Crise au Darfour - Le Conseil de sécurité se réunit pour faire pression sur le Soudan

Distribution de vivres dans un camp du nord du Darfour.
Photo: Agence Reuters Distribution de vivres dans un camp du nord du Darfour.

Nations unies — Le Conseil de sécurité votera aujourd'hui sur un projet de résolution sur le Soudan présenté par les États-Unis. Pour obtenir son approbation, Washington a supprimé le terme «sanctions» du texte, qui menace néanmoins toujours le gouvernement de Khartoum d'action économique s'il ne désarme pas les milices arabes accusées d'atrocités à l'encontre des populations noires de la région du Darfour.

Le Conseil de sécurité a annoncé hier que le vote aurait lieu aujourd'hui après que les États-Unis auront présenté cette version du projet de résolution. L'ambassadeur algérien auprès de l'ONU, Abdallah Baali, a dit espérer un vote à l'unanimité. «À première vue, nous avons l'impression d'être plus à l'aise avec ce texte que nous ne l'étions avec les autres versions», a-t-il déclaré.

Le changement de formulation opéré par Washington est destiné à surmonter les réticences de certains membres du Conseil qui estiment qu'il faut donner au gouvernement soudanais davantage de temps pour faire cesser les violences au Darfour, assimilées à un nettoyage ethnique et qualifiées de «génocide» par le Congrès américain.

Les Nations unies estiment que près de 30 000 personnes ont été tuées au Darfour et plus d'un million contraintes de fuir. Quelque 2,2 millions de personnes auraient désespérément besoin d'aide humanitaire. Un rapport de l'équipe d'observateurs de l'Union africaine dépêchée dans la région fait état de violations du cessez-le-feu entre le 3 et le 10 juillet par des milices arabes, les janjawids, et évoqué des civils enchaînés et brûlés vifs.

Les observateurs militaires de l'Union africaine sont censés surveiller le cessez-le-feu signé le 8 avril entre le gouvernement et les deux groupes rebelles de la région, l'Armée de libération du Soudan, le Mouvement Justice et Égalité. Mais les combats continuent au Darfour, où des milices issues essentiellement de la population nomade arabe ont lancé une violente campagne contre les paysans noirs.

À la suite d'une plainte de l'Armée de libération du Soudan, l'équipe de l'Union africaine a découvert que «le village d'Ehada tout entier avait été brûlé et déserté à l'exception de quelques hommes» après cette attaque supposée des janjawids. Les observateurs ont découvert une autre attaque des janjawids en enquêtant sur une plainte déposée le 6 juillet par Khartoum contre les deux groupes rebelles, que le gouvernement accusait d'avoir attaqué le village de Suleia. Les observateurs ont au contraire «découvert que Suleia a été attaqué le 3 juillet par des éléments des milices censés être des janjawids. Les attaquants ont pillé le marché et tué des civils, dans certains cas en les enchaînant et en les brûlant vifs». Ce rapport non signé est censé avoir été présenté mardi au Conseil paix et sécurité de l'Union africaine.

La population en danger au Darfour continue d'augmenter, a affirmé hier un haut responsable de l'Agence américaine pour le développement international (Usaid). «Il y a au moins 1,2 million de personnes déplacées dans 134 différents endroits», a déclaré Roger Winter, administrateur adjoint de l'Usaid, lors d'une conférence de presse à Washington.

«Le Programme alimentaire mondial [PAM] estime que le nombre de personnes qui auront besoin d'assistance alimentaire augmentera pour atteindre plus de deux millions de personnes d'ici début octobre», a précisé M. Winter. Selon lui, les restrictions imposées par les autorités locales soudanaises aux travailleurs humanitaires en matière de visas et de permis de voyage à l'intérieur du pays continuent même si elles ont diminué.