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Crise du Darfour - Khartoum approuve le plan d'action de l'ONU

New York — Le gouvernement soudanais a approuvé le plan d'action à 30 jours pour le Darfour conclu mercredi dernier entre Jan Pronk, le représentant spécial pour le Soudan du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et le ministre soudanais des Affaires étrangères Moustafa Ismaïl, a annoncé hier Fred Eckhard, porte-parole de M. Annan.

L'accord porte sur des mesures détaillées à prendre au cours des 30 prochains jours pour commencer à désarmer les milices arabes djandjawids, qui terrorisent les populations noires du Darfour, et les autres groupes illégaux, améliorer la sécurité dans la province et faire face à la crise humanitaire, selon l'ONU.

Le désarmement des milices est une des exigences formulées par les Nations unies à l'égard du Soudan sous peine de sanctions. C'est aussi une condition posée par les mouvements rebelles du Darfour pour reprendre les négociations interrompues avec le gouvernement central.

Aux termes de l'accord, Khartoum doit notamment:

- désigner des zones au Darfour qui puissent être sécurisées et en assurer le libre accès;

- mettre fin immédiatement à l'activité de l'armée soudanaise dans ces zones;

- exiger que les groupes rebelles participant aux négociations de paix cessent immédiatement leurs activités militaires dans ces zones et déposent les armes;

- faire de même vis-à-vis des milices sur lesquelles il a une influence, c'est-à-dire les djandjawids, qui devront également déposer les armes.

Une avocate pakistanaise chargée par les Nations unies d'enquêter sur la catastrophe humanitaire qui prévaut dans le Darfour a estimé hier que la responsabilité du gouvernement soudanais ne faisait aucun doute.

Me Asma Jahangir s'est rendue en juin dans cette province de l'ouest du Soudan où, écrit-elle dans son rapport, il existe des preuves accablantes de l'exécution d'un grand nombre de civils par les forces gouvernementales et leurs alliés des milices arabes djandjawids.

«Il est hors de doute que le gouvernement soudanais est responsable des exécutions sommaires et extrajudiciaires d'un grand nombre de personnes perpétrées ces derniers mois dans la région du Darfour», lit-on dans ce document adressé à la sous-commission des droits de l'homme de l'ONU siégeant actuellement à Genève.

«Je dois conclure qu'il existe des preuves écrasantes montrant que des meurtres extrajudiciaires de civils au Darfour ont été commis, avec certaines exceptions, de manière coordonnée par les forces armées du gouvernement et des milices soutenues par ce gouvernement».

L'avocate, qui a enquêté de manière indépendante avec le concours d'experts, porte le titre de «rapporteur spécial» auprès de la Commission des droits de l'homme de l'Onu (CDH).

Plus d'un million de personnes ont été déplacées par les combats et les exactions au Darfour, théâtre, selon l'ONU, de la plus grave catastrophe humanitaire du moment dans le monde.

De précédentes estimations émanant de l'ONU donnaient le chiffre d'environ 30 000 morts.

Il y a une semaine, le Conseil de sécurité des Nations unies avait donné un mois au gouvernement de Khartoum pour rétablir la sécurité au Darfour et désarmer les miliciens djandjawids accusés de terroriser les populations négro-africaines de la région — faute de quoi des sanctions seraient prises contre le Soudan.

L'Union africaine propose, pour sa part, d'envoyer une force de 2000 militaires chargée d'assurer la protection de ses observateurs déployés au Darfour mais jusqu'ici, l'organisation panafricaine dont le siège est à Addis-Abeba n'a déposé aucune demande officielle en ce sens auprès de Khartoum.

Dans une interview publié hier par le quotidien arabophone de Londres Asharq al-Aousat, le ministre soudanais de l'Intérieur, Abdel Rahim Mohamed Hussein, prévient que son gouvernement se réserve le droit de rejeter tout projet d'envoi de forces étrangères.