L'Union africaine dénonce les atrocités au Darfour

Nairobi — L'Union africaine (UA) a dénoncé hier des exactions particulièrement atroces commises par des miliciens sur des civils, qui ont été pour certains enchaînés avant d'«être brûlés vifs», en juillet au Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie à une guerre civile.

C'est la première fois que l'UA rapporte officiellement des violations du cessez-le-feu conclu le 8 avril entre le gouvernement soudanais et les rébellions qui opèrent dans la région. Les parties en conflit s'accusent de leur côté régulièrement et mutuellement de ne pas respecter cet accord.

Le secrétaire d'État américain, Colin Powell, a de son côté appelé hier à utiliser la menace de sanctions internationales pour obliger le régime de Khartoum à accélérer le règlement de la crise humanitaire

au Darfour.

Parallèlement hier, l'organisation panafricaine a annoncé qu'elle étudiait la possibilité de transformer en force de maintien de la paix sa force de protection, chargée essentiellement d'assurer la sécurité des observateurs déployés au Darfour pour veiller au respect du cessez-le-feu.

Ces observateurs, placés sous l'autorité de l'UA, ont constaté que le village de Suleia avait été attaqué le 3 juillet «par des miliciens présumés membres des djandjawids», des milices soutenues par le gouvernement de Khartoum, selon un document officiel de l'UA. «Les assaillants ont pillé le marché [de Suleia] et ont tué des civils, dans certains cas en les enchaînant et en les brûlant vifs», ajoute l'Union.

Depuis des mois, des organisations non gouvernementales dénoncent les atrocités commises au Darfour sur les civils. La situation dans cette région grande comme la France a été qualifiée le 22 juillet de «génocide» par le Congrès américain.

Le Darfour est en proie, selon l'ONU, à la pire crise humanitaire en cours dans le monde. Ce conflit, qui oppose depuis février 2003 des milices progouvernementales à deux rébellions qui dénoncent la «marginalisation» du Darfour, a fait entre 30 000 et 50 000 morts, selon l'ONU, et quelque 1,2 million de déplacés et de réfugiés.

L'UA précise que, dans le cas de Suleia, le gouvernement de Khartoum avait accusé les rebelles d'avoir attaqué cette localité, mais qu'après enquête, il s'est avéré que ce raid avait été perpétré par des miliciens.

Au total, l'organisation panafricaine dit avoir été saisie «jusqu'à présent» de «six cas de violation de cessez-le-feu, dont trois ont fait l'objet d'enquête».

À la date du 27 juillet, «96 observateurs militaires» travaillaient au Darfour, selon l'UA. Leur déploiement a commencé début juin mais s'est fait très progressivement.

Par ailleurs, l'UA réfléchit à l'éventualité de transformer sa force de protection (qui n'est cependant toujours pas déployée) en force de maintien de la paix, selon un communiqué de l'Union reçu hier. Cette force aurait notamment pour mission «le désarmement et la neutralisation des milices», ainsi que «la protection de la population civile». L'envoi de la force de protection, qui comptera quelque 300 hommes, a été décidé début juillet. Ses premiers éléments doivent arriver prochainement au Darfour.

Hier, au Caire, le secrétaire d'État américain, Colin Powell, a appelé les pays à utiliser la menace de sanctions internationales pour obliger le régime de Khartoum à accélérer le règlement de la crise humanitaire au Darfour. «Il faut maintenir la pression sur le gouvernement soudanais pour assurer l'accès [de l'aide humanitaire aux sinistrés] et l'amélioration de la sécurité», a déclaré M. Powell lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue égyptien Ahmed Aboul Gheit. Il a cependant temporisé l'application des sanctions en reconnaissant que celles-ci pourraient avoir un effet contraire au but escompté.

«Cependant, des mesures additionnelles pourraient s'avérer nécessaires de la part de la communauté internationale, et c'est pour cela que nous avons soumis une résolution au Conseil de sécurité», a précisé M. Powell.

Le responsable américain a mis l'accent sur le facteur temps pour la population au Darfour, qui se trouve dans «une situation tragique» et «atroce», pour réfuter les arguments d'un journaliste qui soulignait que le scénario des menaces contre Khartoum «rappelait celui qui a précédé l'invasion de l'Irak» par les forces américaines en mars 2003. «Nous devons donner du temps au gouvernement soudanais pour répondre [aux demandes internationales de règlement de la crise], mais ces populations n'ont pas beaucoup de temps avant que les maladies et la famine n'emportent des dizaines de milliers de vies», a averti M. Powell.

Les États-Unis ont présenté mardi une nouvelle version amendée de leur projet de résolution sur le Darfour, qui prévoit la possibilité de sanctions contre le pouvoir soudanais s'il ne met pas fin aux exactions des milices qui harcèlent la population locale. Washington souhaite un vote vers la fin de la semaine.