L'ONU presse Khartoum de mettre fin aux exactions au Darfour

Dans l’est du Tchad, la crue de certaines rivières complique l’acheminement de l’aide alimentaire aux réfugiés.
Photo: Agence Reuters Dans l’est du Tchad, la crue de certaines rivières complique l’acheminement de l’aide alimentaire aux réfugiés.

Nations unies — Le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté hier une résolution d'inspiration américaine demandant aux autorités soudanaises de désarmer et de poursuivre en justice les miliciens arabes responsables d'exactions au Darfour sous peine de sanctions.

Treize des 15 pays membres du Conseil ont voté en faveur de ce texte alors que la Chine et le Pakistan se sont abstenus.

Les autorités soudanaises ont annoncé hier soir qu'elles rejetaient la résolution.

Confrontés à l'opposition de plusieurs pays membres, les États-Unis avaient accepté jeudi de retirer de leur projet de résolution le terme «sanctions» et de le remplacer par une référence à l'article 41 de la Charte des Nations unies, qui prévoit certaines mesures, économiques et diplomatiques notamment, s'apparentant à des sanctions.

Ce chapitre de la Charte prévoit que le Conseil peut décider de mesures telles que «l'interruption complète ou partielle des relations économiques et des communications [...] ainsi que la rupture des relations diplomatiques».

La résolution 1556, également parrainée par la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Espagne, le Chili et la Roumanie, donne 30 jours à Khartoum pour désarmer et poursuivre les miliciens arabes «djandjaouid» sous peine de voir le Conseil de sécurité envisager des mesures aux termes de l'article 41.

Zhang Yishan, le numéro deux de la délégation chinoise à l'ONU, a cependant estimé que la résolution était toujours trop sévère et qu'elle serait «inefficace pour résoudre la situation au Darfour et pourrait même compliquer la situation».

Au moins 30 000 civils ont été tués au Darfour, dans l'ouest du Soudan, et près d'un million de personnes ont été déplacées par les combats et les exactions. Deux millions de civils ont besoin de nourriture et de médicaments et les Nations unies considèrent que le Darfour est le théâtre de la plus grave crise humanitaire actuelleLe Congrès américain a pour sa part qualifié les violences perpétrées par les «djandjaouid» de génocide et a réclamé l'envoi d'une force multinationale au Darfour.

«La responsabilité de ce désastre revient indiscutablement au gouvernement soudanais», a déclaré hier le représentant américain aux Nations unies, John Danforth.

Pour sa part, l'ambassadeur de France, Jean-Marc de la Sablière, a exprimé l'espoir «que les autorités soudanaises comprendront le message adressé aujourd'hui par le Conseil». «Nous espérons qu'elles comprendront que la détermination que nous leur demandons va de pair avec la conviction qui est la nôtre, que l'on n'évitera pas une catastrophe humanitaire sans le Soudan ou contre le Soudan», a-t-il ajouté.

Embargo sur les armes

La résolution prévoit également la mise en place immédiate d'un embargo sur les ventes d'armes à tous les groupes armés actifs au Darfour, où les forces gouvernementales et les milices arabes combattent une rébellion de certaines tribus africaines.

Les forces de sécurité soudanaises, accusées de soutenir et protéger les «djandjaouid», ne sont cependant pas concernées par cet embargo.

Le gouvernement de Khartoum s'est engagé au début du mois auprès du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan à désarmer les milices, à permettre l'accès des associations humanitaires et à commencer à discuter avec les rebelles.

Mais les premières observations des inspecteurs de l'Union africaine dépêchés dans la région montrent que la situation s'est encore détériorée ces dernières semaines.

Kofi Annan a déclaré que les «djandjaouid» continuaient à tuer et à violer et que les forces gouvernementales étaient coupables de violences et de mauvais traitements à l'encontre de villageois du Darfour.

Plusieurs organisations humanitaires et certains députés américains ont critiqué l'administration Bush pour ne pas avoir menacé Khartoum d'une intervention militaire ou de sanctions immédiates.

La France a décidé de mobiliser ses moyens militaires basés au Tchad pour venir en aide à la population du Darfour, dans l'ouest du Soudan, a annoncé hier soir la présidence de la République.

«Devant la gravité de la situation humanitaire au Darfour et les besoins pressants qui s'y manifestent, le président de la République a demandé une mobilisation des moyens militaires français prépositionnés au Tchad», écrit l'Élysée dans un communiqué.

Le ministère de la Défense a décidé de mettre à disposition les capacités de transport aérien des Éléments français du Tchad (EFT) pour effectuer du transport humanitaire au profit de la population au Darfour, apprend-on de même source.

Environ 200 hommes vont, en outre, être déployés à la frontière, côté tchadien, pour sécuriser la zone.

«Le Soudan annonce son rejet de la résolution malencontreuse du Conseil de sécurité», a réagi hier soir dans un communiqué le ministre soudanais de l'Information, Al-Zahawi Ibrahim Malik.