Procès Milosevic - Un scoop du Figaro choque le TPI

Paris — Le quotidien français Le Figaro a réalisé un scoop, publié hier, en faisant parler dans sa cellule à La Haye l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic et provoqué une vive réaction du Tribunal pénal international. M. Milosevic a estimé que les juges du TPI agissaient sur ordre de capitales occidentales dans des propos recueillis par un journaliste du Figaro, Renaud Girard, qui s'est vu immédiatement accusé d'avoir enfreint les règles du TPI en la matière.

M. Girard est le premier représentant de la presse à rendre visite à M. Milosevic depuis son incarcération dans le centre de détention de La Haye en juin 2001.

L'ancien homme fort de Belgrade a accusé devant le journaliste les juges du TPI d'avoir «reçu des instructions de la part des gouvernements occidentaux qui ont juré [sa] perte». «Ce procès a été ourdi par les puissances de l'OTAN», ajoute-t-il.

Le porte-parole du TPI, Christian Chartier, a vivement critiqué la publication par Le Figaro d'un article relatant cette rencontre exclusive et rapportant les propos de l'ancien président yougoslave, qui est jugé à La Haye pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre. «Renaud Girard n'a pas été admis à l'unité de détention en tant que journaliste. Il a été admis dans une capacité telle qu'aucun article de presse ne devait en résulter, a déclaré M. Chartier. Il est regrettable qu'une telle publication donne l'impression aux autres médias que nous accordons des privilèges à certains, ce qui n'est pas le cas.»

M. Girard a considéré qu'il avait le droit de faire état de cette visite dans la mesure où il ne s'était pas engagé au silence auprès du TPI. «Je n'ai pas enfreint les règles du TPI dans la mesure où je ne suis pas passé par le TPI pour rencontrer Milosevic», a-t-il déclaré à l'AFP.

Pour M. Girard et la direction du Figaro, «aucun engagement auprès du TPI n'a été pris dans la mesure où aucun de ses représentants n'est intervenu» pour permettre ou faciliter cette visite à M. Milosevic. «Je suis venu avec un des conseillers de Milosevic et j'ai signé un papier que tout visiteur signe m'interdisant de décrire les lieux de détention et l'état de santé de Milosevic», a ajouté le journaliste auteur de ce scoop. M. Girard souligne qu'il a publié de son dialogue avec M. Milosevic «des phrases générales qui n'entrent pas dans la matière du procès». Il a ajouté qu'il était disposé à être entendu comme témoin s'il est appelé à le faire par la cour.

Slobodan Milosevic doit répondre de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre pour les conflits en Croatie, au Kosovo et en Bosnie-Herzégovine. Pour ce dernier, il est également accusé de génocide.