Convention démocrate - Kerry, sabre au clair contre Bush

John Kerry et John Edwards, hier:«Plus respectueux».
Photo: Agence Reuters John Kerry et John Edwards, hier:«Plus respectueux».

Boston — Acceptant officiellement sa désignation comme candidat à la Maison-Blanche, jeudi soir à Boston, devant des milliers de délégués démocrates, John Kerry a livré une attaque surprise contre les positions considérées comme les plus fortes de son rival George W. Bush: le patriotisme, la morale, les valeurs familiales, la fermeté contre le terrorisme. John Kerry s'est présenté comme un homme plus intègre et plus crédible, un capitaine bien plus capable de diriger l'Amérique en ces temps troubles.

Tout en invitant George W. Bush à «être optimiste, pas seulement adversaire», Kerry l'a accusé d'avoir menti aux Américains sur la guerre en Irak, de jouer sur la peur et même, à deux reprises de dévoyer la Constitution des État-Unis... «Je serai un commandant en chef qui ne nous lancera jamais à tort dans une guerre. J'aurai un vice-président qui ne conduira pas de réunion secrète avec des pollueurs pour réécrire les lois sur l'environnement. J'aurai un ministre de la Défense qui écoutera les conseils avisés de nos responsables militaires. Et je nommerai un attorney général qui défendra, lui, la Constitution des État-Unis!» a -t-il lancé sous les applaudissements.

Parlant pendant 55 minutes, Kerry a multiplié les coups de griffes, évoquant le scandale Enron (le groupe texan, présidé par un ami de Bush, qui s'est effondré dans des circonstances frauduleuses), les liens de Bush avec l'Arabie Saoudite («Je veux une Amérique qui s'appuie sur sa propre inventivité et innovation, pas sur la famille royale saoudienne»), et l'impopularité de l'actuel vice président, qu'il a cité nommément («En janvier prochain, les Américains seront fiers d'avoir un battant issu des classes moyennes [John Edwards, ndlr] pour succéder à Dick Cheney à la vice-présidence des État-Unis»).

Les milliers de militants, dans la salle, étaient aux anges, pardonnant le déversement d'images martiales qui avait précédé le discours de Kerry. Pendant toute la semaine, obéissant à une directive du parti, les orateurs s'étaient contenus: pas d'attaque contre Bush, pas de propos «négatifs»... Et voilà leur candidat qui, lui, se lance sabre au clair à l'assaut de l'équipe abhorrée! Le discours est venu comme un soulagement, entraînant des ovations enthousiastes. Puis les hauts parleurs ont hurlé «Johnny be good» (Chuck Berry) et «Beautiful day» (U2) sous une pluie de ballons bleus rouges et blancs.

La guerre en Irak et le terrorisme ont occupé une bonne partie du discours de Kerry, qui a été introduit par ses «frères d'armes», ceux qui ont partagé ses épreuves dans le détroit du Mekong, au Vietnam.

Le sénateur du Massachusetts a assuré qu'il serait un futur commandant en chef d'une grande fermeté, tout en promettant de «restaurer une tradition solide de cette nation: les État-Unis d'Amérique ne vont jamais en guerre quand ils le veulent, seulement quand ils le doivent». Avec lui, la guerre contre le terrorisme sera «plus efficace et plus intelligente», a-t-il juré. Sa priorité sera de restaurer l'image des État-Unis dans le monde: «Nous devons recommencer à faire de l'Amérique un phare dans le monde. Nous devons être regardés avec admiration, pas seulement avec crainte». Mais le candidat n'a pas été très précis sur son plan pour mettre fin à l'occupation irakienne. «Je sais ce qu'il faut faire en Irak» a-t-il déclaré... en se bornant à affirmer que seul un nouveau président, plus crédible, sera capable d'amener les alliés à se ranger aux côtés des État-Unis et à partager le fardeau financier de la situation. Le sénateur du Massachusetts n'a cessé de chercher à marquer sa différence avec son rival, au risque de se définir par rapport à lui. En reprenant les thèmes favoris de Bush, il les a retournés à son avantage. Exemple, les valeurs familiales: «Pour nous, les valeurs familiales, ce n'est pas de fermer les activités extra-scolaires ou de retirer des policiers de nos rues, dans le seul but d'offrir de nouvelles baisses d'impôts pour Enron». Ou encore, la religion: «Je ne veux pas prétendre que Dieu est de notre côté. À l'instar d'Abraham Lincoln, je préfère prier humblement pour que nous soyons du sien».

Kerry a-t-il fait mouche? La presse, hier était plutôt réservée, lui reprochant de ne pas avoir fourni de vision claire sur l'Irak. «Kerry a parlé avec confiance et éloquence, mais son discours est une déception» estimait le Washington Post. Les journaux lui reprochent d'avoir multiplié des promesses démagogiques peu détaillées (stopper les délocalisations, briser la dépendance pétrolière vis-à-vis du Moyen-Orient, réduire les impôts des classes moyennes...) et d'avoir laissé entendre qu'une sortie rapide et sans douleur d'Irak était possible.