Teresa Kerry fait des vagues

Boston — La forte personnalité de l'épouse du candidat démocrate à la présidentielle John Kerry, Teresa Heinz Kerry, fait des vagues à la convention du parti où son accrochage verbal avec un journaliste a été monté en épingle par les médias.

«Ferme ta gueule», a-t-elle lancé à un reporter d'un journal local de Pittsburgh. «Tu as dit une chose que je n'ai pas dite», lui a reproché Mme Kerry énervée avant de quitter les lieux brusquement.

L'échange a été diffusé lundi par plusieurs chaînes de télévision américaines et les commentateurs politiques s'interrogeaient sur le caractère incontrôlable de Mme Kerry, qui devait prononcer hier soir un discours devant les délégués de la Convention nationale démocrate réunie jusqu'à demain à Boston (Massachusetts).

«Je dis ce que je pense. Je ne parle pas la langue de bois. Je voulais qu'il cesse de m'importuner», a-t-elle expliqué hier à la chaîne de télévision NBC, ajoutant qu'elle ne regrettait rien.

L'ancienne Première dame Hillary Clinton est venue à sa rescousse. «Je crois que beaucoup d'Américains vont dire: "c'est bien, vas-y ma fille", en tous cas moi, c'est comme ça que je le ressens», a dit Mme Clinton.

La presse américaine en a profité pour ressortir d'anciens propos au vitriol tenus par Teresa Kerry contre l'un des ténors du parti démocrate Ted Kennedy, à l'époque où elle était l'épouse du sénateur républicain John Heinz III. Elle avait traité dans les années 1970 de «parfait salaud» celui qui est considéré comme l'ami et le protecteur de John Kerry. Elle lui reprochait alors de rester marié à Joan (maintenant son ex-femme) uniquement pour obtenir le vote catholique.

L'équipe de campagne de John Kerry a minimisé ces déclarations «faites il y a trente ans». Selon un porte-parole du sénateur Ted Kennedy, les Kennedy et les Kerry sont devenus au cours des ans «des amis très proches et qui éprouvent beaucoup de respect mutuel».

Richissime héritière de l'empire de l'agroalimentaire Heinz, après la mort subite de son mari dans un accident d'avion, Teresa Heinz Kerry, 65 ans, née Portugaise dans le Mozambique colonial, s'est lancée il y a près d'un an dans la campagne présidentielle de son mari.

Elle apporte sa spontanéité et son originalité à John Kerry, au caractère plutôt austère et distant. Vive, les cheveux châtains souvent dans les yeux, vêtue par les meilleurs couturiers, elle arbore un look plus naturel que sophistiqué — à l'image de son discours. Elle avait été présentée par Ted Kennedy comme l'«arme secrète» de la campagne démocrate.

S'exprimant avec une pointe d'accent, elle se lance parfois dans des digressions inattendues, révélant par exemple qu'elle tente de minimiser ses rides à coups d'injections de Botox, ou improvise des propositions politiques.

«C'est juste ce qui me vient à l'esprit», avouait-elle le mois dernier en dressant une comparaison entre le régime cubain de Fidel Castro et l'apartheid sud-africain.

Sa personnalité tranche avec celle de Laura, la discrète épouse du président républicain George W. Bush, symbole de la femme américaine traditionnelle ou même d'Hillary Clinton, qui avait un rôle plus politique auprès de son mari Bill.