Une lutte inégale contre la pandémie à travers le monde

Des personnes déclarées positives attendaient vendredi d’être transférées à un hôpital de Jakarta, en Indonésie. Le pays a connu des pics de nouveaux cas récemment, attribués aux déplacements durant la fête Eid al-Fitr et à l’arrivée de variants.
Photo: Dita Alangkara Associated Press Des personnes déclarées positives attendaient vendredi d’être transférées à un hôpital de Jakarta, en Indonésie. Le pays a connu des pics de nouveaux cas récemment, attribués aux déplacements durant la fête Eid al-Fitr et à l’arrivée de variants.

Des dizaines de pays manquent de vaccins contre la COVID-19 pour offrir une deuxième dose à leur population, au moment où la situation épidémiologique se détériore dans plusieurs régions du globe, notamment en raison de la propagation rapide des variants du coronavirus.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est alarmée vendredi du constat que des dizaines de pays sont incapables d’administrer à deux reprises le vaccin contre la COVID-19 à leur population, faute de doses suffisantes. Une situation qui risque de déstabiliser durablement les campagnes vaccinales, prévient l’OMS.

« Nous avons un énorme nombre de pays qui ont dû suspendre leur campagne de vaccination pour la seconde dose — 30 ou 40 pays — qui auraient pu recevoir de secondes doses d’AstraZeneca par exemple et qui ne sont pas en mesure de le faire », a affirmé le docteur Bruce Aylward, qui est chargé à l’OMS de superviser le système de distribution international COVAX.

« L’intervalle [entre les deux injections] est maintenant plus long que ce que nous aimerions », a-t-il mis en garde, expliquant que COVAX était en négociations directes avec AstraZeneca mais aussi le Serum Institute of India, qui doit fabriquer l’essentiel des doses pour COVAX, mais dont la production est interdite d’exportation en raison de l’urgence des besoins en Inde même.

Un intervalle trop long entre deux doses peut faciliter l’émergence de variants plus dangereux ou contagieux. C’est notamment le cas dans plusieurs pays d’Afrique, où la trajectoire des cas de COVID-19 a été qualifiée de « très très inquiétante » vendredi par le responsable des situations d’urgence sanitaire à l’OMS, le docteur Michael Ryan.

Selon les données collectées par l’OMS, il y a eu en Afrique 116 500 infections nouvelles lors de la semaine arrêtée au 13 juin, soit 25 500 de plus que la semaine précédente. Le variant Delta de la COVID-19, plus contagieux, est en partie responsable de la montée rapide des cas sur le continent, tout comme c’est le cas notamment dans la capitale de la Russie, Moscou, où 90 % des nouveaux cas sont reliés à ce variant du coronavirus.

Une aide qui se fait attendre

Plusieurs pays situés en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Asie du Sud comptent aussi parmi les États faisant face à un manque de doses de vaccin actuellement. Il s’agit notamment des voisins de l’Inde que sont le Népal et le Sri Lanka, qui doivent affronter une sévère vague d’infections.

Les États-Unis avaient promis de remettre 80 millions de doses pour la période juin-juillet aux pays dans le besoin, tandis que le Canada en donnera 13 millions jugées excédentaires. L’essentiel du milliard de doses promis par le G7 ne sera disponible que plus tard dans l’année et surtout en 2022.

« Les dons sont une solution à court terme face à un marché très imparfait où seuls les pays qui ont les moyens ou produisent des vaccins y ont accès », a rappelé Bruce Aylward. Ce dernier a d’ailleurs tenu à souligner l’effet délétère de ces à-coups sur la confiance des populations dans la vaccination.

« Quand on force des pays avec des systèmes moins robustes d’interrompre, de réorganiser, de rediriger leur programme », on rend « très difficile la mobilisation de la population, a souligné le docteur Aylward.

« Nous l’entendons souvent de la part des responsables politiques qui souhaitent vivement mobiliser leur population, mais qui craignent de le faire prématurément parce que les doses n’ont pas été livrées », a-t-il insisté.

Au 17 juin, le système COVAX avait fourni seulement 88 millions de doses dans 131 pays, soit bien en deçà de ce qui était initialement prévu.

Des doses « en voie d’être périmées »

L’Autorité palestinienne a par ailleurs annulé vendredi un accord avec Israël portant sur le transfert d’un million de doses de vaccins contre le coronavirus, indiquant qu’elle refusait de recevoir des doses « en voie d’être périmées ».

L’État hébreu avait annoncé plus tôt un accord selon lequel il transférerait à l’Autorité palestinienne un million de ses propres doses de vaccin Pfizer arrivant à expiration, en échange de quoi elle lui remettrait « la même quantité de doses » lorsqu’elle les recevrait du laboratoire américain.

« Après l’examen par les équipes techniques du ministère de la Santé du premier lot de vaccins Pfizer reçu ce soir d’Israël […] il a été découvert qu’il n’était pas conforme aux caractéristiques prévues par l’accord », a déclaré le porte-parole du gouvernement palestinien, Ibrahim Melhem.

« Le gouvernement refuse de recevoir des vaccins en passe d’être périmés », a ajouté M. Melhem lors d’une conférence de presse aux côtés de la ministre de la Santé, Mai al-Kaila, précisant qu’environ 90 000 doses avaient été reçues.

Il n’a pas précisé la date de péremption des vaccins. Sur les réseaux sociaux, des photos de doses Pfizer portant l’inscription « juin 2021 » ont été largement partagées.

Plus tôt, le gouvernement palestinien n’avait pas confirmé l’existence d’un accord conclu avec l’État hébreu.

Le ministère de la Santé palestinien avait seulement fait état d’une initiative de Pfizer pour le transfert de doses entre Israël et l’Autorité palestinienne, approuvée côté palestinien afin d’« accélérer la campagne de vaccination et atteindre l’immunité collective ».

21,1%
C’est le pourcentage de la population mondiale qui a reçu au moins une dose de vaccin contre la COVID-19. Ce taux chute cependant à 0,8 % dans les pays en voie de développement.

Désormais, le gouvernement palestinien attend que le laboratoire Pfizer lui livre directement les vaccins commandés, a indiqué M. Melhem, sans préciser de date.

Cette situation survient au moment où un grand déséquilibre persiste dans l’accès à la vaccination entre les Israéliens et les Palestiniens. Ainsi, plus de 55 % des 9,3 millions d’Israéliens ont reçu deux doses du vaccin, contre 270 604 personnes du côté palestinien. Plus de 2,8 millions de Palestiniens habitent pourtant en Cisjordanie occupée et deux millions dans la bande de Gaza.

À l’échelle mondiale, 21,1 % de la population a reçu au moins une dose d’un vaccin contre la COVID-19. Ce pourcentage chute cependant à 0,8 % dans les pays en développement. Au Canada, à l’inverse, ce taux monte à un peu plus de 64 %.

Avec Le Devoir

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