L’Arctique uni face au réchauffement, malgré les frictions militaires

«La crise climatique est notre plus grande menace à long terme, avec l’Arctique confronté à un réchauffement trois fois plus rapide que sur l’ensemble de la planète», a fait valoir de son côté Marc Garneau, le ministre canadien des Affaires étrangères.
Photo: Halldo Kolbeins Agence France-Presse «La crise climatique est notre plus grande menace à long terme, avec l’Arctique confronté à un réchauffement trois fois plus rapide que sur l’ensemble de la planète», a fait valoir de son côté Marc Garneau, le ministre canadien des Affaires étrangères.

Les pays de l’Arctique se sont engagés jeudi à lutter contre le réchauffement climatique, trois fois plus rapide dans le Grand Nord, et à préserver la paix malgré une compétition géopolitique acharnée et les tensions militaires croissantes entre la Russie et les Occidentaux.

« Nous nous engageons à promouvoir une région arctique pacifique, où la coopération l’emporte en matière de climat, d’environnement, de science et de sécurité », a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken lors du Conseil de l’Arctique qui a réuni à Reykjavik des représentants de la Russie, du Canada, des États-Unis, de l’Islande, du Danemark, de la Finlande, de la Norvège et de la Suède.

« La crise climatique est notre plus grande menace à long terme, avec l’Arctique confronté à un réchauffement trois fois plus rapide que sur l’ensemble de la planète », a fait valoir de son côté Marc Garneau, le ministre canadien des Affaires étrangères. Ces données alarmantes sont contenues dans un rapport publié jeudi par le Programme de surveillance et d’évaluation de l’Arctique, qui a aussi averti d’un risque accru de voir la banquise de la région disparaître totalement l’été, avant de se reformer en hiver.

Antony Blinken a par ailleurs servi une mise en garde à peine voilée à la Chine jeudi, qui ne cache pas son intérêt pour ce vaste territoire riche en ressources naturelles, et dont l’exploitation est facilitée par le recul des glaces et le développement du transport maritime. « La compétition stratégique qui caractérise l’Arctique attire l’attention du monde », mais « sa marque de fabrique doit demeurer la coopération pacifique », a-t-il fait valoir.

La crise climatique est notre plus grande menace à long terme, avec l’Arctique confronté à un réchauffement trois fois plus rapide que sur l’ensemble de la planète

 

Des mots aux allures d’avertissement également pour la Russie, autre grand rival des États-Unis, après les échanges tendus qui ont précédé la réunion dans la capitale islandaise au sujet d’un risque de « militarisation » de l’Arctique.

Sécurité militaire

 

La Russie n’a cessé d’accroître son dispositif militaire dans l’Arctique ces dernières années, y rouvrant et modernisant plusieurs bases et aérodromes abandonnés depuis la fin de l’époque soviétique.

Mais le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a aussi accusé jeudi les Occidentaux de « jouer avec les mots », en mettant en place une présence militaire américaine aux portes de la Russie par « rotation » plutôt que « permanente » pour contourner les textes qui régissent les relations entre Moscou et l’OTAN.

« Nous ne voyons pas de raison pour un conflit ici, et encore moins pour un développement de programmes militaires d’un bloc ou d’un autre », a déclaré M. Lavrov devant la presse.

Principal forum régional, le Conseil de l’Arctique a été créé il y a 25 ans pour gérer des sujets assez consensuels, comme la préservation de l’environnement et la coopération internationale, et son mandat exclut explicitement la sécurité militaire.

Sergueï Lavrov, dont le pays prend jeudi le relais de l’Islande à la présidence tournante de l’instance régionale, a néanmoins prôné la relance de rencontres régulières entre les chefs d’état-major de la zone afin « d’étendre nos relations positives à la sphère militaire ». Ces rencontres sont suspendues depuis 2014 et l’annexion de la Crimée par Moscou.

Le ministre russe a surtout défendu « l’esprit de coopération », proposant d’organiser un sommet des chefs d’État et de gouvernement au cours des deux prochaines années. Antony Blinken, qui a rencontré mercredi Sergueï Lavrov lors d’un premier face-à-face qualifié de « constructif » par les deux pays, a aussi ostensiblement mis l’accent sur la « coopération » avec Moscou et les autres pays membres plutôt que sur les tensions.

Il a également insisté sur la lutte contre le réchauffement climatique, à l’instar de ses homologues, qui se sont réjouis ces derniers jours du « retour » des États-Unis en première ligne sur ce défi planétaire.

Changement de ton

 

Lors de la précédente réunion du Conseil de l’Arctique, qui s’était tenue en 2019 en Finlande, le climatoscepticisme du gouvernement de Donald Trump avait pour la première fois empêché une déclaration commune du forum, les États-Unis refusant d’y voir figurer le changement climatique.

Cette fois, la déclaration commune a été adoptée sans accroc. Et pour la première fois, un « plan stratégique » a été entériné pour les dix prochaines années.

Signe de l’intérêt confirmé de Washington, Antony Blinken a terminé jeudi après-midi au Groenland sa tournée entamée dimanche à Copenhague. Après un survol en hélicoptère, il a assuré que les États-Unis voulaient un partenariat « encore plus fort » avec le territoire rattaché au Danemark. Mais il a « confirmé », dans un sourire, qu’il n’était plus question de l’acheter, comme l’avait proposé le président Trump en 2019.

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