Appel à combattre le déséquilibre vaccinal à l’échelle mondiale

La Rockefeller Foundation estime qu’il en coûterait 9 milliards de dollars aux pays riches pour vacciner contre la COVID-19 l’ensemble des 92 pays qui en ont besoin, sans avoir les moyens de se l’offrir. 
Photo: Dibyangshu Sarkar Agence France-Presse La Rockefeller Foundation estime qu’il en coûterait 9 milliards de dollars aux pays riches pour vacciner contre la COVID-19 l’ensemble des 92 pays qui en ont besoin, sans avoir les moyens de se l’offrir. 

À la veille du sommet du G7 qui s’ouvre en Cornouailles, au Royaume-Uni, vendredi, le directeur de la Santé publique africaine, John Nkengasong, un virologue camerounais, a appelé mercredi les leaders des pays les plus riches à combattre rapidement les disparités vaccinales à travers le monde en partageant davantage leurs surplus de vaccins avec les pays à faible revenu.

« Je veux croire que les pays du G7, dont la plupart ont des doses excédentaires de vaccins, vont se placer du bon côté de l’histoire », a dit M. Nkengasong en entrevue à l’Associated Press (AP). « Distribuez ces vaccins ! Pas seulement des promesses et des vœux pieux. Nous devons les voir concrètement. »

Alors que les campagnes de vaccination s’approchent des cibles de protection des populations dans les pays riches, le déséquilibre vaccinal devient, lui, de plus en plus criant avec le reste de la planète où les taux d’inoculation sont encore très faibles. Ce portrait laisse présager une « catastrophe morale », estime le directeur de l’Africa Centers for Disease Control and Prevention (CDC).

Les signes d’espoir d’un retour à la normale dans plusieurs pays de l’hémisphère Nord ne devraient pas faire oublier que « l’inégalité d’accès aux vaccins reste toujours le plus grand défi » dans la lutte contre la COVID-19, estime l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui rappelle que depuis le début de la pandémie 75 % des vaccins produits dans le monde ont été envoyés à 10 pays seulement, dont le Canada fait partie. « Moins de 1 % de toutes les doses est allé vers les pays à faible revenu », souligne l’OMS qui évoque ainsi une « reprise » des activités « à deux vitesses » dans l’ère postpandémique qui se profile à l’horizon.

Mercredi, la couverture vaccinale a atteint 71,6 % de la population canadienne de 12 ans et plus, pour une première dose et dépassé le 10 % pour la deuxième dose. En comparaison, en Afrique du Sud, le pays africain à l’économie la plus forte, à peine 0,8 % de la population était pleinement vaccinée. Ce taux était de 0,1 % au Nigeria et au Kenya. Cinq pays africains n’ont toujours pas reçu de vaccin à ce jour, indique l’agence de la santé publique du continent.

La semaine prochaine, Haïti doit recevoir ses 130 000 premières doses livrées dans le cadre du programme COVAX mis en place par l’OMS pour soutenir la vaccination dans les 92 pays les plus pauvres de la planète. C’est assez pour vacciner pleinement à peine 0,5 % de sa population. En comparaison, la République dominicaine voisine a administré une première dose à plus de 50 % de ses habitants et deux doses à 14,4 %.

La perle des Caraïbes, relativement épargnée par la pandémie en raison de la jeunesse de sa population, fait face à sa première vague depuis quelques semaines, en raison de la circulation accrue sur le territoire haïtien des variants britannique et indien qui frappent un peu plus les personnes moins âgées.

0,8%
C’est la couverture vaccinale complète de la population en Afrique du Sud. En comparaison, mercredi, la couverture vaccinale a dépassé les 10 % de la population canadienne de 12 ans et plus pour la deuxième dose.

« Tout le monde s’accorde pour dire qu’il faut vacciner la planète entière le plus rapidement possible pour ne pas compromettre le travail, les sacrifices et les investissements » que la pandémie a imposés, résume Rajiv J. Shah, président de la Rockefeller Foundation dans un rapport qui vient de paraître sur la stratégie vaccinale à mettre en place à l’échelle mondiale. « Le risque de manquer ce moment va bien au-delà d’une prolongation de cette pandémie provoquée par de nouveaux variants de la COVID-19. Plus le monde restera longtemps non vacciné, plus le coût économique va être élevé et plus le bilan personnel, social et politique induit par des confinements prolongés et d’autres mesures contraignantes va s’alourdir. »

L’organisme estime qu’il en coûterait 9 milliards de dollars aux pays riches pour vacciner l’ensemble des 92 pays qui en ont besoin, sans avoir les moyens de se l’offrir. Ne rien faire pourrait entraîner des pertes pour l’économie mondiale de plus de 9000 milliards de dollars, selon lui.

Après avoir annoncé le partage de 25 millions de doses de vaccins avec le reste du monde la semaine dernière, les États-Unis où, malgré la disponibilité du produit, les campagnes de vaccination s’essoufflent dans plus d’une trentaine d’États, se préparent à faire davantage. Jeudi, Joe Biden, de passage en Europe, doit annoncer l’intention de la Maison-Blanche d’acheter 500 millions de doses du vaccin Pfizer pour en faire profiter les 92 pays les plus pauvres du globe, a indiqué CNN citant des sources proches du président américain. Une première livraison de 200 millions de doses est prévue d’ici la fin de l’année, la suite suivra dans les premiers mois de 2022. Cela représente un lot capable de protéger 250 millions de personnes. On compte 1,3 milliard d’humains vivant sur continent africain.

Pour le milliardaire et philanthrope britannique Mo Ibrahim, originaire du Soudan, ce geste est attendu, alors que depuis plusieurs mois les leaders des pays riches répètent sans relâche que « personne n’est en sécurité tant que tout le monde n’est pas en sécurité ». « Ils le disent tout en accumulant des vaccins, a-t-il indiqué à l’AP. Mais peuvent-ils passer de la parole aux actes ? »

Les États-Unis, qui se sont définis comme l’« arsenal de la démocratie » durant la Seconde Guerre mondiale, espèrent se présenter comme l’« arsenal de la vaccination » dans les prochains mois pour mettre fin à la pandémie, a résumé mercredi Jake Sullivan, le conseiller à la sécurité nationale du président.

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