Non aux «politiques haineuses»

Un récent sondage du Washington Post–ABC News a révélé que le sénateur du Massachusetts a perdu du terrain face à M. Bush ces dernières semaines, sur une série de sujets importants.
Photo: Agence Reuters Un récent sondage du Washington Post–ABC News a révélé que le sénateur du Massachusetts a perdu du terrain face à M. Bush ces dernières semaines, sur une série de sujets importants.

Boston — Le candidat à la vice-présidence John Edwards a appelé hier soir les Américains à «rejeter les vieilles politiques haineuses du passé» pour leur préférer celle de «l'espoir» qu'il dit incarner avec John Kerry, lors de son discours devant la convention démocrate.

Le sénateur de Caroline du Nord, appelé à venir sur la scène par son épouse Elizabeth, a consacré une grande partie de son discours à évoquer le parcours, les qualités et les «valeurs» de «notre prochain président» John Kerry. Il a notamment évoqué son expérience de la guerre du Vietnam. «Il est décidé. Fort. Est-ce que ce ne sont pas les qualités que vous recherchez pour un chef des armées ?», a-t-il demandé, alors que les Américains disent accorder plus de confiance à George W. Bush pour les protéger du terrorisme.

«Ces derniers mois, John a parlé de sa vision positive, optimiste pour le pays (...) Mais nous avons vu les attaques incessantes contre John. Donc nous savons à quoi nous attendre dans les semaines à venir, non ? D'autres attaques négatives. N'en avez-vous pas assez (de les entendre) ?», a-t-il interrogé. «Ils (les républicains) font tout ce qu'ils peuvent pour traîner dans la boue cette campagne pour la plus importante fonction du pays», a-t-il noté.

Mais «entre aujourd'hui et novembre, vous, le peuple américain, pouvez rejeter les vieilles politiques usées, haineuses et négatives du passé», a-t-il déclaré. «À la place, vous pouvez embrasser les politiques de l'espoir, les politiques de ce qui est possible parce que nous sommes en Amérique, où tout est possible», a ajouté celui que la presse américaine qualifie d'«optimiste ensoleillé».

Il a ensuite longuement évoqué son parcours personnel, ses débuts modestes, sa réussite sociale, ses combats pour les moins chanceux.

«Et il nous reste beaucoup à faire. Car en vérité, nous vivons toujours dans deux Amériques: celle qui vit le rêve américain et n'a pas à s'inquiéter, et celle de la plupart des Américains qui travaillent dur et luttent quand même pour joindre les deux bouts», a-t-il déclaré, reprenant ainsi un thème familier de sa campagne. «Nous pouvons construire une (seule) Amérique», a-t-il assuré avant d'énumérer les progrès à accomplir, évoquant l'emploi, la santé, l'éducation.

Il a également promis une réforme rapide des services de renseignement et de faire «tout ce qu'il faudra, aussi longtemps qu'il le faudra, pour faire en sorte que cela (les attentats du 11 septembre 2001, ndlr) ne se reproduise plus».

Il a aussi rendu un hommage vibrant et personnel aux soldats américains tombés ou blessés en Irak, promettant de renforcer et moderniser l'armée.

«Le mot héros a été inventé pour eux. Ce sont les meilleurs, les plus courageux. (...) Ils méritent un président qui comprend sur le plan le plus personnel ce qu'ils ont traversé et ce à quoi ils ont renoncé pour leur pays», a-t-il souligné.

Kerry débarque à Boston

Encensé depuis deux jours par les grands noms du parti de l'âne, John Kerry est arrivé hier en bateau à Boston où son colistier, John Edwards, était intronisé dans la soirée candidat à la vice-présidence par les délégués démocrates.

À la veille de l'apogée de la convention nationale, qui doit le désigner officiellement comme l'adversaire de George W. Bush pour la présidentielle du 2 novembre, John Kerry s'est ménagé une arrivée digne du héros du Vietnam dont les poids lourds du parti, de l'ex-président Bill Clinton au sénateur Ted Kennedy, ont chanté les louanges depuis lundi tout en critiquant la gestion du président sortant sur la guerre en Irak.

John Kerry est arrivé à bord d'un ferry blanc, escorté de vedettes des garde-côtes surmontées de mitrailleuses. Le ferry a accosté non loin du centre où se tient la convention et le sénateur y a retrouvé une dizaine de ses compagnons d'armes au Vietnam, membres de l'équipage du patrouilleur rapide qu'il commandait. Parmi eux figurait John Rassmann, un soldat des Forces spéciales dont Kerry a sauvé la vie. Tandis que le ferry s'amarrait, la sono diffusait la chanson No Surrender («On ne se rend pas») de Bruce Springsteen. «Bruce Springsteen a raison. On ne bat pas en retraite. On ne se rend pas. Nous livrons ce combat pour le pays et nous allons reprendre notre démocratie et notre avenir», a lancé John Kerry à la foule venue l'accueillir.

À son atterrissage à l'aéroport de Boston avant son excursion nautique, John Kerry a déclaré qu'il se sentait «vraiment bien, prêt à y aller, remonté», et a promis que son allocution créerait la surprise.

John Kerry, qui va prononcer ce soir le plus important discours de sa carrière politique, peine toujours à imposer sa marque dans la campagne à trois mois de l'élection présidentielle.

Ce discours est considéré comme un test déterminant qui révélera ou non son habileté à saisir l'occasion de prendre l'avantage sur son adversaire républicain George W. Bush, dans l'une des courses à la Maison-Blanche les plus serrées de l'histoire.

Apparemment, et à trois mois du scrutin du 2 novembre, sa campagne semble bien lancée et le Parti démocrate affiche une belle unité. Mais dans les sondages, les deux candidats restent au coude à coude. Quant à l'unité du parti, celle-ci a été grandement facilitée par l'absence de conflits internes car le choix du candidat démocrate s'est imposé très rapidement en mars.

Il apparaît aussi, selon les commentateurs politiques, que la solidarité affichée au sein du Parti démocrate s'explique surtout par les sentiments anti-Bush plutôt que par une préférence marquée pour M. Kerry.

Un récent sondage du Washington Post-ABC News a révélé que le sénateur du Massachusetts a perdu du terrain face à M. Bush ces dernières semaines, sur une série de sujets importants.

Les démocrates s'inquiètent d'autant plus du recul de M. Kerry dans les sondages que, dans le même temps, le nombre d'électeurs insatisfaits de la manière dont est dirigé le pays progresse. Selon les derniers sondages, ils sont 53 % d'insatisfaits, soit une hausse de 21 points depuis la chute du dictateur irakien Saddam Hussein il y a quinze mois.

Un sondage de Gallup, publié mardi, révèle aussi que 52 % des Américains choisissent M. Bush, contre 30 % M. Kerry, quand il s'agit de répondre à la question: quel est le candidat «qui ne modifie pas ses opinions pour des raisons politiques». Ils sont aussi 54 % à considérer que M. Bush est un «leader fort», M. Kerry obtenant 37 % des suffrages.