Un otage turc est exécuté en Irak

Bagdad — La Turquie a annoncé hier la mort d'un de ses ressortissants, exécuté par ses ravisseurs en Irak, tandis que les autorités religieuses et politiques irakiennes condamnaient les attentats meurtriers antichrétiens perpétrés la veille.

Pour la première fois, un Turc enlevé en Irak par un groupe armé a été exécuté par ses ravisseurs, a annoncé hier à l'AFP un employé de l'ambassade de la Turquie à Bagdad.

Une vidéo diffusée sur la chaîne d'information turque NTV a montré Murat Yuce, âgé d'une vingtaine d'années, qui se présente en turc et indique qu'il est originaire de Corum (nord), devant trois hommes armés et encagoulés, avant d'être exécuté, selon la chaîne, de trois balles dans la tête.

Deux chauffeurs de camion turcs sont également détenus en otages en Irak par un groupe armé qui menace de les exécuter si leur employeur ne se retire pas de l'Irak. En conséquence, l'Association des transporteurs internationaux (UND), qui représente la plupart des entreprises turques spécialisées dans les transports routiers internationaux, a annoncé hier l'interruption immédiate de ses livraisons routières en Irak vers les unités militaires américaines.

Toujours sur le front des otages, le flou demeurait au sujet des sept chauffeurs — trois Indiens, trois Kényans et un Égyptien — enlevés en Irak le 21 juillet, après que différentes sources eurent fourni des informations contradictoires sur leur sort.

Au total, une vingtaine d'étrangers ont été enlevés ou sont portés disparus en Irak. Hier, un porte-parole du Comité des oulémas musulmans (sunnites) irakiens a lancé un appel à la rébellion pour la libération de tous les otages. L'exécution du chauffeur turc a été qualifiée d'acte «odieux et barbare» par le département d'État américain.

Par ailleurs, un site Internet islamiste a attribué à un groupe jusque-là inconnu un communiqué revendiquant les attentats antichrétiens qui ont fait au moins dix morts et 50 blessés, dimanche, à Bagdad et Mossoul, dans le nord.

«Vos frères moudjahidines ont mené des frappes douloureuses aux repaires des Croisés, ces repaires du mal, de la corruption, du vice et de la christianisation, en faisant exploser quatre voitures piégées visant des églises à Karrada, à Bagdad Jadida, Doura et Mossoul», selon le communiqué, attribué au groupe baptisé «Comité de planification et de suivi en Irak». Son authenticité n'a pu être vérifiée.

Ces attentats ont indigné les principaux dirigeants religieux irakiens, qui ont appelé à l'union entre les différentes communautés. «Nous devons collaborer, chrétiens et musulmans, pour le bien de l'Irak car nous sommes une seule famille», a ainsi déclaré Mgr Emmanuel Delly, le patriarche chaldéen, la principale communauté chrétienne du pays.

La figure emblématique des chiites irakiens, le grand ayatollah Ali al-Sistani, a renchéri en appelant à «travailler tous ensemble, le gouvernement et le peuple, afin de mettre un terme aux attaques contre les Irakiens». Le chef radical chiite Moqtada al-Sadr a également condamné ces actes.

De son côté, le comité des oulémas sunnites irakiens a accusé «des parties étrangères» d'être à l'origine de ces attentats «qui visent à diviser le peuple irakien et veulent que le chaos perdure dans l'intérêt des occupants» de l'Irak. À l'étranger, le pape Jean-Paul II a écrit et signé de sa main — ce qui est assez rare — un message à Mgr Delly, dans lequel il demande «à tous les croyants en un seul Dieu clément et miséricordieux» de s'unir «pour déplorer toute forme de violence».

Les chrétiens d'Irak représentent environ 3 % de la population, soit quelque 700 000 personnes sur un total de 24 millions d'Irakiens, majoritairement musulmans chiites et sunnites.

Sur le plan politique, le président irakien, Ghazi al-Yaouar, a qualifié ces attentats d'«actes terroristes», également considérés comme «un crime énorme et abominable» par le premier ministre, Iyad Allaoui.

En visite au Koweït, ce dernier a convenu avec les autorités de ce pays de rétablir les relations diplomatiques entre les deux voisins, rompues il y a 14 ans, après l'invasion de l'émirat par les troupes irakiennes.

Sur le terrain, les forces américaines ont encerclé brièvement hier soir la maison de Moqtada al-Sadr, entraînant des accrochages avec les miliciens fidèles au chef radical chiite à Najaf. Les militaires américains ont démenti avoir mené une telle opération. Les accrochages ont causé la mort d'une femme, et trois personnes ont été blessées, selon une source hospitalière.

Par ailleurs, le Pakistan a annoncé qu'il n'enverrait pas de troupes en Irak, mettant en avant la situation «volatile et instable».

À Washington, le président George W. Bush a réaffirmé qu'il ne regrettait pas d'être intervenu en Irak, même si aucune arme de destruction massive (ADM) n'y a été découverte.