Alarme multiple autour des menaces terroristes

Interrogatoires de présumés terroristes au Royaume-Uni et au Pakistan, menaces potentielles contre la marine marchande mondiale et contre des aéroports: les alertes terroristes se multiplient depuis le relèvement du niveau d'alerte terroriste aux États-Unis, dimanche.

Hier, les autorités italiennes ont décidé de renforcer les mesures de sécurité dans tous les aéroports internationaux du pays après les menaces d'un groupe lié à l'organisation terroriste al-Qaïda, a-t-on appris à Rome-Fiumicino.

Le Times de Londres, lui, a fait état hier de l'arrestation, en Angleterre, grâce au renseignement pakistanais, du «chef des opérations d'al-Qaïda en Grande-Bretagne», alias Bilal, qui, selon le journal, préparait une attaque contre Heathrow, le principal aéroport londonien. Selon le quotidien Daily Telegraph, ce suspect utilisait le pseudonyme de Abu Eisa al Hindi.

Un haut responsable des services de sécurité pakistanais avait affirmé mercredi que Mohammad Naeem Noor Khan, l'expert en informatique pakistanais lié à al-Qaïda et arrêté au Pakistan en juillet, avait planifié un attentat contre Heathrow.

Les informations recueillies auprès de Mohammad Naeem Noor Khan et du Tanzanien Ahmad Khalfan Ghailani, lui aussi arrêté en juillet au Pakistan, et après examen de leur matériel informatique ont été qualifiées d'«extrêmement importantes» par les enquêteurs pakistanais et ont, selon eux, conduit à l'arrestation au Royaume-Uni d'Abu Eisa al Hindi, de nationalité non précisée. Selon le quotidien The Sun d'hier, les informations sur Heathrow trouvées dans l'ordinateur de Mohammad Naeem Noor Khan ont également été à l'origine du coup de filet de mardi en Grande-Bretagne.

Marine marchande visée

Les douze suspects arrêtés mardi soir au Royaume-Uni, âgés de 19 à 32 ans, étaient toujours interrogés hier à Londres par Scotland Yard. La police britannique a refusé d'indiquer si ces arrestations étaient liées au vaste coup de filet opéré au Pakistan contre des personnes soupçonnées d'appartenir à al-Qaïda. Scotland Yard observait aussi un mutisme complet sur l'identité des suspects arrêtés.

Le ministre pakistanais de l'Intérieur, Faisal Saleh Hayat, a indiqué, hier à Islamabad, que «près de vingt» militants présumés d'al-Qaïda arrêtés au cours des trois dernières semaines étaient en cours d'interrogatoire par les services de sécurité pakistanais. «Certains sont Pakistanais, d'autres étrangers», a indiqué le ministre en soulignant qu'une «importante masse d'informations a été obtenue de leurs interrogatoires» et que «ces terroristes ont leur réseau déployé dans le monde entier».

De plus, al-Qaïda et «d'autres organisations» pourraient préparer des attaques contre la marine marchande car «ils ont réalisé son importance pour le commerce mondial», a déclaré l'amiral Alan West, le plus haut responsable maritime britannique, se référant à des informations des services de renseignement. Les renseignements disponibles «montrent qu'il y a une menace», a-t-il affirmé au quotidien Lloyd's List. «Je ne peux vous donner aucun détail, bien sûr, mais nous sommes conscients qu'ils ont des plans et qu'ils s'y intéressent.»

Hier encore, la police annonçait l'arrestation d'un ressortissant britannique recherché aux États-Unis pour des faits liés à des activités terroristes.

Babar Ahmad, 30 ans, fait l'objet d'un mandat d'extradition et a été appréhendé dans le centre de Londres, selon les forces de l'ordre.

Selon le mandat, Ahmad a, entre 1998 et le 19 février 2001, «sollicité et invité — par des sites Web basés et gérés en Amérique et des communications par e-mail — [...] des personnes en Amérique et ailleurs» à donner ou mettre à disposition des fonds, dans l'intention que cet argent soit utilisé pour commettre ou servir des actes de terrorisme en Tchétchénie et en Afghanistan. Ahmad a été emmené dans un commissariat de Londres et doit être présenté devant un tribunal aujourd'hui. Son arrestation n'est pas considérée comme liée à celle de 12 hommes soupçonnés de terrorisme cette semaine.

Cependant, une certaine confusion prévalait hier sur le lien véritable existant entre les événements en Grande-Bretagne, aux États-Unis et au Pakistan.

Le relèvement, dimanche, du niveau d'alerte aux États-Unis et les arrestations mardi soir en Grande-Bretagne par la branche antiterroriste de Scotland Yard font partie d'un ensemble de mesures décidées après la découverte d'informations sensibles au Pakistan, assurait hier le New York Times en citant des responsables américains parlant sous couvert de l'anonymat.

Reste que le président américain, George W. Bush, est sur la défensive alors que certains le soupçonnent d'utiliser les alertes terroristes à des fins politiques, à l'approche de l'élection présidentielle du 2 novembre.

Critiquée pour avoir repris des informations anciennes pour agiter la menace terroriste, la Maison-Blanche a affirmé que des renseignements connus en fait vendredi dernier avaient conduit également à relever le niveau d'alerte aux États-Unis. Le gouvernement américain avait fait état, dimanche, de possibles attentats d'al-Qaïda contre des institutions financières et internationales «emblématiques» à New York, à Newark (New Jersey, Nord-Est) et à Washington, et relevé à l'orange (très élevé) le niveau d'alerte pour ces institutions.

Le ministre britannique chargé des relations avec le Parlement, Peter Hain, a pour sa part rejeté hier l'existence d'une menace terroriste «spécifique» visant le Royaume-Uni, tout en notant que les douze arrestations opérées par sa branche antiterroriste étaient «importantes».

Avec AFP, AP et Reuters