Les vertus vertes du Canada confrontées aux ambitions économiques de la Russie en Arctique

La Russie réitère son droit de défendre son littoral, mettant en garde l’Occident contre ses ambitions dans la région.
 
Photo: AP La Russie réitère son droit de défendre son littoral, mettant en garde l’Occident contre ses ambitions dans la région.
 

L’Arctique et ses tensions géopolitiques. À la veille de l’ouverture de la première réunion en deux ans du Conseil de l’Arctique qui se tient mercredi à Reykjavik, en Islande, le Canada a réitéré cette semaine son intention de défendre la « nécessité d’un développement durable » et « de protéger l’environnement » dans cette région convoitée pour ses ressources naturelles et sa nouvelle position stratégique rendue possible par le réchauffement climatique.

Une position qui risque de se heurter aux ambitions prioritaires de la Russie en matière d’explorations pétrolières et minières et qui cherche par tous les moyens à étendre sa zone d’influence sur ce territoire septentrional.

« Pour la Russie, la question environnementale ne doit pas être un motif pour entraver le développement économique de cette région, résume à l’autre bout du Skype Frédéric Lasserre, géographe à l’Université Laval et spécialiste de la géopolitique de l’Arctique. Ce pays a déplacé son centre de développement économique vers l’Arctique pour assurer sa croissance et agit désormais en conséquence. »

Moscou à l’offensive

Quelques semaines avant cette rencontre entre les ministres des Affaires étrangères des pays entourant l’Arctique (Canada, États-Unis, Russie, Islande, Norvège, Suède, Danemark, Finlande), la Russie a d’ailleurs donné le ton en annonçant qu’elle étendait de 705 000 km2 la superficie des vastes territoires qu’elle revendique déjà devant la Commission des limites du plateau continental des Nations unies. Ce faisant, Vladimir Poutine cherche ainsi à se rapprocher des limites de la zone économique exclusive du Canada et du Danemark, mais également à renforcer son emprise sur la dorsale Lomonosov, cette chaîne de montagnes sous-marine arctique au cœur, depuis des années, d’un litige sur les droits d’exploitation des fonds marins entre la Russie, les États-Unis, le Canada et le Danemark.

Il est clair pour tout le monde, depuis longtemps, que ce sont nos terres, notre territoire.

 

Lundi, le chef de la diplomatie russe a également proclamé que l’Arctique était une zone d’influence de la Russie et a défendu son droit de défendre son littoral, mettant en garde l’Occident contre ses ambitions dans la région. « Nous entendons des critiques sur le fait que la Russie développe son activité militaire dans l’Arctique, mais il est clair pour tout le monde, depuis longtemps, que ce sont nos terres, notre territoire. Nous répondons de la sécurité de notre littoral et tout ce que nous faisons là-bas est parfaitement légal et légitime », a déclaré Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse.

Joint par Le Devoir, le ministère des Affaires étrangères du Canada est resté sibyllin quant à ses intentions durant cette rencontre de deux jours à laquelle Marc Garneau va prendre part en personne, a-t-il confirmé. Tout au plus, Ottawa dit vouloir réaffirmer « son soutien ferme aux travaux du Conseil en ce qui concerne les enjeux importants pour les Canadiens du Nord », a résumé Jason Kung, porte-parole du ministère.

« Le Canada va surtout chercher à relancer la coopération au sein du Conseil après les années Trump, où le multilatéralisme a été mis à mal par la diplomatie américaine », estime pour sa part Frédéric Lasserre.

Territoire fragile

Les yeux du monde se tournent de plus en plus vers l’Arctique depuis des années en raison des ressources énergétiques qui s’y trouveraient et dont l’accès est désormais facilité par les changements climatiques. On estime à 13 % les réserves pétrolières à y découvrir et à 30 % celles de gaz naturel qui s’y trouvent.

Mais le territoire est également fragile, avec ses quelque 21 000 espèces animales ou végétales connues, et constitue une des dernières contrées restées à l’état sauvage sur la planète. L’activité humaine et la hausse des températures menacent désormais cette biodiversité.

En Arctique, le réchauffement y est au moins deux fois plus rapide qu’ailleurs sur la planète, avec pour conséquence une réduction de la banquise menaçant l’écosystème d’espèces emblématiques de la région, comme l’ours polaire et le phoque. L’an dernier, la banquise d’été a atteint sa deuxième superficie la plus petite jamais enregistrée depuis 2012.

Les scientifiques s’inquiètent également de l’émergence de grands incendies de forêt dans des zones reculées et de la fonte du pergélisol, qui libère des quantités importantes de méthane, gaz à effet de serre nettement plus puissant que le CO2.

Avec l’Agence France-Presse

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