Hécatombe chez les candidats policiers

Les risques du métier.
Photo: Agence Reuters Les risques du métier.

Bagdad — Soixante-huit personnes ont été tuées et 56 blessées dans un attentat suicide perpétré hier matin à Baaqouba, au nord de Bagdad, au cours de la journée la plus sanglante qu'ait connue l'Irak depuis le transfert du pouvoir par la coalition menée par les États-Unis.

Au total, quelque 120 Irakiens, dont 35 rebelles, ont trouvé la mort dans tout le pays dans une série d'affrontements et d'explosions.

Éclipsant la crise des otages, cette explosion de violence est survenue tout juste un mois après le transfert du pouvoir au gouvernement intérimaire d'Iyad Allaoui et trois jours avant l'ouverture prévue de la Conférence nationale chargée de désigner un organe consultatif et de contrôle en Irak.

En outre, les trois fils, âgés de 15 à 30 ans, du gouverneur de la province d'al-Anbar ont été enlevés hier par des hommes armés à Ramadi, à une centaine de kilomètres à l'ouest de Bagdad. En une semaine, au moins 16 personnes ont été prises en otages.

En tournée au Proche-Orient, le secrétaire d'État américain, Colin Powell, a affirmé au Caire que les États-Unis ne laisseraient pas «ces événements tragiques [les] faire dévier de leur objectif». La Maison-Blanche a commenté l'attentat dans des termes semblables.

Troupes arabes

M. Powell s'est néanmoins déclaré convaincu de la possibilité de respecter l'échéance de janvier 2005 pour la tenue d'élections générales et a réaffirmé le besoin de forces supplémentaires pour protéger le personnel de l'ONU qui contrôlera le processus électoral.

La troïka arabe sur l'Irak (Tunisie, Bahreïn, Algérie) se réunira pour la première fois aujourd'hui à Tunis au niveau ministériel pour se pencher sur un éventuel envoi de troupes arabes à Bagdad, a-t-on appris hier au Caire. Le chef de la diplomatie irakienne, Hoshyar Zebari, participera aussi à cette réunion.

Colin Powell s'est rendu hier à Djeddah, en Arabie Saoudite, où il a été reçu par le roi Fahd et le prince héritier Abdallah ben Abdel Aziz. Ils ont notamment discuté de l'envoi d'une force arabe en Irak, a indiqué le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud al-Fayçal.

M. Powell doit rencontrer aujourd'hui le premier ministre irakien en visite lui aussi en Arabie Saoudite, qui va rétablir ses relations diplomatiques avec l'Irak, rompues depuis plus de 13 ans, selon la chaîne de télévision al-Arabiya, citant le prince Fayçal.

À Bruxelles, l'OTAN s'efforçait hier de parvenir à un consensus difficile sur les modalités de l'aide promise à la formation des forces de sécurité irakiennes, que la France est accusée de bloquer, selon des diplomates.

Selon un bilan du ministre irakien de la Santé, Alaa Abdessahab al-Alouane, l'attentat de Baaqouba, à 60 km au nord de Bagdad, a fait 68 morts et 56 blessés. C'est l'un des plus meurtriers depuis la chute de Saddam Hussein, en avril 2003.

Un kamikaze a fait sauter une voiture pleine d'explosifs devant une file d'attente de jeunes gens devant un poste de police, selon un porte-parole du ministère de l'Intérieur. «De plus, 21 passagers d'un autobus qui passait à ce moment-là ont été tués», a ajouté Sabah Kadhem.

Le chef de police de la province, le général Abdel Salam, a attribué l'attentat au groupe al-Tawhid wal Jihad (Unification et guerre sainte) du Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, qui est considéré par l'armée américaine comme le principal instigateur des violences en Irak.

La violence n'a pas épargné le reste de l'Irak. Quelque 35 rebelles et sept membres des forces irakiennes ont été tués lors d'affrontements à Soueira, au sud de Bagdad, selon un communiqué de la Force multinationale. Auparavant, l'hôpital de Kout, au sud de cette région, avait fait état dans cette même localité de cinq morts parmi les membres des forces de sécurité irakiennes et de 48 blessés.

L'armée américaine a quant à elle annoncé que trois soldats américains avaient été tués, ce qui porte à plus de 672 le nombre de GI tués en opération depuis l'invasion du pays le 20 mars 2003, selon un bilan établi à partir de chiffres du Pentagone. Près de Fallouja, à l'ouest de Bagdad, quatre policiers irakiens ont été tués et un blessé par l'explosion d'une bombe.