Campagne électorale - Haro sur Kerry

Washington — Depuis quelques jours, John Kerry est la cible d'une campagne vicieuse. Des vétérans du Vietnam, dans un spot télévisé et dans un livre à paraître, Inapte au commandement, remettent en cause son héroïsme pendant la guerre. Kerry, disent-ils, a menti sur ses trois blessures (il s'en serait même infligé deux), il aurait gagné sa «silver star» en tuant un adolescent en train de s'enfuir, etc. Le livre était hier en tête des commandes au classement du libraire en ligne amazon.com...

Tous les yeux se sont évidemment tournés vers Bush et son équipe de campagne. L'opération est en effet en partie financée par un promoteur immobilier de Houston, Bob Perry, qui a fourni 100 000 $ à l'association Swift Boat Veterans for Truth. Par ailleurs, l'attaque est très similaire à celles qu'avait dû subir un autre héros du Vietnam, John McCain, lorsqu'il affrontait George W. Bush lors des primaires républicaines de l'an 2000. La Maison-Blanche a donc décidé de se démarquer du spot diffamatoire: «Nous avons déjà dit très clairement que nous ne remettrons pas en doute le passé d'ancien combattant de John Kerry au Vietnam», a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Scott McClellan, qui en a profité pour dénoncer «les activités financées par de l'argent non autorisé».

Bush est en effet la première victime de campagnes hostiles menées par des associations «indépendantes». Moveon.org, un groupe en partie financé par le milliardaire George Soros, a réalisé plusieurs spots pour dénoncer la politique du président américain.

«Malhonnête»

Le sénateur John McCain, qui fait campagne pour Bush mais qui est un ami de John Kerry, a volé au secours de ce dernier, dénonçant un spot «malhonnête et déshonorant». Pense-t-il que la Maison-Blanche puisse être derrière cette campagne? «J'espère que non, mais je ne sais pas», a répondu celui qui semble toujours soutenir Bush comme la corde soutien le pendu. Ancien prisonnier de guerre au Vietnam, McCain est un des orateurs attendu de la convention républicaine, qui se tiendra à la fin du mois à New York.

La campagne électorale prend une tournure plus féroce. Jeudi, pour la première fois, Kerry s'en est pris à l'attitude manifestée par Bush le matin du 11 septembre 2001, alors que les deux tours du World Trade Center avaient été frappées. Dans son film-pamphlet Farhenheit 9/11, Michael Moore a retrouvé une vidéo montrant Bush l'air hagard, continuant pendant sept minutes de lire un livre pour enfants dans la classe d'une école de la Floride. «Pour commencer, a déclaré jeudi Kerry devant des journalistes de Washington, si j'avais été en train de lire un livre à des enfants et que mon conseiller m'avait murmuré à l'oreille que l'Amérique est attaquée, j'aurais dit très poliment et très gentiment à ces enfants que le président des États-Unis avait quelque chose à faire», a-t-il grincé. Piquée au vif, l'équipe de campagne de Bush a chargé Rudy Giuliani, ancien maire de New York et héros des journées qui ont suivi le 11 septembre, de mener une contre-offensive: «John Kerry doit être bien frustré s'il est obligé d'avoir recours à des attaques mesquines basées sur les conseils de Michael Moore», a déclaré Giuliani, dressant le portrait d'un Kerry «incapable de décider» et soulignant les flottements des positions du démocrate sur l'Irak.

Les deux candidats ont labouré toute la semaine les swing states, les États qui n'ont pas encore basculé dans un camp ou un autre (le candidat qui arrive en tête d'un État rafle tous les «grands électeurs» de cet État, qui éliront le président).

Dans ces États, l'économie est clairement la variable la plus importante pour gagner. Dans l'Iowa, John Kerry a présenté une liste de 200 patrons qui le soutiennent. Dans l'Ohio et le Michigan, Bush a vanté le retour de la croissance et tenté de vendre son projet de rendre les horaires de travail plus flexibles. Mais dans des États souvent fortement syndiqués, le thème de la flexibilité ne fait pas trop recette.

Les chiffres de l'emploi, publiés hier, ne sont pas non plus venus faciliter la tâche du président américain: en juillet, la croissance n'a réussi à créer que 32 000 emplois, bien en deçà de ce qui était espéré.