personne », constate M. Papillon.

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