Le dirigeant palestinien fête ses 75 ans - Arafat à la barre jusqu'à la fin

Jérusalem — Le dirigeant palestinien Yasser Arafat célèbre cette semaine son 75e anniversaire, alors que son autorité fait face à la plus grave contestation depuis son retour d'exil il y a dix ans, mais il semble ne pas avoir l'intention de prendre sa retraite.

Né au Caire le 4 août 1929, Yasser Arafat est confiné depuis deux ans et demi par l'armée israélienne dans son QG de Ramallah, en Cisjordanie. Son vieil ennemi, le premier ministre israélien Ariel Sharon, lui aussi âgé de 75 ans, a récemment déclaré qu'il resterait «à Ramallah durant les 45 prochaines années».

Yasser Arafat n'est toutefois pas seulement confronté aux limitations de sa liberté de mouvement, il doit désormais faire face à une crise sécuritaire dans les territoires palestiniens, qui constitue une menace directe pour lui.

Des militants, qui soutenaient traditionnellement Abou Ammar (le nom de guerre de Yasser Arafat), l'ont contraint à revenir sur sa décision de nommer son cousin Moussa Arafat à la tête d'un important service de sécurité en organisant d'importantes manifestations.

Les critiques sur la corruption au sein de l'Autorité palestinienne ne cessent de prendre de l'ampleur parmi ceux qui l'ont élu président lors des seules élections organisées en 1996. Selon Barry Rubin, auteur d'une récente biographie du dirigeant palestinien, Yasser Arafat n'est pourtant pas prêt d'être mis sur la touche. «Il est défié sur le front intérieur comme il ne l'a pas été depuis longtemps, sans doute depuis les années 1970, mais il n'est pas menacé d'être renversé», affirme M. Rubin à l'AFP.

«Il dispose encore de trop d'atouts et ses opposants sont profondément divisés [...] Je pense qu'il restera le dirigeant des Palestiniens jusqu'à la fin de sa vie», prévoit-il.

Certains commentateurs estiment toutefois que le confinement de celui qui était sans cesse en visite dans le monde y compris à la Maison-Blanche à l'époque de Bill Clinton, lui a fait perdre son flair politique. Ce même flair lui avait permis de se maintenir à la tête du mouvement national palestinien depuis qu'il avait créé le Fatah en 1958 alors qu'il se trouvait au Koweït avant d'accéder à la direction de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1969.

Sa carrière tumultueuse durant laquelle il a souvent frôlé la mort a atteint son apogée lorsqu'il a reçu le prix Nobel de la paix en 1994, avec le premier ministre israélien Yitzhak Rabin et son chef de la diplomatie Shimon Peres à la suite des accords d'autonomie conclus l'année précédente.

Dix ans plus tard, il est boycotté par le gouvernement israélien qui laisse planer une menace d'assassinat contre lui et soumis aux pressions de toutes parts pour déléguer ses pouvoirs au premier ministre Ahmad Qoreï. Son avenir a rarement paru aussi sombre.

Pour Barry Rubin, il ne faut pas sous-estimer les capacités de survie de Yasser Arafat.

«Ses capacités sont sur le déclin, mais n'ont pas disparu. Sa méthode consiste à manoeuvrer sans cesse, à promettre des réformes sans jamais les appliquer, à présenter de nouveaux plans, à attaquer ses ennemis un jour pour les louer le lendemain», ajoute ce chercheur.

«Il serait erroné de considérer que sa carrière est achevée. Il y a au moins cinq factions principales qui se battent pour le pouvoir, et c'est lui qui tient les rênes», poursuit M. Rubin. Le ministre chargé des Négociations Saëb Erakat, un des plus fréquents invités au bureau du «raïs», affirme en revanche que son flair «est toujours aussi efficace».

Tout en reconnaissant que son confinement a eu un impact, Saëb Erakat souligne que Yasser Arafat est parvenu à lever les inquiétudes émises récemment à propos de sa santé et à garder le contrôle des événements.

«Il vit dans une situation très difficile et inacceptable pour lui, mais il a tous ses moyens et il est en bonne santé», assure-t-il.