Maltraitance de l'armée américaine à Guantanamo - D'ex-prisonniers déposent des accusations de torture

Londres — Trois anciens prisonniers britanniques de Guantanamo ont présenté hier un dossier dans lequel ils affirment avoir été torturés et humiliés durant leur détention sur la base navale américaine de Cuba.

Ces accusations du «trio de Tipton», du nom de la ville du centre de l'Angleterre dont sont originaires ces trois jeunes musulmans arrêtés en Afghanistan en 2002, sont les dernières d'une série d'accusations de maltraitance portées à l'encontre de l'armée américaine à Guantanamo.

Le dossier a été officiellement rendu public à New York au cours d'une conférence de presse où l'avocat Michael Ratner, président du Centre pour les droits constitutionnels, a affirmé que les mauvais traitements infligés aux trois anciens détenus allaient «au-delà de tout en matière de légalité».

Selon M. Ratner et d'autres défenseurs des droits de l'homme, il n'existe toutefois aucune preuve que l'armée américaine utilise à Guantanamo des techniques d'interrogatoire similaires à celles employées dans la prison d'Abou Ghraïb, près de Bagdad, où des prisonniers irakiens ont été torturés et humiliés.

Les avocats ont ajouté que les méthodes d'interrogatoire appliquées à Guantanamo étaient inhumaines et portaient préjudice à l'image de la Grande-Bretagne et des États-Unis dans le monde musulman.

À Washington, un porte-parole du Pentagone a refusé de répondre précisément à ces accusations.

«Les États-Unis interdisent et n'excusent d'aucune façon les mauvais traitements contre des prisonniers», a affirmé Michael Shavers, commandant de l'Air Force. Il a ajouté que l'armée «gérait une installation professionnelle de détention à Guantanamo qui fournissait de précieuses informations dans la guerre contre le terrorisme».

M. Ratner, dont le Centre pour les droits constitutionnels a remporté une victoire juridique pour les détenus de Guantanamo lorsque la Cour suprême leur a accordé en juin l'accès au système judiciaire américain, a accusé les personnes qui mènent les interrogatoires d'avoir obligé des détenus à avouer des liens avec le réseau islamiste al-Qaïda.

«Nous parlons ici de faux indices, de faux aveux et de personnes auxquelles on s'en prend à tort, toutes choses qui produisent de mauvaises informations, a dit M. Ratner. Si l'on veut vraiment aller au fond du terrorisme, il faut obtenir de vraies informations.»

Dans le dossier de 115 pages que Reuters a pu se procurer avant publication, l'un des trois anciens prisonniers dit avoir été interrogé pendant trois heures en Afghanistan sous la menace d'une arme.

Cette menace a été proférée en présence d'un interrogateur britannique de l'unité d'élite des SAS, qui exigeait de Rhuhel Ahmed qu'il reconnaisse s'être rendu en Afghanistan pour la guerre sainte, ajoute le document.

À Londres, le ministère britannique des Affaires étrangères a affirmé dans un communiqué qu'aucun des trois hommes ne s'était plaint de mauvais traitements au cours d'une visite de responsables britanniques, ce que contestent les trois anciens détenus libérés en mars.