La conférence nationale irakienne est reportée

Bagdad — La Conférence nationale prévue fin juillet et qui doit permettre à l'Irak de s'orienter vers un système politique représentatif a été reportée de 15 jours à la demande de l'ONU, tandis que la crise des otages s'est encore envenimée hier.

Parallèlement, hier soir, un communiqué commun publié à Riyad annonçait que l'Arabie Saoudite et l'Irak étaient convenus de rétablir leurs relations diplomatiques, rompues depuis plus de 13 ans, et ont décidé de coopérer en matière de sécurité.

Dans la crise des otages, deux Pakistanais ont été exécutés et cinq autres, un Somalien et quatre Jordaniens, capturés, selon des annonces de groupes armés, tandis que le groupe qui détient sept autres otages a menacé d'exécuter un Indien cet après-midi si ses exigences ne sont pas satisfaites.

L'«Armée islamique secrète - Brigade des drapeaux noirs», qui affirme détenir sept chauffeurs étrangers, a menacé, dans un communiqué, d'«égorger un otage indien» aujourd'hui à 15h si ses demandes, notamment le retrait de son employeur koweïtien du pays, ne sont pas satisfaites. Trois Indiens, trois Kenyans et un Égyptien ont été enlevés le 21 juillet.

Des islamistes disant former «le Groupe de la mort» ont de leur côté revendiqué la prise en otages de quatre Jordaniens et appelé «le peuple jordanien à faire pression sur son gouvernement pour mettre fin à son soutien aux forces d'occupation américaines», dans une vidéo diffusée par la chaîne Dubaï Television.

Nouvelles menaces

La télévision al-Jazira du Qatar a fait état en matinée de l'enlèvement d'un Somalien, un chauffeur de camion, par le groupe d'Abou Moussab al-Zarqaoui Tawhid wal jihad (Unification et guerre sainte), qui menace de le décapiter si son employeur koweïtien ne quitte pas le pays sous 48 heures. Ce groupe a décapité à la mi-juillet un chauffeur bulgare pris en otage avec un collègue. Son corps avait été repêché dans le Tigre.

Un site Internet islamiste a publié hier un communiqué attribué au groupe, lié à al-Qaïda, qui a menacé d'attaquer toute force arabe ou musulmane en Irak dont l'envoi a été proposé par Riyad et salué par Washington. «Nous ne nous tairons pas en cas d'envoi de forces en Irak par n'importe quel pays arabe ou islamique, notamment l'Arabie Saoudite, le Pakistan et l'Égypte», avertit le groupe des Brigades Omar Al-Mokhtar - Tawhid wal jihad (Unification et guerre sainte) dans un communiqué.

Le chargé d'affaires pakistanais à Bagdad a confirmé hier l'exécution de deux Pakistanais par leurs ravisseurs appartenant à l'Armée islamique en Irak.

Sur le plan politique, les tractations ont connu un revers hier avec le report d'au moins deux semaines de la Conférence nationale, dont les travaux devaient lancer le processus politique menant à des élections générales en janvier 2005.

Ce report a été demandé par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, qui cherche à associer le plus large éventail de partis politiques irakiens à ce processus. Dans une lettre adressée à Bagdad, M. Annan a relevé «que certains partis ont affirmé ne pas vouloir participer à ce processus et il demande du temps pour persuader ces partis», a expliqué le porte-parole de la commission préparatoire de la Conférence, Abdel Halim Alrouhaïmi.

Riyad normalise ses relations avec Bagdad, à qui elle promet un milliard

L'Arabie Saoudite a décidé hier de normaliser ses relations diplomatiques avec l'Irak, à qui elle a renouvelé sa promesse de versement d'une aide à la reconstruction de un milliard de dollars américains, et qu'elle a assuré d'une coopération en matière de sécurité.

Dans un communiqué publié au terme d'une visite officielle de trois jours du premier ministre intérimaire irakien Iyad Allaoui en Arabie Saoudite, les deux pays ont annoncé être «convenus de rétablir leurs représentations diplomatiques».

Les relations diplomatiques entre les deux pays avaient été rompues sur l'initiative du régime de Saddam Hussein en 1991, en plein milieu de la guerre du Golfe, qui avait conduit à la libération du Koweït après sept mois d'occupation irakienne.

Signe de la bonne volonté des Saoudiens à venir en aide aux nouvelles autorités irakiennes, Riyad s'est engagé à concrétiser l'aide de un milliard de dollars à l'Irak, promise fin 2003 à titre de contribution à la reconstruction de ce pays.

Cet engagement financier avait été pris dans le cadre de la conférence de Madrid, à l'automne 2003, au cours de laquelle l'ensemble des donateurs avaient promis une aide de 33 milliards $US. Mais ces promesses n'ont été que très partiellement suivies d'effet.

Sur son engagement de un milliard de dollars, Riyad accordera à Bagdad 500 millions sous forme de prêts à taux très réduits par l'entremise du Fonds saoudien de développement (étatique) et 500 millions sous forme de ligne de crédits pour le financement d'exportations saoudiennes vers l'Irak, selon le communiqué.