La police colombienne sera réformée

La police est mise en cause pour sa violente répression des manifestations sociales qui secouent le pays
depuis fin avril et qui ont fait plus de 60 morts.
Photo: Luis Robayo Agence France-Presse La police est mise en cause pour sa violente répression des manifestations sociales qui secouent le pays depuis fin avril et qui ont fait plus de 60 morts.

Le président colombien, Iván Duque, sous la pression de la rue et de la communauté internationale, a annoncé dimanche une réforme de la police mise en cause pour sa violente répression des manifestations sociales qui secouent le pays depuis fin avril et qui ont fait plus de 60 morts.

Le chef de l’État conservateur a déclaré avoir ordonné la rédaction d’un « décret qui modernisera la structure organisationnelle de la police nationale, avant tout pour consolider la politique […] en matière de droits de la personne », lors d’une cérémonie de promotion de policiers à Bogotá. Le président a notamment annoncé la création au sein de la police d’une « direction des droits de la personne » dirigée par un expert extérieur aux forces de l’ordre.

Un communiqué du ministère de la Défense, dont dépendent les forces de police dans ce pays marqué par des décennies de conflit armé et la lutte contre le narcotrafic, a détaillé dans un communiqué les principaux « piliers » de la « réforme ».

Outre la création d’une direction spécifique destinée à la « prévention, à la protection et au respect des droits de la personne », le projet prévoit une restructuration des services d’inspection internes et un meilleur suivi des « plaintes » des citoyens.

La formation des policiers sera aussi revue, s’alignant sur les « standards internationaux », avec systématisation du badge d’identification et de la caméra-piéton pour les agents. Le gouvernement n’a toutefois pas cédé aux revendications des manifestants qui réclamaient la démilitarisation totale de la police et sa transformation en un corps civil.

L’annonce du chef de l’État intervient le jour même de l’arrivée en Colombie d’une délégation de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, chargée d’évaluer la situation des droits de la personne au cours des dernières semaines de soulèvement social.

Pardon

Appauvrie par la pandémie avec plus de 40 % des 50 millions de Colombiens en dessous du seuil de pauvreté, confrontée à une recrudescence de la violence, la Colombie est en proie depuis le 28 avril à un mouvement de colère populaire, dans lequel les jeunes sont en première ligne.

Le mouvement social, qui se traduit par des manifestations plus ou moins intenses et des blocages routiers, a d’abord éclaté contre un projet de réforme fiscale visant à augmenter la TVA et à élargir la base de l’impôt sur le revenu, lancé par le gouvernement en pleine pandémie de coronavirus. Le soulèvement s’est par la suite transformé en des appels à un changement de cap politique pour une société plus égalitaire. Devant la répression, les protestataires ont également réclamé avec force une réforme en profondeur de la police.

Au moins 61 personnes ont trouvé la mort depuis le début de la contestation, dont 59 civils et 2 policiers, selon un décompte de l’Agence France-Presse à partir de chiffres officiels. Selon le parquet, au moins 20 décès sont en lien direct avec les manifestations. L’ONG de défense des droits de la personne Human Rights Watch affirme disposer d’« allégations crédibles » concernant 67 décès, dont 32 « liés aux manifestations ».

La journée la plus sanglante a eu lieu le 28 mai dans la ville de Cali au sud-ouest lorsque 13 personnes ont été tuées lors d’affrontements entre manifestants, policiers et des civils armés, poussant l’ONU à réclamer une enquête indépendante.

Après des décennies de stigmatisation de la protestation sociale, associée aux rébellions de gauche, les jeunes, qui n’ont pas connu les années noires du conflit armé contre les guérillas d’extrême gauche, n’ont plus peur et n’hésitent pas à filmer la répression à l’aide de leurs téléphones intelligents.

En 2020 déjà, la police avait suscité l’indignation après la mort à Bogotá d’un homme de 43 ans, Javier Ordoñez, brutalisé par des policiers. Une cinquantaine de commissariats de quartier avaient été attaqués et 13 personnes avaient péri, en majorité des jeunes tués par balle. La mairie de Bogotá avait dénoncé des tirs de la police sans discernement sur des civils et le gouvernement, sous pression de la CIDH, avait dû demander pardon.

 

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