L'odyssée périlleuse des Nord-Coréens

Pékin — Le refus de la Chine d'aider les Coréens du Nord, de plus en plus nombreux à fuir la pauvreté et la répression, alimente des odyssées périlleuses conduisant à travers la Chine jusqu'en Asie du Sud-Est.

L'exemple le plus frappant à ce jour est celui de plus de 450 réfugiés nord-coréens arrivés récemment en Corée du Sud, via le Viêtnam.

La Chine refuse de considérer ces hommes, femmes et enfants comme des réfugiés et en renvoie jusqu'à une centaine par semaine dans le pays stalinien, où ils risquent la prison, la torture et parfois la mort, selon des organisations non gouvernementales (ONG) qui aident les fuyards à leur sortie de la Corée du Nord.

Des candidats à l'exil ont réussi à gagner la Corée du Sud dans le passé en pénétrant dans des ambassades étrangères en Chine, mais Pékin a renforcé la sécurité autour de ces missions depuis deux ans. Cela a obligé de nombreux Nord-Coréens à se lancer dans une traversée périlleuse du continent chinois vers des pays d'Asie du Sud-Est, à des milliers de kilomètres de la frontière nord-coréenne.

«C'est le seul moyen pour eux de sortir et d'avoir la vie sauve», déclare le Japonais Hiroshi Kato, dirigeant de Life Funds for North Korean Refugees.

Selon les ONG, la plupart des 100 000 à 300 000 Coréens du Nord qui se cachent en Chine souhaitent quitter le pays pour échapper à leur condition d'immigrés illégaux. Mais ils ne pourraient réussir à traverser la Chine sans l'aide de tout un réseau.

«Sans le réseau souterrain, nous ne pouvons rien faire. Tant de gens nous aident tout au long de la route. Parfois sur quelques kilomètres de chemin de fer, parfois une vingtaine ou une centaine», déclare M. Kato.

Le gros des bénévoles est formé de Coréens du Sud, militants mais aussi hommes d'affaires. On trouve également des Japonais, des Occidentaux ou des Coréens d'origine, de nationalité américaine ou européenne.

Ils fournissent la nourriture, des abris, des billets de train, explique le Japonais.

Pékin avait commencé à arrêter les militants mais a maintenant cessé. Il faut de trois à dix jours de train pour traverser la Chine du nord au sud et les exilés risquent d'être arrêtés s'ils sont contrôlés par la police des chemins de fer.

La route de l'Asie du Sud-Est existe depuis 1997, mais elle était autrefois peu utilisée en raison de la longueur du parcours. Les Nord-Coréens préféraient passer en Mongolie depuis la Mongolie intérieure chinoise, mais désormais Pékin bloque parfois cette frontière.

Le Viêtnam est la destination de prédilection des demandeurs d'asile, car sa frontière avec la Chine est relativement facile à passer.

De très nombreuses personnes la traversent chaque jour et le réseau d'aide aux Nord-Coréens utilise les services de trafiquants de drogue et d'êtres humains.

«Ils monnaient leur aide pour 700 à 1000 dollars par personne, ce qui comprend la somme pour soudoyer les gardes-frontières et compenser le risque qu'ils prennent», explique Lee Ho-Taek, fondateur du groupe sud-coréen The Refuge Pnan, qui a aidé les 450 personnes parvenues à Séoul.

Des centaines d'autres attendraient leur tour dans des pays d'Asie du Sud-Est, et le flot ne devrait pas se tarir dans un avenir proche.

La Chine va probablement renforcer la sécurité à ses frontières mais, disent les militants, les gardes et les trafiquants peuvent toujours être corrompus.

Les informations sur le succès des 450 personnes arrivées à Séoul finiront aussi par parvenir en Chine et en Corée du Nord, encourageant d'autres candidats.

Pékin, de son côté, souhaite maintenir de bonnes relations avec Pyongyang pour des raisons stratégiques et craint un afflux de réfugiés qui précipiterait un effondrement du régime nord-coréen.

Mais Tim Peters, de Helping Hands Korea, estime que cette politique est à terme intenable. «Maintenant que la Corée du Sud accepte plus de réfugiés, peut-être que Pékin y sera sensible», dit-il.