L’OMS cherche comment construire le monde post-COVID-19

L’Inde a annoncé lundi avoir franchi la barre des 300 000 décès dus au coronavirus, mais le bilan des victimes est jugé sous-évalué par les experts.
Photo: Sanjay Kanojia Agence France-Presse L’Inde a annoncé lundi avoir franchi la barre des 300 000 décès dus au coronavirus, mais le bilan des victimes est jugé sous-évalué par les experts.

Économie de guerre, partage des vaccins, traité sur les pandémies… Chefs d’État, de gouvernements et de l’ONU ont présenté lundi à l’OMS leurs idées pour stopper la COVID-19 et préparer la réponse aux prochaines pandémies alors que l’Inde annonçait le même jour avoir franchi la barre des 300 000 décès dus au coronavirus, devenant le troisième pays au monde à atteindre ce chiffre, derrière les États-Unis et le Brésil. Le milieu de la santé a aussi payé un lourd tribut puisque au moins 115 000 professionnels de la santé ont été emportés par la COVID-19, selon l’OMS.

Cette 74e Assemblée mondiale de la santé (du 24 mai au 1er juin) se tient en ligne tandis que la communauté internationale s’efforce d’accélérer la vaccination des pays pauvres, très en retard, pour mettre un terme à la pandémie et relancer l’économie mondiale.

« Nous sommes en guerre contre un virus. Nous avons besoin de la logique et de l’urgence d’une économie de guerre, pour renforcer la capacité de nos armes », a relevé le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à l’ouverture des débats.

Le principal enjeu de cette assemblée, qualifiée par le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, de « l’une des plus importantes de l’histoire de l’OMS », est la réforme de l’agence et de sa capacité à coordonner la réponse aux crises sanitaires mondiales et à prévenir de futures épidémies.

La « boussole » de la santé globale

L’OMS « doit être le cœur, la boussole de notre santé globale », a déclaré le président français, Emmanuel Macron, réclamant une organisation « robuste en temps de crise, suffisamment agile pour réagir en urgence, solide face aux polémiques, totalement transparente pour inspirer la confiance, avec une gouvernance claire et transparente pour ne subir aucune pression diplomatique ».

La chancelière allemande, Angela Merkel, a souligné que « la priorité doit être de permettre au monde de répondre aux menaces pandémiques le plus rapidement possible », et a soutenu l’idée de créer un Conseil mondial des menaces sanitaires afin d’améliorer la prévention et la riposte.

Malgré le sentiment d’urgence, certains craignent que les résultats de la réunion soient insignifiants en raison des désaccords entre pays, notamment sur la question des pouvoirs à conférer à l’OMS.

Nous sommes en guerre contre un virus. Nous avons besoin de la logique et de l’urgence d’une économie de guerre, pour renforcer la capacité de nos armes.

Plusieurs rapports d’experts mandatés par l’OMS réclament de vastes réformes des systèmes d’alerte et de prévention, alors que trop de pays ne disposent toujours pas des capacités de santé publique nécessaires pour protéger leurs propres populations et alerter en temps utile la communauté internationale sur d’éventuels risques sanitaires.

Ces rapports demandent aussi que l’OMS puisse enquêter sur le terrain en cas de crise sans attendre le feu vert des pays, mais cette proposition risque de se heurter aux susceptibilités de certains États. L’OMS ne peut pour l’instant enquêter de son propre chef dans un pays. Il lui aura fallu plusieurs mois de discussions avec la Chine pour qu’une équipe de scientifiques indépendants, mandatée par l’organisation, puisse se rendre sur place pour étudier l’origine de la COVID-19.

Les 194 membres de l’OMS pourraient aussi décider de lancer des négociations sur un traité sur les pandémies, destiné à mieux affronter les futures crises et éviter le chacun pour soi mis en lumière par la COVID-19.

La Chine sur la défensive

Alors que l’Assemblée mondiale de la Santé ne faisait que commencer les discussions, la Chine a démenti lundi le fait que trois chercheurs de l’Institut de virologie de Wuhan, ville un temps épicentre de la pandémie, aient été atteints d’une maladie qui a nécessité des soins hospitaliers avant que le virus ne se répande dans le monde.

Disant se baser sur un rapport du renseignement américain, le Wall Street Journal affirme que trois chercheurs du laboratoire chinois ont été atteints dès novembre 2019 de « symptômes compatibles à la fois avec ceux de la COVID-19 et d’une infection saisonnière ».

La Chine a révélé le 31 décembre 2019 l’existence d’un foyer de cas de pneumonie à Wuhan à l’OMS. Et Pékin a toujours farouchement combattu la théorie selon laquelle la COVID-19 aurait pu s’échapper d’un de ses laboratoires. Interrogé à ce sujet, un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a qualifié lundi les affirmations du quotidien américain de « totalement fausses ».

« Le 23 mars, l’Institut de virologie de Wuhan a publié un communiqué indiquant qu’avant le 30 décembre 2019 il n’avait pas été en contact avec le coronavirus. À cette date [de publication du communiqué], aucun personnel ou étudiant-chercheur n’a[vait] été contaminé » par le virus, a affirmé devant la presse M. Zhao. Le coronavirus a cependant été apporté dans ce laboratoire pour y être étudié, selon les autorités chinoises.

L’hypothèse d’une fuite du virus d’un laboratoire chinois a été alimentée entre autres par le gouvernement de l’ancien président américain Donald Trump. Après un séjour de quatre semaines à Wuhan en début d’année, une étude commune d’experts de l’OMS et chinois a toutefois jugé en mars « extrêmement improbable » un incident de laboratoire.

Les experts privilégient la théorie généralement admise de la transmission naturelle du virus d’un animal réservoir — probablement la chauve-souris — à l’humain, par l’intermédiaire d’un autre animal qui n’a pas encore été identifié. Certains estiment néanmoins que les spécialistes de l’OMS n’ont pas eu assez de latitude pour travailler librement durant leur enquête à Wuhan.

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