John Kerry plaide pour une armée plus forte

Boston — Le candidat démocrate à la présidentielle américaine John Kerry s'est engagé hier à Boston à restaurer la crédibilité de la Maison Blanche, tout en plaidant pour une armée américaine plus forte. «En tant que président, je restaurerai la confiance et la crédibilité de la Maison Blanche», a-t-il dit devant la convention du parti démocrate, dont il a accepté l'investiture à l'élection présidentielle.

«Nous devons faire de l'Amérique de nouveau un phare dans le monde. Nous devons inspirer de l'admiration, pas seulement de la peur», a-t-il ajouté. «Nous devons reconstruire nos alliances».

«Nous avons besoin d'une armée forte et nous avons besoin d'alliances fortes... Alors, avec confiance et détermination, nous pourrons dire aux terroristes: Vous allez perdre, et nous allons gagner».

«Nous ajouterons 40 000 soldats dans l'armée, pas en Irak, mais pour renforcer les forces qui sont actuellement trop sollicitées et sous pression», a-t-il détaillé.

Le sénateur a fait voeu de fermeté en matière de défense de la sécurité nationale. «J'ai défendu ce pays comme jeune homme, et je le défendrai comme président. Soyons clairs: je n'hésiterai jamais à utiliser la force quand il le faut. Toute attaque sera suivie d'une réponse rapide et assurée», a-t-il promis.

Il a notamment relevé qu'il n'hésiterait pas à agir de manière unilatérale si la situation l'exige. «Je ne donnerai jamais à quiconque, nation ou institution internationale, un droit de veto sur notre sécurité nationale», a-t-il dit.

En matière de sécurité, John Kerry doit combler son retard dans les sondages d'opinion face au républicain George W. Bush, dont il a âprement critiqué l'administration. «Je serai un commandant en chef qui ne nous entraînera pas faussement dans une guerre. J'aurai un vice-président qui ne mènera pas de réunions secrètes avec des pollueurs afin de réécrire nos lois sur l'environnement. J'aurai un secrétaire à la Défense qui écoutera les conseils de nos responsables militaires. Et je nommerai un ministre de la Justice qui fera réellement respecter la Constitution des États-Unis».

Il a aussi promis d'«appliquer immédiatement» les recommandations de la commission d'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001, d'améliorer la sécurité des ports et installations nucléaires.

«Je réformerai le système du renseignement... et je rétablirai la tradition éprouvée de ce pays: les États-Unis d'Amérique n'entrent jamais en guerre parce qu'ils le veulent, ils n'entrent en guerre que parce qu'ils le doivent».

«Certains me reprochent de couper les cheveux en quatre et cela m'arrive parce que certaines questions ne sont pas si simples. Il ne suffit pas de dire qu'il y a des armes de destruction massive en Irak pour que cela soit vrai. Ce n'est pas parce qu'on dit qu'on peut mener une guerre à un moindre coût qu'on le peut. Et il ne suffit pas de proclamer mission accomplie pour qu'elle soit réellement achevée».

Le candidat a aussi voulu un discours de l'optimisme, promettant que, face aux difficultés, «nous pouvons faire mieux, et nous le ferons».

«Nous sommes les optimistes... Nous sommes les gens de bonne volonté», a-t-il dit, rappelant les réalisations des démocrates dans les années 1990 (équilibre budgétaire, épurement de la dette, création d'emplois): «Nous devons simplement croire en nous-mêmes - et nous pouvons le refaire».

«Vous ne chérissez pas les valeurs familiales en virant des enfants de l'école après les cours et en enlevant des policiers des rues, pour qu'Enron puisse bénéficier d'une autre réduction d'impôts», a-t-il lancé, promettant de réduire les impôts des classes moyennes et le fardeau fiscal des petites entreprises.

«C'est notre homme»

Lors de son apparition au stade de baseball de Boston dimanche dernier, John Kerry avait dû être un peu déçu de l'accueil de la foule, les sifflets se mêlant aux applaudissements. Hier, pour son discours d'investiture devant la convention, le candidat démocrate à la présidence n'a pas connu le même problème. Rassemblés dans un stade chauffé à blanc, les milliers de militants venus de tout le pays se préparaient depuis quatre jours à lui offrir une ovation royale, sous une pluie de ballons et de confettis. «Pas de doute, c'est notre homme», résume Walter Beeman, un délégué du Texas, «c'est lui qui nous permettra de reconquérir la Maison-Blanche».

Les conventions politiques américaines, réglées au poil près, laissent traditionnellement peu de place à la dissension. Mais celle de Boston restera comme l'une des plus réussies de l'histoire démocrate. En une petite semaine, John Kerry a fait l'unanimité autour de lui et projeté l'image d'un candidat capable de battre George W Bush. Soudés dans leur rejet de l'actuel président, les démocrates ont oublié leurs divisions — que ce soit sur le commerce international, sur l'immigration ou sur l'Irak — pour se rallier au sénateur du Massachusetts. Pas le moindre signe de friction n'est apparu sur le parquet de la convention.

Les uns à la suite des autres, les ex-adversaires de Kerry dans la course des primaires démocrates ont tous dressé le portrait d'un «grand leader». Howard Dean le premier, l'ex-gouverneur du Vermont parti favori dans la campagne, qui s'est dit «fier de John Kerry», avant de s'engager «à combattre côte à côte» avec lui. Là où l'Amérique s'interroge sur la réelle capacité de Kerry à gérer la menace terroriste, les démocrates ont répondu en mettant en avant l'expérience militaire de l'ancien héros du Vietnam. Mercredi, c'est plus d'une demi-douzaine de généraux et d'amiraux qui ont apporté leur caution à John Kerry lors d'interventions enregistrées et diffusées sur grand écran. «Il sait réagir face au danger et dans les situations de crise», a assuré Wesley Clark, général et autre candidat déchu, «il saura faire face au terrorisme».

Une convention politique, aux États-Unis, est avant tout un grand show à l'intention des caméras de télévision. Les stratèges démocrates s'étaient donné pour but, à Boston, d'envoyer deux messages: avec Kerry, l'Amérique sera «plus forte à l'intérieur» et «plus respectée à l'extérieur». Kerry meilleur que Bush sur l'économie et sur la politique étrangère. Mercredi, John Edwards a repris le thème central de sa campagne, celui de l'Amérique coupée en deux, entre les privilégiés et les défavorisés. Et hier soir, lors de son discours de clôture, John Kerry devait, lui, insister sur la sécurité nationale.

Ce qui compte dans la dernière ligne droite, ce sont les voix du centre: les quelque 10 % d'indécis qui généralement se déclarent préoccupés par les questions de sécurité nationale mais n'apprécient pas pour autant la politique économique de Bush. Protégé par la forte unité du parti, le candidat a pu se présenter à Boston comme un modéré, sans que cela crée de vagues. De même que George W. Bush, lors de la convention républicaine de 2000, avait avancé son thème de «conservatisme généreux» sans offenser la droite de son parti, Kerry a ainsi pu s'avancer sur les questions de sécurité sans craindre une bronca de la gauche.