Les alliés des États-Unis et la violence en Irak - Tenez bon, dit Powell

Bagdad — Le secrétaire d'État américain Colin Powell a appelé hier depuis Budapest les alliés des États-Unis en Irak à tenir bon, malgré la poursuite des violences et des prises d'otages qui menacent la cohésion de la coalition internationale rassemblée par Washington.

Un diplomate égyptien enlevé vendredi à Bagdad a été libéré lundi, mais au moins 13 autres personnes ont été prises en otages en une semaine.

M. Powell, qui a entamé lundi soir à Budapest une tournée d'une semaine en Europe et au Proche-Orient, s'est adressé hier sur les ondes de la télévision publique hongroise aux gouvernements des pays qui, comme la Hongrie, ont des troupes en Irak.

«C'est le moment pour nous d'être déterminés, pas de flageoler et de dire "Bon sang, c'est trop dur, laissons ces gens tout seuls et les tyrans revenir"», a déclaré le chef de la diplomatie américaine.

Il est revenu sur ce thème dans un discours devant une conférence des ambassadeurs hongrois réunis autour de leur ministre, Laszlo Kovacs.

«Nous ne devons pas nous montrer irrésolus face aux dangers actuels. Nous ne devons pas vaciller ou perdre patience. Nous devons garder le cap de la liberté [pour l'Irak] face au danger», a déclaré M. Powell.

La Hongrie a un contingent de quelque 300 soldats en Irak, dont le mandat s'achève à la fin de l'année.

À Bagdad, le président intérimaire Ghazi al-Yaouar a lui aussi lancé un message de fermeté, assurant que les autorités irakiennes ne céderaient pas aux preneurs d'otages.

«Nous ne nous soumettrons jamais, nous ne marchanderons jamais», a déclaré M. Yaouar devant la presse après avoir reçu des chefs de tribus. «Quel que soit l'otage, nous ne payerons aucun cent et ne ferons aucune concession», a-t-il affirmé.

L'Égyptien Mohamed Mamdouh Kotb, premier diplomate pris en otage depuis le début, au printemps, de la vague de rapts, a été libéré lundi par ses ravisseurs après trois jours de détention.

M. Kotb, numéro trois de la mission diplomatique égyptienne, a déclaré hier que ses ravisseurs «voulaient dire qu'ils sont mécontents de l'amélioration des relations entre l'Égypte et le nouveau gouvernement irakien», soutenu par les États-Unis.

Il a ajouté que ses ravisseurs étaient des «islamistes» et non des criminels de droit commun et qu'ils n'avaient pas réclamé de rançon.

Ses ravisseurs, un groupe qui dit s'appeler «Les lions d'Allah», avaient déclaré l'avoir enlevé en réponse «à l'offre faite par le premier ministre égyptien Ahmed Nazif d'aider l'Irak avec l'expertise sécuritaire» égyptienne. Le ministère des Affaires étrangères égyptien a démenti hier avoir payé une rançon pour la libération du diplomate égyptien enlevé à Bagdad.

Un autre Égyptien, un chauffeur, a été enlevé il y a une semaine. La présidence égyptienne a demandé hier «l'appui de tous les partis, institutions et États qui entretiennent des contacts avec l'Irak» pour obtenir sa libération.

Médiations

Le sort d'autres otages reste inconnu, dont celui de deux chauffeurs jordaniens enlevés lundi et travaillant pour la compagnie Daoud and Partners, qui fournit des produits alimentaires à l'armée américaine.

La compagnie jordanienne a annoncé hier à l'AFP qu'elle cessait ses activités en Irak afin d'obtenir la libération des otages et d'assurer la sécurité de ses employés.

Deux grandes tribus irakiennes, les Hamadani et les Doulaïmi, effectuent des médiations pour permettre la libération aujourd'hui des deux chauffeurs jordaniens enlevés lundi en Irak, a indiqué hier à l'AFP un Jordanien lié à une de ces tribus.

Lundi, «l'Armée islamique en Irak», un groupe armé, a revendiqué sur les ondes de la chaîne de télévision al-Jazira du Qatar l'enlèvement de deux Pakistanais, qu'il menace de tuer pour collaboration avec les forces américaines. Selon al-Jazira, ce groupe a aussi enlevé un chauffeur irakien.

On reste également sans nouvelles de sept chauffeurs de camions étrangers — trois Kényans, trois Indiens et un Egyptien — enlevés le 21 juillet.

Entre-temps, les actes de violence quotidiens se poursuivent.

Un Irakien est mort hier au volant d'une voiture piégée en tentant d'attaquer un point de contrôle américain à Baaqouba, a indiqué à l'AFP le chef de la police de la province de Diyala, le général Walid Khaled Abdel Salam.

Sur le plan politique, les nouvelles autorités irakiennes tiennent à organiser, dès cette semaine, une Conférence nationale chargée de désigner un conseil consultatif et de contrôle, même si un expert de l'Onu a estimé, hier, préférable de reporter ces assises pour mieux assurer leur succès.