L’OMS pressée de poursuivre l’étude sur l’origine de la COVID-19

Déterminer comment le virus, qui a fait plus de 3,4 millions de morts dans le monde, est passé à l’homme est jugé crucial pour tenter d’empêcher la prochaine pandémie.
Photo: Ng Han Guan AP Déterminer comment le virus, qui a fait plus de 3,4 millions de morts dans le monde, est passé à l’homme est jugé crucial pour tenter d’empêcher la prochaine pandémie.

Réunis à l’occasion de la 74e Assemblée mondiale de la santé, plusieurs pays, dont les États-Unis, ont demandé mardi à l’OMS une enquête plus approfondie sur les origines de la COVID-19. La première phase de la mission, effectuée en Chine, a soulevé plus de questions qu’elle n’en a résolues.

Celle-ci a été menée en début d’année dans la région de Wuhan, considérée comme le berceau de la pandémie. Menée de façon conjointe par des experts internationaux et scientifiques chinois, elle a débuté sur fond de suspicion d’un manque d’indépendance par rapport à la Chine, accusée d’avoir entravé la mission en mettant notamment des mois avant d’accepter la venue sur son sol des scientifiques.

Lors des débats qui se déroulent en ligne depuis Genève et qui réunissent les 194 pays membres de l’OMS, un représentant américain, Jeremy Konyndyk, a souligné mardi l’importance d’avoir « une enquête solide, complète et dirigée par des experts sur les origines de la COVID-19 ». « Il est important que nous préparions la phase 2 de l’étude sur les origines pour qu’elle soit couronnée de succès », a-t-il dit, en estimant que l’analyse devait « être fondée sur la science » et « être indépendante ».

D’autres pays, dont l’Australie, le Japon et le Portugal, qui s’exprimait au nom de l’Union européenne, ont lancé des appels similaires. « Nous demandons que l’étude de l’OMS sur les origines du SRAS-CoV-2 progresse », a déclaré l’ambassadeur portugais, Rui Macieira, qui a réclamé un « calendrier précis » pour la suite des démarches.

Liste d’hypothèses

Le rapport des experts publié en mars a établi une liste d’hypothèses et conclu que la plus probable est la transmission du nouveau coronavirus d’une chauve-souris à un animal intermédiaire — qui n’est pas encore connu — avant qu’il ne s’adapte à l’homme et ne déclenche la crise sanitaire mondiale toujours en cours. Les experts recommandent de poursuivre les recherches sur leur hypothèse principale, mais aussi sur plusieurs autres scénarios. Un seul ne mérite pas d’être creusé, selon eux : le virus échappé d’un laboratoire de Wuhan.

Le but de cette enquête n’est pas d’attribuer des responsabilités, mais de s’appuyer sur la science, de trouver l’origine du virus et de l’épidémie pour nous aider tous à éviter qu’une telle catastrophe mondiale se reproduise.

 

Cette proposition a provoqué un tollé. Et le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a rapidement rectifié le tir et assuré que toutes les hypothèses restaient sur la table, tout en critiquant le manque d’accès aux données de la Chine.

Le chef de la délégation de scientifiques internationaux, Peter Ben Embarek, a ensuite minimisé la chose, affirmant qu’en Chine comme ailleurs, certaines données ne pouvaient être partagées pour des raisons de respect de la vie privée, et qu’il s’efforçait de trouver des solutions pour avoir accès aux données « dans la phase 2 de l’étude ».

Mais depuis, l’OMS n’a donné aucune information sur son déroulement, alors que plusieurs scientifiques ont dénoncé le rôle disproportionné qu’a joué Pékin dans la première phase de l’étude et ont demandé que les choses changent pour la prochaine étape.

« S’appuyer sur la science »

« Le but de cette enquête n’est pas d’attribuer des responsabilités, mais de s’appuyer sur la science, de trouver l’origine du virus et de l’épidémie pour nous aider tous à éviter qu’une telle catastrophe mondiale se reproduise », a assuré le représentant américain Jeremy Konyndyk.

Son appel a été appuyé par le secrétaire américain à la Santé, Xavier Becerra, qui a demandé que la phase 2 de l’étude offre aux experts « l’indépendance nécessaire pour évaluer pleinement l’origine du virus et les premiers jours de l’épidémie ». Mais Pékin veut empêcher à tout prix d’être blâmé pour la pandémie, et le pouvoir semble tout faire pour que l’enquête se poursuive ailleurs qu’en Chine.

Déterminer comment le virus, qui a fait plus de 3,4 millions de morts dans le monde, est passé à l’homme est jugé crucial pour tenter d’empêcher la prochaine pandémie.

Mais l’OMS ne peut pas pour l’instant enquêter de son propre chef dans un pays. Plusieurs pays et experts ont demandé que l’agence bénéficie de pouvoirs étendus pour envoyer rapidement des experts en cas de crise, mais la proposition ne figure pas dans le projet de résolution sur le renforcement de l’OMS, qui doit être adoptée cette semaine.

Les pays devraient également décider, au cours de l’assemblée, de reporter à novembre la décision de lancer ou non des négociations sur un traité sur les pandémies, un instrument défendu par l’OMS et plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne.

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