La situation de plus en plus anarchique à Gaza

Gaza — Les forces israéliennes se sont enfoncées hier un plus profondément dans la partie nord de Gaza à la recherche de petites groupes mobiles de Palestiniens qui tirent quasi quotidiennement des roquettes de fabrication artisanale contre le territoire d'Israël.

Trois Palestiniens au moins ont été tués dans le nord du territoire. Un quatrième, âgé de 20 ans, a été abattu dans le sud de Gaza où les soldats de Tsahal recherchent des tunnels utilisés pour la contrebande d'armes. Le ministre israélien de la Défense, Shaul Mofaz, a fait savoir que l'armée pourrait étendre ses opérations si elle ne parvenait pas à faire cesser les tirs de roquettes sur Israël, dont la plupart visent la ville de Sderot et ses alentours.

La violence s'est considérablement développée à Gaza depuis que le premier ministre israélien Ariel Sharon a fait connaître son intention d'évacuer avant la fin 2005 cette étroite bande de terre capturée à l'Égypte en 1967 et qui abrite près d'un million et demi de Palestiniens.

D'un côté, les activistes du Hamas et d'autres mouvements armés, dont Gaza est le bastion, cherchent à prouver que c'est leur guérilla incessante qui est à l'origine du départ israélien, tandis que l'État juif tente d'éradiquer totalement cette résistance avant de partir.

Selon des médecins palestiniens, un garçon a été tué dans le nord de Gaza, près de Beit Hanoun, les autres victimes étant âgées de 17 à 20 ans. Au moins 20 personnes ont été blessées.

Des combats ont éclaté autour du camp de réfugiés palestiniens de Djabalia, bastion islamiste. Un hélicoptère israélien a tiré deux missiles contre des activistes, mais les projectiles n'ont apparemment pas fait de victimes selon des témoins.

L'armée israélienne a dit n'avoir visé que des activistes impliqués dans les combats ou s'apprêtant à tirer des roquettes.

Blindés et infanterie israéliens ont fait irruption le mois dernier dans la zone de Beït Hanoun et rasé les exploitations agricoles à partir desquelles les activistes du Hamas tiraient des roquettes Kassam contre le territoire d'Israël. Mais ces petits groupes mobiles ont poursuivi leurs tirs.

À Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, des échanges de tirs entre soldats israéliens et activistes palestiniens ont éclaté, tuant, selon des témoins, un jeune Palestinien qui rentrait chez lui.

À Naplouse, en Cisjordanie, les forces israéliennes ont ouvert le feu hier sur une foule que leur jetait des pierres, tuant un passant d'une trentaine d'années, rapportent des témoins. L'armée a déclaré avoir riposté à des tirs d'hommes armés.

Le premier ministre palestinien Ahmed Koreï a accusé Israël d'empêcher les autorités palestiniennes de mettre fin aux agissements des factions armées à Gaza par ces nouvelles incursions. Il a ajouté que les opérations militaires dans le nord de Gaza n'auraient pas l'effet escompté. «Il n'y aura pas de sécurité tant que nous n'aurons pas [notre propre] capacité à imposer la sécurité», a dit Koreï en Cisjordanie.

La perspective du départ israélien a provoqué des luttes internes et une anarchie croissante à Gaza où chaque faction avance ses pions. Mais l'Autorité autonome palestinienne n'a pas obtenu d'Israël l'autorisation de redéployer des policiers en armes. Selon Hassan Abou Libdeh, principal conseiller de Koreï, l'anarchie qui se développe à Gaza ferait en fait le jeu d'Israël en éloignant les perspectives de naissance d'un État palestinien.

La dégradation de la sécurité a poussé l'Agence des Nations unies de travaux et de secours pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) à évacuer la plupart de son personnel étranger de Gaza, où elle n'en comptera plus que neuf. «La vraie raison, c'est la prolongation de l'opération israélienne dans le nord de Gaza», a déclaré Johan Eriksson, porte-parole de l'UNRWA.