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L'Union africaine envisage d'augmenter ses troupes au Darfour

Nairobi — L'Union africaine (UA) «envisage» d'augmenter très sensiblement, de 300 à environ 2000 hommes, ses troupes qui doivent être déployées au Darfour, région de l'ouest du Soudan où sévit une guerre civile, avec désormais pour «mission de maintenir la paix», a annoncé hier l'UA.

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a aussitôt annoncé sa décision d'envoyer une mission auprès de l'Union africaine (UA) à Addis-Abeba pour évaluer ses besoins en matière militaire et financière pour le Darfour.

«J'ai décidé d'envoyer une équipe de l'ONU à Addis-Abeba pour étudier avec l'Union africaine ses besoins exacts, ainsi que les moyens d'aider à structurer la force [de l'UA au Darfour], de sorte que nous puissions alors demander de l'aide aux différentes capitales», a-t-il déclaré à la presse.

«La mission partira ce soir [hier], sous la direction du conseiller militaire de l'ONU», Patrick Cammaert, a précisé M. Annan, qui venait d'informer le Conseil de sécurité.

Début juillet, l'organisation panafricaine avait décidé l'envoi de 300 militaires chargés de protéger les observateurs qui ont pour mission de surveiller le cessez-le-feu conclu en avril entre le gouvernement soudanais et les rebelles mais jamais vraiment respecté.

Le Darfour étant en proie à «un conflit militaire grave et à une situation humanitaire tragique», l'UA étudie un accroissement des effectifs de cette force et un élargissement de son mandat, a expliqué à l'AFP un porte-parole de l'UA, Adam Thiam.

L'organisation panafricaine «est en train d'envisager, avec le Nigeria et le Rwanda, la possibilité d'envoyer deux bataillons, ce qui fait environ 2000 hommes», a-t-il déclaré, ajoutant qu'«on est en train d'évoluer vers une mission de paix».

Cette force aurait notamment pour rôle de «protéger les observateurs» et «le retour des populations civiles», selon Adam Thiam, joint par téléphone depuis Nairobi à Addis-Abeba, siège de l'UA.

Le Rwanda et le Nigeria, les deux seuls pays qui s'étaient engagés à fournir des troupes pour la force de protection des observateurs, «sont d'accord pour envoyer un bataillon», a-t-il affirmé.

D'un point de vue pratique, l'envoi de cette force doit être encore approuvé «par consensus ou aux deux tiers» des voix par le Conseil de paix et de sécurité de l'UA, l'un des principaux organes de l'organisation, ce qui semble d'ores et déjà acquis, a assuré un haut responsable de l'UA ayant requis l'anonymat.

Dans le même temps hier à Khartoum, des dizaines de milliers de manifestants ont protesté contre une éventuelle intervention occidentale au Darfour. Fin juillet, la Grande-Bretagne s'était dite prête à envoyer 5000 hommes dans cette région.

Interrogé sur une éventuelle obstruction des autorités soudanaises à une intervention de l'UA au Darfour, Adam Thiam a répondu: «Toute décision prise par l'UA [sur le Darfour] l'a été avec la participation du gouvernement soudanais. Il serait étonnant qu'il y ait une volte-face de la part de Khartoum.»

De leur côté, les États-Unis et les Pays-Bas ont proposé d'assurer le transport des troupes au Darfour, où le cessez-le-feu a été violé à huit reprises en juillet, selon l'UA.

Enfin, les discussions entre rebelles et Khartoum, qui sont au point mort depuis le 18 juillet, doivent reprendre «avant la fin d'août», selon l'UA.

Depuis février 2003, le Darfour est en proie à une rébellion armée qui dénonce la «marginalisation» de cette région où des sociétés étrangères ont détecté du pétrole. Le conflit a fait entre 30 000 et 50 000 morts et 1,2 million de déplacés ou réfugiés, selon l'ONU.